mardi 18 décembre 2007

Suisse : le nationaliste Christophe Blocher (UDC) écarté du Conseil Fédéral, son parti passe dans l'opposition

(publié également sur le blog de prochoix)

Les élections législatives suisses qui se déroulaient le 22 octobre dernier ont vu la large victoire de l'UDC, le parti de la droite nationale suisse : en fort progrès à 29,0% (le plus fort score d'un parti suisse aux législatives depuis 1919, contre 26,6% en 2003) suite à une campagne axée contre les musulmans et les étrangers, elle a mis le Parti Socialiste, son principal rival, à près de 10 points (19,5%, contre 23,3% en 2003).

Forte de son succès et de son poids encore grandissant dans la nouvelle assemblée (désormais 62 sièges au Conseil national, contre 43 aux socialistes), l'UDC se voyait déjà imposer ses vues quelques semaines plus tard, lors des votes du parlement pour le Conseil fédéral (le gouvernement fédéral), où 2 de ses membres sont représentés (il y a au total 7 conseillers fédéraux).Le premier conseiller fédéral UDC, Samuel Schmid, est membre depuis 40 ans de ce qui n'était à l'époque qu'un parti agrarien de centre-droit. Avec la prise de pouvoir des populistes au sein du parti dans les années 90, Schmid s'est retrouvé parmi les modérés, minoritaires. Mais quand il s'agira de désigner un nouveau conseiller fédéral UDC en 2000, c'est lui que le parlement suisse choisira, plutôt que les candidats officiels du parti. Le second, Christoph Blocher, fut justement le principal artisan de la radicalisation nationaliste et populiste du mouvement (contre l'Union Européenne, les homosexuels, les étrangers, les musulmans, etc.), d'abord dans son canton de Zürich puis, suite à ses succès locaux, au niveau national.
Quelques jours après la victoire, Ueli Maurer, le président du parti, proposait le départ de 3 des 7 conseillers fédéraux en place, dont Schmid, officiellement au nom du renouvellement, mais surtout parce que le départ de Schmid aurait pu permettre d'élire un UDC plus "blochérien" à sa place. Mais tous les ministres en place ont voulu continuer leur mission. Tant pis pour Maurer.
C'est le mercredi 12 décembre qu'avait lieu l'élection des membres du Conseil Fédéral par le Parlement. A priori, la séance devait se dérouler tranquillement, et voir la réélection des conseillers actuels.
Mais la gauche rêvait de se débarrasser de Blocher, ce nationaliste dont les succès répétés donnent une si mauvaise image de la Suisse à l'étranger. La majorité des démocrates-chrétiens (centristes) s'opposait également au renouvellement du mandat du zurichois. Après négociations entre les partis, il était décidé de soutenir, contre Blocher, la candidature d'Eveline Widmer-Schlumpf, une modérée de l'UDC (comme Schmid), peu connue, qui avait été contactée et n'avait pas dit non ; puis il a encore fallu convaincre le reste des démocrates-chrétiens et quelques radicaux (droite libérale) qui, s'ils ne considèrent pas Blocher comme un danger fasciste, ne supportent plus qu'il ait gardé ses méthodes partisanes et provocatrices dans son rôle de ministre.
Pourquoi présenter Widmer-Schlumpf, qui était relativement peu connue, et pas un candidat d'un autre parti plus au centre ? Parce qu'il s'agissait de chasser Blocher, pas l'UDC (qu'il fallait ménager en apparence pour mieux y semer la zizanie). En réalité, c'était le Vert Luc Recordon que la gauche rêvait de faire élire à la place du leader populiste, mais elle s'est vite rendu compte que celui-ci n'aurait aucune chance d'obtenir la majorité. Même avec l'appui des centristes, il aurait manqué quelques voix venues de la droite libérale, qui n'auraient pas accepté que le centre de gravité de politique se déporte vers la gauche à cette occasion. En réalité, un seul profil pouvait pour réunir une majorité contre Blocher : il fallait un candidat UDC, bien de droite, mais fréquentable (pas blochérien), pour contenter tout le monde. Et surtout prêt à trahir la principale figure de son propre parti. C'était le cas de Widmer-Schlumpf, et il n'y avait pas l'embarras du choix.
Peu avant le vote, les Verts annoncent qu'ils retirent la candidature de Luc Recordon. Ceux qui ne font pas partie de la combine s'interrogent. Ils comprendront très vite ce qui se joue : au premier tour, Widmer-Schlumpf (non candidate) devance Blocher (seul candidat déclaré), mais n'obtient pas la majorité absolue à cause des votes blancs ou nuls ; cela sera cependant fait dès le second tour. Dès lors, tout le monde s'interroge : va-t-elle accepter son élection, confirmer sa "trahison" ? Difficile alors de le savoir : elle n'est pas sur place (n'étant pas une élue fédérale) mais dans son canton. Elle veut réfléchir avant de rendre sa décision. On lui fait alors comprendre qu'on présentera un démocrate-chrétien contre Blocher (et que son parti risque donc de perdre un Conseiller fédéral) si jamais elle refuse. Cela joue.
Le lendemain (jeudi 13 décembre), le délai de réflexion qu'elle avait demandé étant écoulé, Eveline Widmer-Schlumpf se rend à l'Assemblée pour annoncer qu'elle accepte son élection.
Les blochériens à la tête de l'UDC n'apprécient guère l'éviction de leur leader, et encore moins que Schmid et Widmer-Schlumpf cautionnent celle-ci en ne démissionnant pas. Caspar Baader, le chef du groupe UDC, vient rapidement annoncer que son parti retire son soutien à ses deux conseillers fédéraux, ce qui ne leur facilitera pas la tâche (surtout pour la nouvelle venue Widmer-Schlumpf).
L'UDC, dont Blocher devrait reprendre la présidence, se situe désormais dans l'opposition parlementaire. Une décision venue d'en haut qui est loin de faire l'unanimité.
Quelles seront les conséquences réelles pour le parti ? Ses adversaires rêvent que la zizanie actuelle conduise à une scission, mais cette hypothèse retombera aussi vite l'émotion suscitée par ce mini-séisme politique : chaque tendance de l'UDC a trop besoin du poids électoral de l'autre pour prendre ce risque.
Tout cela est-il vraiment néfaste pour l'UDC ? Est-ce un bon calcul à long terme que de "relâcher" un populiste si doué que Blocher ? L'opposition n'est-elle pas plutôt une aubaine pour les populistes, leur permettant de taper sur leurs adversaires bien plus librement ? C'est ce que semble croire l'un d'eux, Oskar Freysinger. «En restant au gouvernement, nous n'aurions pas pu réitérer le score de 29% obtenu aux élections fédérales d'octobre. Hors du gouvernement, nous dépasserons les 30% en 2011». Optimisme de façade ou anticipation ?
L'éviction de Blocher est en tout cas le premier gros revers de l'UDC, qui ne cessait de progresser et de conquérir les lieux de pouvoir depuis 15 ans en agitant la peur de l'étranger.

lundi 17 décembre 2007

Il est fort, quand même

Grosse grève dans les transports ? Il divorce.
Il va en Chine ? Il emmène sa mère.
Tout le monde râle contre la réception de Kadhafi ? Il se montre avec Carla Bruni dans un endroit rempli de monde (Disneyland Paris).

On savait qu'il utilisait sa vie privée, ses proches, pour sa communication politique.
Mais là ça devient indécent.
Que nous sortira-t-il quand tout le monde râlera contre le contrat de travail unique ?

samedi 15 décembre 2007

Vers la fin du bilinguisme électoral en Alsace-Moselle : tant mieux !

Vous ne le savez peut-être pas, mais en Alsace et dans certains cantons de Moselle, les candidats ont la possibilité de faire acheminer aux électeurs la traduction de leur documents électoraux en allemand (vous pouvez en voir des exemples lors des dernières élections présidentielles). Cela était évidemment utile il y a quelques décennies lorsqu'une large partie de la population locale ne parlait pas le français, mais cela n'a plus de sens aujourd'hui.
Notre langue est le français, c'est notre Constitution qui le dit.

Par conséquent, le bilinguisme électoral n'est qu'un archaïsme qu'il serait normal de supprimer.
Cela allait-il enfin se faire cette année ? Voici ce qu'indiquait le memento à l'usage des candidats aux prochaines municipales :
Dans les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin et dans 19 cantons de la Moselle, les instructions qui prévoyaient la possibilité de joindre à la circulaire en français envoyée aux électeurs une circulaire en allemand qui était la traduction de la précédente sont supprimées à compter du 1er janvier 2008. Seule la circulaire en français sera donc acheminée par la commission de propagande.
Mais, apparemment, le ministère de l'intérieur aurait fait partiellement marche arrière. Je ne trouve pas de source précise pour l'instant, mais apparemment les professions de fois en allemand pourront être encore distribuées (mais pas remboursées ?).

Pourquoi cette marche arrière ? Parce que l'Alsace est le département le plus à droite de France, et surtout celui où l'extrême-droite réalise ses meilleurs scores (près de 30% aux dernières élections régionales en ajoutant le score de la liste FN à celle de la liste Alsace d'Abord). Et donc les politiques locaux, pour ne pas se mettre à dos cet électorat identitaire, ont fait remonter leur mécontentement jusqu'à la ministre.

Les revendications linguistiques non-fondées sont l'arme politiquement correcte des "identitaires" : ce n'est pas une facilité linguistique qu'ils défendent, ils trouveraient scandaleux qu'on imprime des tracts électoraux en arabe (ce qui, il faut le dire, serait encore plus stupide).
En effet, la défense de l'identité linguistique qu'ils brandissent n'est dans ce cas qu'un faux-nez de celle de l'identité ethnique.

samedi 1 décembre 2007

Belgique : Bruxelles-Hal-Vilvoorde pour les nuls

La Belgique s'est encore enfoncée un peu plus dans la crise politique depuis le vote de la scission de l'arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvoorde mercredi 7 novembre (où les députés flamands ont profité de leur majorité numérique). Les négociations, qui étaient déjà très compliquées, le sont devenues encore plus, ce qui a certainement pesé sur la décision du leader flamand Yves Leterme de renoncer (une nouvelle fois) à sa tâche de formateur d'un gouvernement.

Mais au fait, c'est quoi Bruxelles-Hal-Vilvoorde (BHV) ?

J'avais déjà expliqué rapidement le problème, je vais tenter de le faire ici plus en détail et de la manière la plus pédagogique possible.
Pour commencer, situons-nous à l'échelle de la Belgique.
D'après sa constitution, le Royaume est un état fédéral :
  • 3 régions : la Wallonie (au sud), la Flandre (au nord), Bruxelles-capitale (au milieu)
  • 3 communautés : française (=francophones), flamande, germanophone
  • 4 régions linguistiques : langue française (presque toute la Wallonie), langue néerlandaise (la Flandre), langue allemande (les communes les plus à l'est de la Wallonie) et bilingue français/néerlandais (Bruxelles-capitale)
L'administration des communes se fait dans la langue de leur région linguistique. Cependant, dans certaines communes où la proportion de locuteurs d'une autre langue est assez forte (ce qui est fréquent près des frontières linguistiques), ces derniers ont ce qu'on appelle des facilités (qui leur permettent d'obtenir des documents administratifs dans leur langue).

La Wallonie et la Flandre sont divisées en 5 provinces chacunes. Sur la carte qui suit, les 5 provinces flamandes sont en jaune, et les 5 wallones en rouge. La région bruxelloise (seulement 19 communes) n'est pas divisée en provinces).
Carte des provinces de la BelgiqueUn peu d'histoire : la scission du Brabant, un précédent

De 1830 (date de formation de la Belgique) à 1995, la Belgique ne comptait que 9 provinces, avec un Brabant qui regroupait les provinces actuelles du Brabant wallon et du Brabant flamand ainsi que Bruxelles-capitale.

Une frontière linguistique avait été créée en 1932 entre les territoires des langues française et néerlandaise, puis fixée en 1963 (à l'occasion, des communes flamandes majoritairement francophones ont été rattachées à des provinces wallones, et inversement). Cette frontière sera ensuite utilisée lors la création des régions wallone et flamande.

La province du Brabant restait donc la seule traversée par cette frontière, à cheval sur 2 régions, puis sur 3 lors de la création de Bruxelles-capitale en 1989. Mais, suite aux révisions constitutionnelles faisant dépendre les provinces des régions et non plus de l'état, cette situation n'était plus possible et le Brabant fut scindé.
Cette scission est assez forte de symboles, puisque le Brabant est le coeur de la Belgique, aussi bien géographiquement qu'historiquement (les couleurs du drapeau belge viennent de celles du duché de Brabant, l'hymne national s'appelle la Brabançonne -et pas la Marseillaise).

BHV, à cheval sur Bruxelles et sur la Flandre

Comme les autres provinces belges, la province du Brabant flamand est divisée en arrondissements : celui de Louvain (Leuven en néerlandais) à l'est (en rouge) et celui de Hal(Halle en néerlandais)-Vilvoorde (en noir). Chacun de ces deux arrondissements regroupe 30 communes.
Pour les élections législatives (à la proportionnelle), les circonscriptions électorales utilisées sont désormais les provinces. Partout, sauf dans l'ancienne province du Brabant ! Ici, on a conservé les 3 arrondissements électoraux d'avant la scission : Nivelles (qui a donné le Brabant wallon), Louvain, et Bruxelles-Hal-Vilvoorde, qui est le seul de tout le pays à réunir des communes de régions différentes (les 19 de la capitale et les 30 flamandes de Hal-Vilvoorde).

BHV et les francophones de la périphérie bruxelloise

Quand la Belgique a accédé à son indépendance en 1830, le pouvoir de ce pays majoritairement flamand a été exercé par l'élite francophone, qui a imposé le français dans l'administration, au détriment des dialectes flamands (ce qui nourrit encore aujourd'hui les ressentiments flamands contre les francophones). La capitale Bruxelles, alors majoritairement flamande, a donc eu besoin de francophones pour faire fonctionner son administration, ce qui a attiré les Wallons et poussé certains flamands de Bruxelles à faire apprendre à leurs enfants le français. Aujourd'hui, 85% des Bruxellois sont francophones.

La capitale continue d'attirer les francophones, y compris dans les communes flamandes de sa périphérie. BHV permet à ces derniers de voter aux législatives pour des partis francophones comme s'ils habitaient dans la région-capitale.
Les flamands, qui veulent l'intégration linguistique de ceux qui résident sur son territoire (pour éviter que la "tache d'huile" francophone bruxelloise ne se répande trop en Flandre), réclament la fin de BHV. Inversement, les francophones, qui veulent protéger les droits des leurs, font tout pour prolonger la situtation.

BHV, dernier rempart de l'unité belge ?

Si les francophones refusent la scission de BHV, c'est aussi et surtout pour le symbole que cet arrondissement représente. Après le découpage de la Belgique en régions linguistiques, après la scission de la province du Brabant, BHV reste la dernière zone géographique qui réunit des communes majoritairement francophones et d'autres majoritairement néerlandophones.
Pour les partis flamands, il s'agit de faire sauter ce symbole. Les partis francophones, bien plus attachés à l'unité de la Belgique, voient d'un mauvais oeil sa disparition programmée.

Scission de BHV contre élargissement de Bruxelles ?

Cependant, les francophones sont bien conscients qu'ils doivent renoncer à ce résidu du passé, que la Cour d'arbitrage (cour constitutionnelle) a de toute manière jugé en 2003 incompatible avec l'utilisation des provinces comme circonscriptions pour les élections législatives.

Les francophones se résignent à scinder BHV, mais ne veulent pas le faire sans compromis. Les Bruxellois plus encore. Ce qu'ils réclament en échange, c'est l'agrandissement de Bruxelles aux 6 communes majoritairement francophones de sa périphérie (en bleu sur la carte) : Kraainem, Drogenbos, Linkebeek, Rhode-Saint-Genèse, Wemmel, et Wezembeek-Oppem.

Les flamands sont très réticents à l'agrandissement de Bruxelles, parce que cela ferait perdre ces 6 communes à leur région, mais surtout parce que l'intégration de Rhode-Saint-Genèse désenclaverait la capitale, qui toucherait désormais la Wallonie, ce qui unirait les francophones.

La scission de BHV est cependant plus simple à réaliser que l'agrandissement de Bruxelles : si une modification des circonscriptions peut être votée avec une majorité simple au Parlement, il faut une majorité aux deux tiers pour modifier les frontières entre les régions.

Le vote du 7 novembre 2007 et ses conséquences

En Belgique, l'opposition francophones-néerlandophones est plus forte que l'opposition droite-gauche. Le moindre problème linguistique se transforme vite en affrontement entre les blocs linguistiques.

C'est ce qui s'est passé le 7 novembre. Quelques jours auparavant, les partis flamands avaient posé un ultimatum : si aucun accord de gouvernement n'était pas trouvé avant cette date, ils voteraient la scission de BHV en commission de l'Intérieur de la Chambre.
Et, en effet, tous les représentants flamands ont voté pour. Tous les francophones sont partis avant le vote, puisqu'ils sont de toutes façons moins nombreux.

Heureusement, la Constitution belge prévoit des protections qui permettent à une communauté linguistique de retarder le processus de mise en oeuvre d'une loi si elle s'estime lésée. La scission n'entrera donc pas en application immédiatement.

Cette décision a profondément perturbé les négociations pour la mise en place d'un gouvernement, qui n'avaient pas besoin de cela (elle durent déjà depuis juin !). Le formateur Yves Leterme (celui qui est chargé de la formation du gouvernement) a perdu de sa crédibilité en n'étant pas capable d'empêcher son parti (le premier flamand) de passer à l'acte, les partis francophones s'estiment trahis, et les partis flamands ont grillé leur plus belle carte (ils ne pourront plus brandir la menace BHV).

Depuis 3 semaines, les négociations gouvernementales continuaient tout de même à avancer. Mais, après un premier échec et une première démission d'Yves Leterme de son poste de formateur en août, la dynamique retrouvée depuis dans les discussions semble avoir été grippée par le vote sur BHV. Lassé de tout cela, Leterme a posé ses conditions pour continuer. Comme en août, c'est le cdH (centre-gauche francophone) qui a refusé de céder. Et Leterme a donc demandé à nouveau au roi qu'il lui retire sa charge de formateur.

vendredi 30 novembre 2007

Grenoble : les flics sur la fac

Je découvre aujourd'hui ce reportage diffusé par France3 hier, sur l'intervention des forces de l'ordre sur le campus de Grenoble.

Je vous pose le contexte : mercredi avait lieu l'assemblée générale des étudiants, pour décider de la poursuite ou non du blocage. À l'issue de celle-ci, il y a eu un vote truqué par les bloqueurs : plutôt que de faire un vote par passage sous portique (comme la semaine précédente) qu'ils étaient sûrs de perdre, ils ont fait un vote par zone géographique (en gros les pro-blocages d'un côté et les anti- de l'autre, et ceux qui refusent de se déplacer ou qui n'ont pas entendu la consigne sont comptés sans trop savoir comment) qui a donné, comme par hasard, la victoire au blocage.
Les présidents des universités ont décidé de ne pas cautionner cette manipulation, en rouvrant les bâtiments bloqués dès le lendemain (c'est à dire hier, jeudi). Et voilà le résultat…

Ce qui me frappe, c'est qu'il s'agit des batiments devant lesquels je passe tous les matins, tous les midis, tous les soirs de la semaine depuis des années. Et je n'ai jamais vu une telle violence sur le campus.
En passant hier devant l'Université Pierre-Mendès-France, j'ai vu une dizaine de gendarmes en carapace et avec un bouclier. "Rien" que cela, cela m'a fait bizarre. Et j'étais loin d'imaginer tous les affrontements qui ont eu lieu plus tôt dans la matinée.

Je n'aime pas voir des flics sur la fac, sans doute pour une histoire de symbole. Mais je préfère encore que l'ordre soit assuré par eux, plutôt que de laisser les gauchistes et les anars s'imposer par la force (sur la vidéo, on voit d'ailleurs que certains d'entre eux tiennent des batons ou agissent le visage masqué).

J'avais assisté à des AG étudiantes l'an dernier (à l'occasion du mouvement anti-CPE), j'étais pour le blocage, mais l'homme de gauche que je suis était atterré par leur discours caricaturaux et staliniens des intervenants gauchistes, et leur façon de tout mélanger (notamment de voir dans les émeutiers des banlieues -dont l'action n'est selon moi rien d'autre qu'une violence fasciste- qui brûlent des voitures des pauvres, des partenaires de lutte contre Sarkozy).

jeudi 29 novembre 2007

La Belgique rêvée de Libération

Hier, Libération a sorti une édition spéciale Belgique.

De nombreux articles consacrés au plat pays, certains écrits par Jean Quatremer, et les autres par des journalistes qui avaient fait le voyage chez La Libre Belgique (dont l'éditeur est actionnaire de Libé à 8%).

S'il on oublie les trop nombreux clichés sur la Belgique (le roi, Amélie Nothomb, Benoït Poolevorde, les couples flamand-wallon, etc.), ce numéro contient un beau travail pédagogique, qui vous apportera les bases pour comprendre ce qui se passe outre-Quiévrain.
Et, ce qui tombe vraiment bien alors que je vous parle de ce numéro, c'est que vous pouvez le télécharger gratuitement sur le site de Libé.

Cependant, Libé tombe dans le travers habituel des medias français, ne montrant que des belges brandissant leurs drapeaux (comme pour la marche belgicaine) et se montrant unis. Tout va très bien, madame la marquise.
En Une, 3 jeunes, le drapeau belge peint sur les joues, qui s'embrassent. En page 4, un lion flamand et un coq wallon (en peluches) qui se font l'accolade. Deux photos prises, d'après la légende à l'Université Catholique de Louvain.
Le minimum aurait été d'expliquer la différence entre Louvain (en Flandre, Leuven en néerlandais), et Louvain-la-Neuve (en Wallonie), et que l'UCL n'est pas sur le seul Louvain montré sur la carte… Et mieux encore, d'expliquer que si l'UCL est à Louvain-la-Neuve, c'est parce que les étudiants flamands ont chassé leurs homologiiues français de Leuven, ce qu'on appelle la crise de Louvain.

Mais, encore une fois, les articles sont bons. Ce n'est pas le cas de l'éditorial de Joffrin. Il essaye de faire peur, en parlant d'un "spectre identitaire" "redoutable" qui "hante l'Europe", dit que "l'éclatement du royaume serait en tout état de cause un échec pour les idées de pluralisme et de tolérance". On ne peut pourtant pas nier que l'éventuelle indépendance des flamands ne serait que l'application du droit fondamental des peuples à disposer d'eux-mêmes, même si on est contre cette scission. Ce qui poserait problème, ce serait des séparations entre ethnies. Ici, il ne s'agirait que de nations.

mercredi 21 novembre 2007

La manifestation belgicaine, un succès ?

Dimanche était organisée une manifestation à Bruxelles par des partisans de l'union de la Belgique.

Pour se tenir informé de la situation belge en France, ne comptez-pas sur vos journaux télévisés : un tout petit (petit petit) peu sur TF1, jamais sur France 2/3 (ces 3 chaînes émettent pourtant en Belgique francophone). Niveau presse, seul le Figaro tient la route (comme d'hab pour l'actu internationale), quoique Quatremer arrive à placer aussi des articles sur la Belgique dans Libé.

Soudain, dimanche, une marche pour l'unité de la Belgique. Cela fait de belles images, alors les caméras des télés françaises se précipitent (en plus, des gens qui défilent, ils ont l'habitude de filmer ça ;D). Nos medias racontent que ces belges ne veulent pas que la crise politique divise leur pays. Une crise politique qu'ils ne nous ont jamais expliqué avant (ou alors, en quinze secondes).

Les médias français oublient généralement de dire que cette marche a ressemblé essentiellement des Bruxellois, et donc, sans surprise, une très grosse majorité de francophones (80 à 90% selon les estimations). Sans surprise : la majorité des Flamands sont autonomistes, et veulent donc moins de Belgique. Pas vraiment une réussite pour montrer l'unité, non ? (à ce sujet, un dessin très drôle de Kroll signalé par Claude Thayse).

Et on nous dit que la marche a réuni 35 000 personnes, et que c'est un succès. Comme on ne connaît rien à la Belgique, on n'a aucune échelle de comparaison à appliquer dans notre tête. En réalité, ce n'est pas énorme, même pour la Belgique. J'éviterai la comparaison avec des marches ayant suivi des événements tragiques (300 000 personnes pour la Marche Blanche après l'affaire Dutroux, 80 000 en 2005 pour Joe, ce jeune tué en pleine gare centrale de Bruxelles pour un lecteur mp3).
35 000 personnes, c'est l'affluence d'un match des Diables Rouges (qui sont désormais très très loin de leur niveau fantastique des années 80) dans le stade du Roi-Baudoin (ancien Heysel, au nord-est de Bruxelles). C'est bien moins qu'un concert de U2 dans le même stade (60 000 personnes en 2005). Autre comparaison : 35 000, c'est la participation de la plus grosse manif anti-CPE à Grenoble (6 fois moins peuplée que la capitale belge) l'an dernier.

En réalité, cette marche a montré que la cause belge mobilise peu, et presque seulement du côté francophone. Pas un succès donc.

PS : je découvre cet article d'Arrêt sur images qui prouve, vidéo à l'appui, que les télévisions françaises ont été bien trop enthousiastes sur cette marche.

vendredi 16 novembre 2007

Je ne supporte pas qu'on siffle la Marseillaise

Je regarde le match France-Maroc, qui se déroule au stade de France. Lors des hymnes avant le match, les supporters du Maroc ont sifflé la Marseillaise.
Cela me révolte.

J'ai toujours détesté entendre un hymne sifflé. Quand j'avais assisté à la retransmission sur écran géant de France-Portugal, j'avais honte d'entendre mes compatriotes siffler l'hymne portugais.
On se doit de respecter l'autre, même et surtout quans on s'apprête à l'affronter. Le premier des respects doit se porter à ce symbole de l'identité d'un peuple qu'est son hymne. Le siffler, c'est de la xénophobie.

Et se rendent-ils compte de ce qu'ils sifflent ? La Marseillaise, c'est la Révolution Française. Elle a été écrite pour motiver nos troupes qui se battaient pour défendre la révolution (la déclaration des Droits de l'Homme, les valeurs des Lumières : liberté, égalité, laïcité) contre les armées étrangères qui voulaient rétablir la monarchie absolue.

Siffler la Marseillaise c'est siffler tout cela, même si ceux qui l'ont fait n'en ont pas conscience. Cela rend ces sifflets encore plus honteux.

mercredi 14 novembre 2007

Alicia Keys - "Like you'll never see me again" (video-clip)

Continuons cette petite pause musicale consacrée à la belle Alicia Keys. La sortie de son album As I Am s'accompagne de l'apparition sur les chaînes musicales du second clip de l'album (dès demain), après celui de No one.

Ce nouveau clip, c'est celui de "Like you'll never see me again", le second single issu de As I am. Chose rare, le clip raconte une vraie histoire, qui plus est à l'envers.

Le rappeur Common, dans les bras duquel elle se retrouvait à la fin du film Smokin'Aces, tient une nouvelle fois le rôle du copain d'Alicia.
À noter que Terri Augelo, la mère d'Alicia Keys, apparaît également dans le clip : c'est le docteur qui se trouve à droite, vers le fond de la pièce, et qui donne les ordres pour la réanimation.

D'autres vidéos à voir avec Alicia Keys : des petites publicités tournées pour MTV, avec un méchant lapin en peluche qui lui pourrit la vie, c'est très drôle.

dimanche 11 novembre 2007

Alicia Keys - AS I AM

Alicia Keys, c'est quelque chose de spécial pour moi.
J'ai été très fan d'elle entre 2001 et 2005, je l'ai vue en concert à Vienne dans les premiers rangs en 2004, et j'ai surtout parlé avec elle à la radio début 2005 (je me souviens encore de son "Bye-bye Vincent") (attention, derrière les liens se cachent des comptes-rendus à chaud d'époque écrits par un fan atteint ;D).

Depuis, j'ai grandi, j'ai élargi ma culture musicale, j'ai pris du recul et mis de côté l'aspect "fan", mais je suis toujours de près la carrière de la pulpeuse métisse. Et Fallin' restera toujours un des mes morceaux de musique préférés.
Alicia Keys - photoshoot Thierry LegouesLe 12 novembre sortira As I Am, le 3ème album studio d'Alicia Keys, le premier depuis 4 ans (il y a bien eu un album Unplugged en 2005, mais il reste moyen).
On l'attendait au tournant. Il faut dire que ses deux premiers albums avaient été particulièrement réussis (5 Grammys Awards obtenus pour "Song in A minor", 4 pour "The diary of Alicia Keys").
Je n'ai pas encore assez écouté les morceaux de l'album pour avoir le recul nécessaire afin de juger, mais je suis tenté de croire ma première impression : cela a l'air d'être du très bon. Ça commence par du Chopin. On évite le larmoyant, le style se renouvelle, moins hip-hop, moins r'n'b, plus soul.
Je connais d'ailleurs plusieurs "anciens" fans, qui n'attendaient plus grand chose d'elle, qui ont été très agréablement surpris par ce qu'ils ont pu entendre.
J'irai acheter son album, et je vous encourage sincèrement à faire de même. Vous pouvez en écouter des extraits (et regarder le clip de No one, le premier single) sur le site de la Dernière Heure, ou sur le site spécialement mis en place par SonyBMG.
Alicia Keys - AS I AMAprès un passage de promotion en France dans un mois, et notamment à la Star Academy le 7 décembre, Alicia Keys sera en concert le lundi 3 mars 2008 à la Halle Tony-Garnier de Lyon, le vendredi 14 mars 2008 au Hallenstadion de Zurich en Suisse, le samedi 22 mars 2008 au Dôme de Marseille, le mardi 25 mars 2008 au Sportpaleis (Palais des Sports) d'Anvers en Belgique, et le jeudi 27 mars 2008 à Paris Bercy.

N'hésitez pas à donner votre avis sur cet album dans les commentaires ;)

dimanche 4 novembre 2007

Belgique : racisme dans le football et excuses pourries

Zola Matumona est un joueur congolais qui évoluait au FC Brussels.
Mardi dernier, Johan Vermeersch, le président du club, vient remonter les bretelles de ses joueurs, mécontent de leurs performances (le FC Brussels est actuellement 15ème de la Jupiler League, la 1ère division belge). Il s'en prend notamment à Matumona, qui a raté un pénalty lors du match précédent, l'invitant à monter dans un arbre et à manger des bananes.

Le pire, me semble-t-il, c'est la façon dont Vermeersch reconnaît ses propos tout en niant leur teneur raciste : "Oui, j'ai dit quelque chose à propos d'arbres et de bananes, est-ce pour autant faire preuve de racisme? Nous vivons tout de même dans un pays avec des arbres et des bananes".
Tu l'aurais dit à un joueur européen, d'aller manger des bananes ? Non ! Tu as comparé ton joueur africain à un singe, aie au moins la décence de ne pas nier l'évidence !

Matumona a résilié son contrat avec le club, qui a également perdu dans l'affaire son principal sponsor, KIA.
Espérons que les instances sportives sauront sanctionner ces propos inadmissibles.

Nazis durant les guerres, et catholiques entre elles…

C'est ainsi que Jacques Brel parlait des flamingants, les nationalistes flamands, dans sa chanson "Les F…"

C'est à quoi j'ai pensé quand j'ai découvert les propos de Bart de Wever, président de la N-VA, parti nationaliste flamand (indépendantiste) allié électoralement avec le CD&V d'Yves Leterme.

Il y a une semaine, Patrick Janssens, le bourgmestre (maire) d'Anvers a présenté des excuses au nom de sa ville, à la communauté juive, pour la collaboration de l'administration de la ville à la déportation de centaines de juifs en 1942.
De Wever, conseiller municipal d'Anvers, s'est empressé de qualifier ces excuses de "gratuites" et affirmant qu'elles "n'ont pour objectif que de combattre le Vlaams Belang", niant la réalité en affirmant que la ville n'a pas "organisé la déportation mais (…) fut elle-même une victime de l'occupation".
Pire encore : "si l'on doit commémorer la Shoah, l'on ne peut perdre de vue la situation des territoires palestiniens occupés où certains ont recours à des techniques qui me font penser à un passé noir, plutôt que de tirer les leçons du passé". Un classique de l'antisémitisme : ne pas pouvoir s'empêcher, à la moindre évocation de l'holocauste, de dériver sur la Palestine en comparant les Israéliens aux nazis…

Cette affaire m'a permis de découvrir d'autres choses à propos de De Wever, comme le fait qu'il avait assisté en mai dernier aux funérailles de Karel Dillen, le fondateur du Vlaams Blok (extrême-droite flamande) ; il y a croisé Jean-Marie Le Pen, et ce n'était pas la première fois.

Si De Wever s'efforce de présenter son parti comme du nationalisme soft, sans haine, ce dérapage alors qu'il participe aux négociations interminables de l'orange bleue (déjà 21 semaines de passées depuis les législatives) nous montre bien qu'il ne s'agit en fait que de la version "présentable" du Vlaams Belang.
En cela, il n'est pas acceptable qu'il participe à un gouvernement belge.

Suisse : Le Bureau Audiovisuel Francophone (BAF) ne m'aime pas

J'ai écrit un article, pour le blog de prochoix, sur l'UDC, la droite nationaliste suisse, où j'évoque également ce site raciste et homophobe qu'est le "Bureau Audiovisuel Francophone" (dont le webmaster a été candidat UDC à des élections locales).

Pour mieux comprendre à quoi nous avons affaire, voici un exemple de ce qu'est le BAF, trouvé au hasard ce soir en première page de leur site :

Viol: Les Romains se jettent sur les Roumains
Sans doute fatigués de l’impuissance de la gausce en matière d’immigration une dizaine d’Italiens cagoulés ont agressé des ressortissants roumains avec des bâtons.
La violence n’est jamais une solution, mais voilà ce qui arrive à coup sûr quand on en prend aucune mesure préventive.(…)
Si ça, ce n'est pas de l'incitation à la haine…

Dans mon article, j'évoque ce site pour montrer ce que ça donne quand les militants UDC cessent de polir leur discours. Son webmaster a déjà répondu à ce que j'y dis. Il y ressort son discours habituel : les pro-choice (que les pro-vie comme lui détestent : il les qualifie de "pro-mort") seraient presque des eugénistes crypto-nazis ; et il ne semble pas comprendre qu'on puisse critiquer l'utilisation politique de l'islam tout en respectant parfaitement les musulmans.

samedi 3 novembre 2007

Exprimeo, l'incroyable mauvaise foi

J'avais déjà entendu parler du site Exprimeo, notamment quand versac en avait pointé l'inélégance.
Ce site, sous couvert d'analyse de la vie politique, présente certaines choses sous un jour particulièrement partisan, ce qui lui fait souvent dire n'importe quoi.

Lisons cet article sur la situation politique grenobloise, dont le but est de flatter Carignon et de discréditer ses adversaires au sein de la droite locale.
Les faits objectifs, à propos du second tour des législatives de juin dernier, dans l'Isère :
Michel Savin, opposant UMP à Carignon (et montré du doigt dans l'article comme un diviseur) a perdu dans la 5ème circonscription de l'Isère sur un score de 47/53.
Alain Carignon s'est lui incliné dans la 1ère circonscription avec un score de 37/63, 10 points de moins, le pire score de tout le département !
Comment Exprimeo rapporte cela ?
En disant que Michel Savin "a perdu très largement ses législatives", alors qu'Alain Carignon serait l'homme que "les urnes ont placé indiscutablement comme leader de l'opposition locale" !

Je prépare un article plus long sur le sujet. Quelqu'un de bien informé pourrait-il me dire s'il y a oui ou non des liens familiaux entre Jonathan Bonzy, éditeur d'Exprimeo, qui donne une adresse à Claix, dans le canton de Vif, près de Grenoble, et Denis Bonzy, ancien directeur de cabinet d'Alain Carignon, suppléant aux législatives de 1988 de celui-ci, et conseiller général du canton de Vif de 1989 à 2001 (et investi par l'UMP pour 2008 dans ce même canton) ?

jeudi 25 octobre 2007

Suisse : la proportionnelle avec apparentements

…ou comment, à Genève, le PS envoie plus de députés que l'UDC, en ayant reçu moins de suffrages.

Discutant l'autre soir avec une amie genevoise des résultats électoraux dans son pays, et de son canton en particulier, j'ai été surpris de voir que le PS y avait obtenu 3 députés pour 18,04% des voix, quand l'UDC n'en avait que 2 pour 19,81%.
J'ai essayé de comprendre le système en vigueur et j'y suis arrivé !
En fait le système suisse permet l'apparentement : des partis peuvent décider de s'allier, et ne compter que pour un seul bloc lors de la répartition des sièges.

Le plus simple est de prendre un exemple : celui du canton de Genève aux élections pour le Conseil National, dimanche dernier.
Environ 110 mille électeurs qui doivent attribuer 11 sièges, ça fait au total 1 164 923 suffrages. Pour la répartition, il faut calculer un nombre électoral, et on prend l'entier supérieur au quotient obtenu : 1 164 293/(11+1), ça donne un "nombre électoral" de 97 025 pour obtenir un siège lors de la première répartition.
Ensuite, on attribue les sièges restant en calculant le quotient électoral de chaque liste : (nombre de suffrages)/(nombre de sièges déjà obtenus+1) : ça correspond au nombre de voix moyen que "consommerait" le parti. On attribue le siège au parti ayant le plus gros nombre électoral, et on recommence les calculs pour attribuer le siège suivant jusqu'à ce qu'ils aient été tous distribués

Voilà ce qu'aurait donné le scrutin sans les apparentements : 1 député pour les partis ayant entre 90 et 120 mille suffrages, 2 pour ceux entre 170 et 210 mille, et 3 pour le parti ayant le plus de voix (UDC, environ 230 mille). Rien de très surprenant (le résultat aurait été similaire si le PS et l'UDC n'avaient présenté qu'une seule liste).

On peut constater qu'en additionnant les voix des listes solidaritéS, Communistes Nouvelle Génération et Parti du Travail Genevois, on arrive plus de 87 000 voix (presque le seuil pour avoir un député), qui ne serviraient à personne puisqu'en-dessous du seuil.
C'est là l'intérêt de l'apparentement : permettre à des coalitions de partis d'espérer récolter plus de députés que le total de ce que les listes indépendantes pourraient obtenir.
Ensuite, la distribution des sièges au sein d'un apparentement (ou d'un sous-apparentement) se fait de la même manière qu'au niveau précédent (1ère répartion d'après le nombre électoral de l'apparentement, 2ème répartition avec les quotients électoraux).
Au sein d'un apparentement, il peut y avoir des sous-apparentements, typiquement 2 listes d'un même parti (le PS et sa branche jeune) ou d'une union électorale (Union Libérale-Radicale, À Gauche Toute ! - solidaritéS et les communistes NG-) qui ne comptent que pour une seule formation lors de la répartition des sièges au sein des apparentements.

Voilà maintenant ce qui s'est passé grâce aux apparentements :
Vous vous souvenez des 87 mille voix communistes qui ne servaient à rien ? Et bien, là elles servent : elles permettent à l'apparentement de gauche d'obtenir 5 députés, là où les partis seuls n'en auraient eu que 4. Et l'UDC, apparentée seulement avec sa branche internationale, fait les frais de cet isolement, ne récoltant plus que 2 sièges.
Dans l'apparentement de gauche, 2 sièges vont aux Verts et 2 au PS lors de la première répartition, le dernier siège étant également récupéré par le PS (quotient électoral de 74 171 contre 65 641 à l'union À Gauche Toute !).

Le sytème de répartition par apparentement paraît donc ainsi mieux refléter le poids politique de chaque sensibilité. Mais ces calculs compliqués aboutissent à des résultats bizarres.
Les Verts sont en progression de plus de 5 points par rapport à 2003, alors que les socialistes reculent de près de 6 points. Cela permet aux Verts de gagner 1 siège. Aux dépens du PS ? Non, à ceux de solidaritéS, pourtant en bien plus faible recul que les socialistes.
C'est même grâce aux voix des partis situés à sa gauche que le PS se maintient (à travers les systèmes d'apparentements) comme le premier parti du canton en terme de députés, alors même qu'il ne l'est plus en terme de suffrages !

L'obsession anti-juive des Ogres

Que peut-on lire aujourd'hui sur tous les sites et blogs dieudonnistes, grâce au "TeleScriptOgres" qu'ils affichent ?
Ceci…
Pour ceux qui ne suivent pas l'émission, Sevan est le fils du réalisateur Henri Verneuil (La Vache et le Prisonnier, Mélodie en sous-sol, Le Clan des Siciliens, Peur sur la ville, etc.), d'origine arménienne.
Mais pour les Ogres, un garçon au visage moyen-oriental qui habite le 16ème arrondissement de Paris, ce ne peut être qu'un juif.
Et sioniste, bien sûr, pour tenter de tempérer l'antisémitisme de la remarque. Même s'ils ignorent tout des opinions de ce garçon, mais ils le décrètent forcément sioniste, pour la simple raison qu'ils le croient juif. J'ose même pas imaginer ce qu'ils penseront d'Alexandra (Cohen)

Pas surprenant venant d'un réseau de sites affirmant régulièrement qu'il y a 70% de juifs et 90 % de néosionistes à la télé : les dieudonistes voient des juifs partout.

lundi 22 octobre 2007

Suisse : la droite nationaliste (UDC) remporte largement les législatives

Projection résultats des législatives suisses du 22 octobre 2007 - Le tempsLes résultats des législatives suisses (qui se déroulaient aujourd'hui) sont assez désepérants : l'UDC, le parti de la droite nationaliste suisse, approcherait les 29% des voix, le plus gros score d'un parti suisse depuis 1919 !
Le parti qui s'était d'abord développé dans la Suisse allémanique, progresse aussi en Suisse romande (francophone).

En même temps, le Parti Socialiste Suisse (PSS) perd plus de 6 points par rapport à 2003 (au profit notamment des Verts), dépassant à peine les 19%. S'il conserve la deuxième place, il est désormais à presque 10 points de l'UDC.
Après la France et la Belgique, c'est un nouvel échec pour les socialistes francophones.

Cela se traduit au niveau du Conseil national (la chambre basse de l'Assemblée : le PS perdrait 9 sièges alors que l'UDC en gagnerait 7. S'il jouait jusqu'ici un rôle de contrepoids (avec 52 députés contre 55 à l'UDC), le parti socialiste n'est aujourd'hui plus du tout en mesure de disputer le leadership : il a désormais 19 sièges de moins que l'UDC.

Le centre de gravité politique de la Suisse s'est encore plus déporté vers la droite nationaliste. Relativement inquiétant. Affaire à suivre d'un œil attentif !

samedi 20 octobre 2007

Suisse : élections législatives fédérales le 21 octobre 2007

Après vous avoir expliqué le système législatif belge, je vais tenter de vous expliquer rapidement celui de la Suisse, où se dérouleront demain les élections législatives fédérales.

La Suisse est un état fédéral, actuellement divisé en 26 cantons jouissant d'une forte autonomie. Jusqu'à la nouvelle constitution adoptée en 1999, 6 d'entre eux étaient considérés comme des demi-cantons, étant issus de la scission de cantons historiques.

Chaque canton a sa propre constitution, son propre parlement (appelé le plus souvent "Grand Conseil" dans les cantons francophones), son propre gouvernement ("Conseil d'état" dans la plupart des cantons francophones) et son propre pouvoir judiciaire.

Ces cantons servent de circonscriptions électorales pour les élections législatives. Il y a deux chambres qui exercent le pouvoir législatif en Suisse.

La chambre basse de l'Assemblée Fédérale Suisse est le Conseil National. Chaque canton envoie un nombre de députés proportionnel à la population qui y réside (de 1 pour les plus petits à 34 pour Zurich). Lorsqu'un canton doit envoyer plusieurs députés, c'est le scrutin proportionnel qui s'applique.

La chambre haute est le Conseil des États : chaque canton envoie 2 représentants, ou 1 seul s'il s'agit d'un ancien demi-canton. Là, les cantons sont assez libre dans le mode de désignation : généralement au scrutin majoritaire et le jour des élections pour le conseil national, mais certains utilisent le scrutin proportionnel (Jura), d'autres font cela avant (Zoug, Appenzell Rhodes-Intérieures). Il est à noter que la chambre haute du parlement suisse a un pouvoir plus grand que son homologue française (le Sénat) : en Suisse, un texte de loi fédéral ne peut être adopté que s'il est ratifié par les deux chambres.
Cette répartition permet de restreindre le poids de partis dont l'influence serait trop localisée ; c'est le cas par exemple avec l'UDC (droite nationaliste), plus fort en Suisse Allémanique qu'ailleurs, qui n'est que le 4ème parti au Conseil des États alors que c'est le premier au Conseil national.

Enfin, la démocratie directe suisse permet d'organiser un référendum facultatif sur l'entrée en vigueur d'une loi votée par le parlement fédéral (il faut pour cela recueillir 50 000 signatures de citoyens suisses -sur plus de 7 millons- le réclamant). La loi n'est retirée que si un referendum est organisé et que le non à la loi l'emporte.

Il y a 4 gros partis dans la confédération : le Parti Socialiste Suisse (PSS, gauche), le Parti Démocrate-Chrétien (PDC, centre), le Parti Radical-Démocratique (PRD, droite libérale), et l'Union Démocratique du Centre (UDC, droite nationaliste).
Au début des années 90, l'UDC était encore un parti agrarien, loin derrière les 3 autres en terme de suffrages. Mais, suite à la radicalisation nationaliste de son aile zurichoise (qui a ensuite contaminé l'ensemble du parti), l'UDC est devenu le premier parti au Conseil National, d'abord en terme de suffrages exprimés en 1999, puis en nombre de représentants en 2003.
La plus grosse conséquence s'est déroulée à l'exécutif fédéral suisse, le Conseil Fédéral. Depuis 1959, une règle tacite, appelée la formule magique, répartissait les 7 sièges de ce conseil entre les 4 grands partis, en fonction de leur poids politique d'alors : 1 pour l'UDC, 2 pour chacun des 3 autres. En 2003, l'UDC a contraint le PDC (en perte de vitesseau niveau électoral) à lui céder un de ses sièges. C'est le leader zurichois Christophe Blocher, artisan de la radicalisation de l'UDC, qui y est allé.

L'enjeu pour l'UDC est donc de conserver sa position de leader de la politique suisse. Le parti joue donc le populisme en s'attaquant aux étrangers accusés d'être responsables de la délinquance, à l'islam, mais aussi en basant sa communication sur son leader Blocher, et en prétendant que les autres partis complotent contre lui.

Espérons que cela ne sera pas le cas…

mercredi 10 octobre 2007

Grenelle de l'environnement sur Second Life : ridicule

Il paraît que le ministère de l'écologie et du développement durable, qui organise ces temps-ci le Grenelle de l'environnement, a fait une opération de comm sur Second Life ce soir.

Le communiqué de presse est un modèle de foutage de gueule du genre "on peut raconter ce qu'on veut, c'est de l'internet avec une couche de Second Life par-dessus, les journalistes qui le liront n'y comprendront rien, de toute façon".

Ça commence fort, en disant qu'a lieu mardi 9, une rencontre débat "entre Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'état, chargée de l'écologie, et les 50 blogueurs influents de la toile". LES 50 blogueurs influents, attention ! Là, on s'imagine que ça va être l'événement dans la blogosphère politique, que tout le monde ne parle que de ça et rêverait d'y être. En lisant ça, on imagine qu'il y aura embruns, versac, koztoujours, eolas, etc. Bon, en fait non, pas du tout. Qui sont ces "blogueurs influents", alors ? Peut-être les mêmes quelques blogueurs qui étaient au ministère le 29 septembre ? Parmi ces derniers, je connaissais Luc Mandret, Mémoire-Vive, Mry, et… c'est tout (si je n'ai jamais entendu d'un blog politique, il n'est pas si influent que ça).
Google peut-il m'aider à les trouver ? Non, le buzz autour de cette opération est proche du zéro (et pourtant, les blogueurs influents aiment bien se vanter).

Le pire, c'est le "prolongement sur le site Secondlife". Là, je trouve ça totalement ridicule. Ça fait moderne, mais c'est tout. Un minimum de bon sens suffirait pourtant, pour se rendre compte que, si on veut vraiment échanger avec les internautes, une webcam, une banale interface de chat et un modérateur suffiraient. Ouais, mais ça fait beaucoup moins hype, on va passer pour des ringards si on met ça dans le communiqué de presse. Alors on va sur Second Life. Le truc à la mode… il y a six mois, déjà sur le déclin. Pour accéder à Second Life, il faut télécharger puis installer le logiciel, commercial. Honnêtement, PERSONNE ne va perdre des dizaines de minutes à installer ce programme pour les beaux yeux de NKM.
Le B.A.BA de la communication politique, ça devrait être de s'intéresser à tout le monde, non ? Alors n'utilisez SURTOUT PAS Second Life ou Facebook, des réseaux fermés !
Mais, apparemment, mieux vaut pour le ministère discuter avec dix geeks qu'avec une centaine d'internautes lambdas. Puisqu'ils recherchent les "prescripteurs" (ceux qui vont, ils l'espèrent, créer du buzz autour de l'opération).

Le dernier paragraphe du communiqué est un régal. Ça s'appelle garder le meilleur pour la fin. "Cette opération de live-blogging permettra d'optimiser au mieux l'impact de la consultation publique auprès des communautés d'internautes en s'appuyant sur les prescripteurs de la toile et en initiant une nouvelle génération de débats participatifs dans la dimension virtuelle". Une enfilade de clichés, quatres lignes totalement creuses. Ça aurait été plus simple de dire "nous expérimentons, pour trouver la meilleure manière d'interagir avec les internautes", mais bon, fallait mettre plein de mots que personne comprend, ça fait moderne !

Il serait temps que les politiques arrêtent d'être fascinés par la modernité, qu'ils arrêtent de croire qu'internet n'est pas un espace merveilleux où le monde entier serait à leur écoute.
Et qu'ils comprennent que sur l'internet, le client est roi : c'est le producteur de contenu qui doit s'adapter à l'internaute, pas le contraire. En l'occurrence, jamais Second Life ne sera un moyen d'échange efficace.

édit : la vue des comptes-rendus (Humains Associés, F.-M. Chevalier) me conforte dans mon opinion sur l'inutilité d'une telle opération (d'ailleurs on nous annonce 40 participants sur chaque île, moi j'en verrais plutôt 25 environ sur l'île verte -avec un bonne partie d'Humains associés- et une quinzaine sur celle de l'UMP). Ça fait moderne, ça fait de jolies images, mais ça n'a aucun intérêt.

samedi 6 octobre 2007

Dieudonné, avec des soutiens comme ça…

Ces derniers temps, Dieudonné a été condamné pour diffamation publique à caractère racial dans l'affaire de la "pornographie mémorielle" (il aurait fait appel) et contre Arthur (Dieudonné ayant renoncé à faire appel, la condamnation devient définitive).
Il passera devant la cour d'appel le 11 octobre prochain, pour avoir déclaré "Ce sont tous ces négriers reconvertis dans la banque, le spectacle et aujourd’hui l’action terroriste", accusé d'incitation à la haine raciale.

Et là, que nous explique Allain Jules Menye, blogueur dieudonniste dont les juifs sont la cible favorite ?
Tout le monde vous dira qu'il a été condamné pour racisme et/ou antisémitisme or, il n'en est rien...pas encore, jamais même.
Sait-on au moins ce que représente le procès du 11 octobre ? Lisez plutôt :
"Dieudonné en appel contre la décision du TGI le condamnant pour provocation et incitation à la haine raciale"
Il y a donc escroquerie à la marchandise. Pourquoi les médias désinforment l'opinion publique en parlant d'antisémitisme ?(…)
Comprenez donc que, malgré le tintamarre médiatique, Dieudonné ne sera jamais condamné pour antisémitisme car, il ne l'est pas et ne le sera pas. Les rêves de certains s'écrouleront définitivement le 11 octobre prochain.
Ne soyez pas surpris quand les médias ne mentionnent pas PROVOCATION ET INCITATION A LA HAINE RACIALE, même comme Dieudonné ne s'adressait qu'à un groupuscule de nervis extrémistes
En clair, il nous explique que Dieudonné n'est pas antisémite, parce qu'il n'a jamais été condamné pour antisémitisme, mais seulement pour diffamation à caractère racial, et (en première instance) pour incitation à la haine raciale.
Incroyable !
La justice a donc estimé que Dieudonné diffamait des gens parce que juifs, qu'il incitait à la haine contre des juifs. Mais, selon les dieudonnistes, cela ne veut pas dire qu'il est raciste ! Ça veut dire quoi, alors ?

vendredi 5 octobre 2007

Grenoble : Alain Carignon renonce

Je ne m'y attendais pas. Alain Carignon renonce à briguer la mairie de Grenoble l'an prochain.

Reprendre la mairie de Grenoble (qu'il avait dû laisser en 1995 à cause de ses problèmes judiciaires) au socialiste Michel Destot en 2008, c'était son but depuis des années. Il avait placé patiemment ses pions.
Il avait réussi à revenir dans l'UMP et à prendre la fédération iséroise. Mais son retour électoral a, lui, été un échec : moins de 37% des voix au second tour de l'élection législative, contre plus de 63% à sa rivale socialiste Geneviève Fioraso ! Le pire score de la droite iséroise en 2007, dans une circonscription pourtant réputée de droite.

Si sa prise de contrôle de l'UMP Isère avait déjà divisé la droite grenobloise, de nouvelles voix se sont élevées contre lui suite à cet échec électoral retentissant, pour ne pas que cela se répète aux municipales, notamment celle d'Hervé Gerbi, qui propose sa propre candidature.

On sait que Carignon est un homme ambitieux, et nul doute qu'il a dû beaucoup lui en coûter de retirer sa candidature, de se sacrifier pour la droite grenobloise. Accepter que les électeurs, qui vous aimaient il y a 20 ans, ne veulent plus de vous, ce n'est pas facile.
Lui qui se considérait le seul capable d'affronter (et même de battre) Destot ne retrouvera sans doute jamais de mandat électif (j'imagine mal un ancien ministre, battu aux législatives, forfait aux municipales, se battre pour un poste de conseiller général…), ce qui signe sans doute la fin de sa carrière politique "active".

Ce qui me dérange chez Carignon, ce n'est pas l'homme (d'une grande intelligence), ce n'est pas son casier judiciaire (j'ai toujours défendu la réinsertion des prisonniers), ce sont ses méthodes, son côté roblard, truqueur, même après son retour : la prise de l'UMP grâce à des centaines d'adhésions cachées aux responsables de l'époque, le truquage minable d'un sondage de Greblog , et plus grave, les tracts diffamatoires sur Corys, etc.

Voici comment j'analyse l'échec du retour d'Alain Carignon :
  • le rejet populaire n'est, je pense, pas dû qu'à son casier judiciaire (Balkany a montré qu'on peut reprendre une mairie après avoir été condamné, il est vrai plus faiblement)

  • c'est pluôt parce qu'il ne soit pas apparu comme un homme nouveau aux yeux des électeurs : voir Carignon multiplier les roublardises pour revenir au pouvoir ne leur a pas donné l'impression qu'il avait changé, que le Carignon d'aujourd'hui était différent du Carignon d'hier dont ils ne veulent plus
Plusieurs noms circulent pour la tête de liste UMP aux prochaines municipales : Hervé Gerbi, Henri Baile, et Fabien de Sans-Nicolas. Il ne faut pas non plus oublier les exclus de l'UMP (pour dissidence aux législatives), Richard Cazenave et Mathieu Chamussy.

Si la droite grenobloise veut ne pas être trop ridicule l'an prochain (ils n'y croient plus eux-même, pensant déjà à 2014, comme dans le titre de leurs états-généraux), quels choix doivent faire ses responsables ?
  • L'UMP fera-t-elle revenir Cazenave et Chamussy, ou au moins négocier leur ralliement ? Ne pas le faire, c'est s'exposer fortement à une candidature dissidente (ce qui offrirait un fauteuil à Destot…) de Chamussy (Cazenave a lui beaucoup moins de raisons de se présenter depuis que son rival Carignon s'est retiré).

  • Dans une ville réputée de gauche, leur seule chance est de présenter un candidat jeune et neuf face à un Destot qui tentera d'obtenir un 3ème mandat de maire (c'est un Carignon de 34 ans qui s'était imposé en 1983 face à Hubert Dubedout qui briguait un 4ème mandat). Qui ? out Henri Baile, de toute façon trop proche de Carignon pour rassembler.
    Restent Gerbi (37 ans) et Sans-Nicolas (30 ans).
Gerbi a pour lui l'ancrage local, une prise de position contre Carignon avant les législatives (cela convaincra-t-il Chamussy, qui s'est présenté comme candidat dissident contre l'UMP Nathalie Béranger, dont le suppléant était… Hervé Gerbi ?). Sans-Nicolas a pour lui la médiatisation, le rôle national, l'appui de Sarkozy.

Mais, quel qu'il soit, le candidat de la droite grenobloise devra avant tout tirer un trait sur les méthodes actuelles des pro-Carignon.

jeudi 4 octobre 2007

Fabe et la démocratie participative

Fabe, vous ne connaissez sans doute pas ce nom. C'est un ancien rappeur qui a sorti 4 albums dans les années 90, à classer dans le haut du tableau du rap français, avant d'arrêter la musique. Un message intéressant, s'attaquant par exemple dans "Des durs, des boss, des dombis" (1996) à notamment Stomy Bugsy et à Booba, en leur reprochant de jouer les gangsters qu'ils ne sont pas[*].

Fabe, j'ai découvert en 1998, grâce à "L'impertinent", extrait de son 3ème album. À l'époque, j'étais un adolescent commençant à m'intéresser la musique et au rap, je connaissais seulement les rappeurs médiatisés, comme NTM, I AM, Doc Gynéco, Stomy Bugsy, Passi.
Et, un matin, en regardant le "Boulevard des Clips" sur M6, j'ai vu le clip de ce jeune homme. Une vidéo efficace, un sample très bon, et surtout de sacrés textes. "Si Jean-Marie courrait aussi vite que je l'emmerde, il serait tellement loin / Avant je les détestais mais aujourd'hui je les aime tellement moins".

Comme beaucoup d'amateurs de rap, j'aimerais bien savoir ce qu'est devenu Fabe. J'ai essayé de demander ça à Google, grâce à qui je suis tombé sur cette question sur un blog "Désirs d'avenir éthique" (pro-Ségolène Royal), à la fin d'un commentaire d'un ségoléniste citant une chanson de ce rappeur :

Je ne sais pas ce qu'est devenu fabe mais j'aimerai bien savoir ce qu'il pense de la démocratie participative ... et de l'ordre juste ...

Énormissime !



[*] Pour la petite histoire, une des rimes de cette chanson de Fabe, qui dit "C'est tellement bas que pour en parler/Faudrait qu'j'me fasse mal au dos…" sera la source d'une des plus célèbres répliques de Booba, au sein de Lunatic dans la chanson, La lettre : pour vanner son ennemi Fabe, Booba sort "J'suis tombé si bas, qu'pour en parler faudrait qu'j'me fasse mal au dos / Putain quelle rime de bâtard". Ol'Kainry samplera le "bâtard" pour son titre Scènes de bâtards et Mc Jean Gab'1, dans J't'emmerde, conclut les attaques consacrées à Booba (où il imite la voix de celui-ci) par "putain, quelle rime de bâtard"

mardi 2 octobre 2007

Une journée de recherche

Suivant l'idée de Celui, voici un "rapport de gendarmerie" pour essayer d'expliquer en quoi peut consister une journée d'un doctorant.

10h15 Arrivée au labo. Lecture des nouveaux mails : du spam et des mailing-lists de recherche. Ma technique de gestion des mails : je ne lis que si cela me semble intéressant, et je ne tiens compte des mails administratifs qu'en cas d'urgence (si quelque chose est important, on aura toujours un mail de rappel).
10h30 Je constate que Celui a déjà bien avancé son rapport de gendarmerie.
10h40 Consultation de mon Netvibes : lire des blogs, ça permet de se détendre un peu, ce qui n'est pas négligeable vu le stress qu'occasionne la recherche.
10h45 Pas grand chose à lire, tant mieux, ça évite de perdre trop de temps avant de se mettre vraiment au boulot. Je suis dans une période programmation. Comme mon domaine de recherche est le TALN (traitement automatique des langues naturelles) du point de vue informatique, j'ai pas mal programmé en Perl ces dernières années (et oui, les expressions régulières, c'est très pratique pour les problèmes linguistiques), mais ce n'est pas ce qu'il y a de mieux pour faire un vrai projet. Une part importante du travail, c'est de chercher les outils existants qui faciliteront la résolution du problème : j'ai trouvé une très bonne librairie C++, il reste à l'utiliser. Mais cela fait 4 ans que je n'avais pas utilisé ce langage, donc là, je galère.
11h10 #@!&* de langage fortement typé !
11h24 Je n'entends que le bruit des ventilos des PC (on travaille quasiment tous sur Mac, mais on a aussi des PC Linux). Entre ceux qui enseignent et ceux qui, comme moi, préfèrent travailler la porte à peine entrouverte (pour dire "je suis là mais ne venez pas me déranger pour rien"), ça fait un peu mort.
11h36 Quand son collègue de bureau n'est pas là, ça permet de lâcher à haute voix les gros mots qui viennent à l'esprit quand on n'arrive pas à résoudre son problème.
11h58 On tape à ma porte : quelqu'un souhaite trouver un chercheur dont je ne connais pas le nom, on comprend vite la méprise : il est au bon étage du bon bâtiment, mais pas au bon UFR (informatique au lieu de chimie).
12h03 Mon labo, résultat d'une fusion récente, compte plusieurs centaines de chercheurs (permanents ou en doctorat). Donc on a une bonne équipe qui s'occupe des ressources informatiques et de leur sécurité.
12h18 Je consulte les stats de mon blog, je vois quelqu'un est venu de celui de Valerio Motta, j'en profite pour le visiter. Comme Valério ou cet affreux ségoléniste de Dagrouik, mon blog a été visité jeudi dernier par une machine du réseau de la présidence de la République, mais je n'ai pas trouvé qu'il y ait un intérêt à en faire une note.
12h47 J'ai faim.
14h11 Retour au labo. Il fait grand soleil dehors, aucun nuage devant les montagnes. Vue sur les Alpes (massif de Belledonne) par la fenêtre, c'est un des avantages de Grenoble. "Au bout de chaque rue une montagne" disait Stendhal sur cette ville qui l'a vu naître (le revers de la médaille, c'est que cela forme une cuvette qui retient la pollution). Le confort du travail, ça compte aussi.
14h53 Toujours pas grand monde ici. La plupart des doctorants de l'équipe sont étrangers (Chine, Thaïlande, Vietnam, Tunisie, Pakistan, et sûrement d'autres), le plus souvent avec des bourses de leur pays d'origine. Les doctorants français peuvent avoir une bourse du ministère de la recherche (c'est mon cas), mais le nombre est relativement limité. Les autres font une thèse CIFRE, financée par une entreprise, où ils travaillent une bonne partie de la semaine.
Généralement, les doctorants étrangers rentrent dans leur pays après avoir obtenu leur doctorat, c'est pourquoi il n'y a qu'une seul chercheuse permanente étrangère (japonaise).
15h27 Je maudis le C++.
16h00 Un chercheur doit savoir identifier précisément le problème ou l'erreur, et doit toujours garder à l'esprit qu'il y a au moins 97% de chance d'en trouver la solution sur internet (dans des articles, des documentations, ou des listes de discussion) ; il retrouve alors un problème habituel : savoir trier les informations. Là, je trie.
16h27 Deux doigts coupe faim pour tenir jusqu'à la fin de la journée.
16h31 Quand on ne comprend pas, autant imprimer le truc et faire des petits dessins à côté (non, pas des petits dessins comme quand on s'ennuie en cours, mais des petits dessins pour avoir une vue concrète du problème). Et ne venez pas m'embêter avec les arbres coupés pour ça, moi j'imprime toujours 2 par page et recto-verso.
17h31 Ca avance, youpi !
17h49 Je viens de passer quelques secondes en mode "réflexion en regardant par la fenêtre". En ramenant mon regard vers la pièce, je me rends compte d'un certain contraste. On utilise des ordinateurs relativement récents, mais les vestiges du XXème siècle s'empilent dans les armoires : vieux rapports, disquettes, câbles obsolètes, etc. Et même un Apple Powerbook 170 plein de poussière. Quant aux locaux, ils doivent dater de la construction du campus de Grenoble au début des années 60.
18h06 Je devrais remplir ma charte de thèse pour cette nouvelle année. Mais, de toute façon, mes encadrants sont absents. Cela attendra donc demain, même pour le blabla purement administratif.
18h16 Oh, tiens, au fait, ça fait deux ans et un jour que je suis doctorant. Donc, plus qu'un an de financement. Cela incite à bosser, même si des fois j'ai peur de ne pas arriver à finir dans les temps. C'est pas facile de se dire un jour "bon, j'arrête de réfléchir sur le problème, maintenant je ne fais plus que de la mise en œuvre", mais il faut le faire, sinon on n'a jamais rien de vraiment concret à présenter. Cela doit faire deux semaines que je ne réfléchis plus.
18h43 Derniers efforts de la journée pour avancer.
18h58 Désolé, je ne ferais pas une fin si spectaculaire que celle de Celui. Pas d'explosion, rien. Je pars d'habitude aux alentours de 18h30. Si c'est une journée où je désespère et j'ai l'impression de ne plus avancer, je pars plus tôt. Si je suis content de moi, que je sens que j'avance, je traine un peu... C'est le cas aujourd'hui, coup de chance, ça me permet de faire plus sérieux ^^

dimanche 30 septembre 2007

Les méthodes carignonistes sur internet : diffamation et chantage

L'internet est un bel outil pour suivre la communication politique locale, surtout à Grenoble, où une part importante de la communication de la droite s'effectue sur ce media (y compris pour se déchirer entre pro- et anti-Carignon).

Les pro-Carignon ont repris les méthodes du passé (coups bas, attaques personnelles contre les adversaires, de gauche comme de droite), qu'ils ont adapté à ce nouveau moyen de communication. J'avais déjà parlé des trucages de sondages internet par les carignonistes, mais cela reste finalement presque gentillet par rapport au reste. Leur cible principale est évidemment, Michel Destot, maire socialiste de Grenoble, qui a le tort d'occuper le poste que Carignon rêve de récupérer.

Un exemple ? La page "Non à Destot" (qui se veut sans doute une réponse au site "Non à Carignon"), accusant le député-maire de tout les maux (y compris d'un "scandale de Saint-Théoffrey", une commune qui n'est même pas dans la circonscription dont Destot est le député !), et illustrée avec une photo choisie pour que celui-ci ait l'air le plus ahuri possible (il me semble qu'elle a été prise lorsqu'il a tenté de grimper le Cho Oyu). Mais il y a plus grave.


J. B.* est un étudiant de 19 ans, qui animait un blog "Observatoire de la dépense publique", émanation d'un collectif du même nom, présenté comme "apolitique", dont l'autre responsable se nomme Bernard Forey. Apolitique, vraiment ? Ces deux hommes sont pourtant militants UMP pro-Carignon ; J. B. est même "délégué départemental de l'UMP Isère aux questions de sécurité et de justice".
Ce dernier traque tout ce qui concerne les adversaires socialistes de Carignon (surtout Michel Destot, rival pour la mairie, et Geneviève Fioraso, rivale pour l'élection législative dans la première circonscription de l'Isère), avec l'espoir de trouver des agissements illégaux. Quel meilleur gibier que Corys, entreprise créée par Destot, et dont Fioraso fut la directrice commerciale ? Quelques semaines avant les législatives, il ressort sur son blog un dossier d'expertise judiciaire concernant Corys, où apparaissent les noms des deux socialistes. Qu'importe si une instruction judiciaire a suivi et n'a concerné ni Destot ni Fioraso, qu'importe si justice a déjà été rendue, il faut salir : il crie alors au "scandale politico-financier non résolu".

Cela devient alors un argument de campagne pour tenter de renverser la débâcle annoncée de Carignon aux législatives : à quelques jours du premier tour, l'ancien ministre glisse le lien sur son blog, et l'UMP38 réalise des tracts sur Corys qui donnent l'adresse de cet "observatoire" inféodé.

J. B. essaye de répandre sa propagande sur wikipedia : en avril, il crée des articles (rapidement supprimés) sur Corys et Geneviève Fioraso, et tente une modification de la page "Michel Destot" (qui tiendra 7 minutes) pour rajouter sa propagande. Le 7 juin, à 3 jours du premier tour, il retente de modifier la page sur Destot, et recrée une page sur Fioraso.

Une nuit de la même semaine, la majorité du personnel municipal grenoblois reçoit un mail anonyme, reprenant ces mêmes accusations contre Destot et Fioraso (et renvoyant aux sites "Observatoire de la dépense publique" et "Non à Destot"), ce qui fera dire au maire que "la ligne jaune (a été) franchie". Qui était cet expéditeur anonyme ? J. B. aurait avoué.
Destot fait poursuivre le jeune homme. Cela ne plait évidemment pas à l'UMP38. Que lui répondent-ils ? Ils l'accusent de "transforme(r) Grenoble en cloche merle et cité de la rumeur et de l’amalgame" (alors qu'ils passent leur temps à réclamer que Destot s'explique sur la rumeur Corys, dont ils sont les instigateurs !), tout en minimisant ce qui est reproché à l'un des leurs.


C. A.* est un autre cas intéressant : il est l'un des responsables de "Grenoble avenir 2014" (les "états-généraux" de l'UMP38). Caricature de militant pro-Carignon, il a ouvert son blog début juillet : moins de 3 mois, mais cela vaut déjà le détour.
Cela a commencé tout en finesse, à propos des militants anti-Carignon de la droite grenobloise : "en tant que petit fils de résistant déporté en camp de concentration car il a refusé de se soumettre à une collaboration passive, je m’opposerai farouchement à toute propagande vichyssoise faite par des collaborateurs de la mairie actuelle" ; cela a continué, avec le même niveau, à propos des poursuites judiciaires engagées par le maire contre J. B. : "M. le maire voudrait mettre des statuts de lui dans Grenoble pour compléter sa vision Stalinienne de la justice et de la gestion de la ville. Après, il condamnera un jeune militant UMP de 19 ans à la peine capital pour avoir envoyé quelques emails".
En une semaine de blog, il avait donc déjà assimilé le maire au stalinisme, la mairie aux nazis, la droite Cazenave/Chamussy (les anti-Carignon) au régime vichyste collaborateur (Chamussy à qui il reproche aussi, entre autres, d'avoir un frère à la CGT)…

Mais ce n'était qu'un début. Le 20 juillet, cela vire à des menaces politiques assez ignobles, toujours concernant J. B. et Corys :
M. le Maire, il est vrai qu'utiliser des fichiers qui appartenaient à la mairie est interdit.
Cependant réfléchissez un peu, si nous diffusions sur tous les sites UMP et blogs politiques de France le rapport d'expertise judiciaire de CORYS SA, imaginez l’impact sur votre crédibilité déjà bien affaiblie depuis quelques années.
M. le maire vous nous poursuivriez tous pour diffamation ?
M. le maire soyez raisonnable, retirez votre plainte et justifiez vous ou nous commencerons cette diffusion au niveau local et national, dans chaque commentaire vous pourriez trouver ce dossier compromettant !
Ne gâchez pas l’avenir de ce jeune ou nous vous rendrions la vie impossible.
JB on est avec toi.
Ces propos me semblent parfaitement rentrer dans la définition du chantage de l'article L-312-10 du Code Pénal.
D'ailleurs, le même jour, ce jeune homme va poster de nombreux commentaires sur des blogs de droite, leur demandant (après leur avoir fait des compliments) de faire de la publicité à "l'affaire Corys" présentée comme "affaire de détournement", voire "de détournements de fonds".

Mais, quand C.A. se rend sur des blogs de gauche, il est nettement moins amical. Les 22 et 23 juillet, il poste "vous etes tous de gros con on a gagné! vous avez perdu!" en commentaire sur plusieurs blogs plutôt de gauche. La classe, le respect de l'adversaire…

Diffamation, chantage, insultes, voici les méthodes des pro-Carignon…

* éditions 07/11/08 et 14/09/10 : au nom du droit à l'oubli, j'ai accepté d'anonymiser cet article.

mercredi 26 septembre 2007

Quant elysee.fr devient sarkozy.fr

Vu sur le blog de Valerio Motta :

Découvrez la nouvelle version du site de la Présidence de la république : http://www.elysee.fr/accueil/
Comparez avec l'ancienne version du site, une présentation sobre héritée de l'ère Chirac.
Et surtout avec Sarkozy.fr, le site de campagne de Sarkozy pour la campagne présidentielle passée.

Oui, elysee.fr et sarkozy.fr, c'est la même charte graphique !
La tête du président en haut à gauche, une télé du président (PR-TV) qui est une copie conforme de la télé du candidat (NS-TV). Quoique vous fassiez, vous verrez au moins une photo de Sarkozy, voire deux, trois, pour bien vous rappeler qui est le chef.

Je trouve ça particulièrement choquant. Que diriez-vous si le site de votre ville affichait en gros la tête de votre maire ? Qu'il utilise ce site pour faire sa promotion personnelle...

édit : voir des copies d'écran sur lefigaro.fr

mardi 25 septembre 2007

Belgique : la franchise des socialistes wallons

Est-ce parce que, suite à leur défaite historique aux législatives, ils ne participent pas aux négociations pour la formation du gouvernement qui n'en finissent plus (déjà plus de 15 semaines !), que les socialistes wallons se lâchent et brisent le tabou de la scission de la Belgique ?
En tout cas, ils dépeignent une situation beaucoup moins rose pour l'avenir de la Belgique que celle qu'on peut souvent entendre du côté wallon.

Philippe Moureaux, vice-président du PS, dans une interview au Soir :
Ecoutez, il y a un côté pathétique : les médias interrogent tous les deux jours un Flamand qui est pour le maintien de la Belgique ; on va chercher les Martens, les De Croo ; on sort les drapeaux ; on défile pour la Belgique Tout ça face au bulldozer flamand. Extraordinaire.
Moi, je suis très heureux dans la Belgique fédérale, et je ne demande rien d'autre. Mais cela n'empêche pas d'ouvrir les yeux sur la réalité flamande.
(…)
Le projet de Leterme et du CD&V reste le projet central au Nord : vider au maximum l'Etat fédéral mais en maintenant une structure légère afin de conserver Bruxelles et le poste de Premier ministre.
Bruxelles : car ils se rendent compte que leur idée fumeuse de condominium ne sera jamais acceptée par les francophones.
Le « seize » : parce que l'étiquette Belgique a de la valeur sur la scène internationale.
Dans l'immédiat, ils vont rassurer les francophones par quelques déclarations émouvantes sur le maintien de la Belgique, tout en commençant à racler l'os. Ils sont en train d'obliger les francophones à discuter de matières qui sont des matières d'« essence » pour un Etat. Voilà leur cap. Mais ils y vont par étapes, en grignotant.
(…)
Si l'on prend conscience de l'évolution de la Flandre telle que je l'ai décrite – et je pense qu'intellectuellement, l'analyse est partagée bien au-delà du PS –, alors, il faut être cohérents. D'ailleurs, mon analyse est cruelle pour tous les francophones, pour tous ceux qui croient que rien ne se passe, et il y a des socialistes, bien sûr.
Les francophones doivent se préparer au confédéralisme. Et avoir à l'esprit que si, en Flandre, la minorité des fameux 40 %, l'« aile agissante », approche des 50 %, il faudra se préparer au splitsing. Il paraît qu'on ne peut pas le dire

Élio Di Rupo, président du PS, dans une interview au Soir Magazine :
C'est vrai que dans l'opinion publique francophone, en Wallonie, on sent bien que le fait que les Flamands veulent scinder le pays induit une sorte de tristesse indicible parce que nous aimons notre pays. Mais nous devons faire preuve de lucidité: il arrivera un moment, même si on ne le souhaite pas, où la Flandre voudra voguer de ses propres ailes. Et ce ne sera pas, alors, la peine de dire: ah le bel avion, j'aurais bien voulu être dedans. Ce sera trop tard. Quand l'avion s'en va, il s'en va

Je ne sais qui a raison sur l'avenir de la Belgique. Mais j'étais tellement frappé par ce décalage entre les discours flamands et francophones que je trouve très intéressant que des responsables politiques prennent acte de ce que disent les flamands, au lieu d'espérer que tout finira par se modérer. Si la formation du gouvernement échoue, c'est bien parce que Leterme refuse de modérer son discours, son programme, ce qui le rend (pour l'instant) inacceptable pour ses partenaires francophones au sein d'une coalition "orange bleue".

Je rejoins surtout Moureaux sur l'idée que les Flamands autonomistes/indépendantistes veulent "racler l'os" Belgique. C'est ce que je disais à propos de la N-VA : ces responsables flamands ne veulent maintenir la Belgique pour l'instant qu'afin de profiter de ses avantages, et en aucun cas pour continuer de vivre avec les Wallons.

mercredi 19 septembre 2007

Les intégristes de "Belgique et Chrétienté" contre une publicité de Plug TV


Plug TV est la chaîne belge du groupe RTL à destination des jeunes francophones : séries américaines, recyclage des télé-réalité de M6 (qui n'émet pas en Belgique et appartient au même groupe), Cauet, etc.
Pour cultiver son image jeune, elle diffuse depuis début septembre, sur les autres chaînes belges francophones de RTL (RTL-TVI, Club RTL) et dans les cinémas, un spot publicitaire décalé mettant en scène Jésus.

Un Jésus fêtard, dôté de super-pouvoirs (qu'il déclenche en dessinant une croix devant lui avec son doigt) utilisés pour rentrer en boîte de nuit. Tout se passe bien pour lui jusqu'à ce que, assis dans une limousine en compagnie de deux charmantes diablesses, il veuille regarder Plug TV. Cela lui vaut d'être rappelé immédiatement dans les cieux par son père (Dieu) qui lui passe un savon : "Plug TV et puis quoi encore ? Tu sais très bien que tu peux tout te permettre sur terre, mais pas ça !"

Mais cela ne plaît pas évidemment pas à tout le monde. "Belgique et Chrétienté" (B&C) est une association catholique intégriste d'extrême-droite [1] qui agit par lobbying, appelant à boycotter des entreprises dont les publicités ont été jugées trop peu respectueuses de la morale catholique. Dès le 9 septembre, son président Alain Escada mobilise ses troupes : fustigeant ce "Jésus baba-cool, ventripotent et hirsute qui utilise notamment ses pouvoirs pour s'entourer... de deux jeunes femmes démoniaques en tenues érotisées et prenant des poses suggestives", et criant au "racisme anti-chrétien", il incite ses membres à inonder de protestations les adresses mails et les numéros de téléphones qu'il donne. Le message est clair : "Faisons pression sur tous les acteurs économiques liés à RTL Group.".
Mais la pression ne s'effectue pas que par mail ou par téléphone. Escada menace RTL : s'ils ne retirent pas leur publicité, B&C organisera une "manifestation devant le siège de la société RTL Tvi à Bruxelles (tous les renseignements suivront) afin de dénoncer fermement ce racisme anti-chrétien, le seul racisme qu'on pratique aujourd'hui en toute impunité !".

Deux jours, plus tard, le "Jury d'Éthique Publicitaire", l'un des destinataires des pressions, répond en ne rendant qu'un avis de réserve : il concède à B&C que l'utilisation de Jésus et du signe de croix "ne témoigne pas de bon goût", mais estime que "l'humour et la caricature sont utilisés dans ce spot d’une telle manière qu’ils ne sont pas de nature à dénigrer ou à jeter le discrédit sur des convictions religieuses".
RTL, sans doute pour éviter que la polémique n'enfle plus et soit reprise par des chrétiens plus modérés, cherche à calmer le jeu en ne diffusant désormais la publicité qu'après 22 heures. Cela ne suffit évidemment pas à B&C, qui appelle ses "membres et sympathisants à maintenir la pression", et rappelle sa menace d'organiser une manifestation devant le siège de RTL-TVI.

Il reste à espérer que RTL tienne bon face aux menaces des intégristes. Dans le cas contraire, cela serait bien une mauvaise nouvelle pour la liberté d'expresison.

[1] Un long dossier a été réalisé par ResistanceS, association belge de lutte contre l'extrême-droite, sur "Belgique et Chrétienté" et sur le procès (perdu) que celle-ci leur avait intenté : http://www.resistances.be/belgchret01.html

Affaire Alexis Debat : son doctorat inventé

J'ai découvert, via un billet de versac, l'affaire Alexis Debat (sortie par Rue89) ce consultant français qui a trompé beaucoup de monde (notamment ABC News) en gonflant son CV et en publiant des interviews de grands de ce monde, dans la revue Politique Internationale, totalement fausses.

Et il semblerait que Debat ait inventé jusqu'à son doctorat, bien qu'il s'en défende. Il y a quelques jours, il répondait ainsi à David Henderson, un blogueur américain, qui l'a contacté sur cette polémique :
"PhD
On the subject of the legitimacy of my PhD, the article once again mentions inaccurate and incomplete information. I was indeed recently made aware of an administrative problem with regard to the completion of my PhD, which I am in the process of sorting out through legal means. My thesis was completed in 1999, and is registered at the Sorbonne, as indicated in this website:
http://edoc-histoire.univ-paris1.fr/EDvieux/html/doctot.htm."

"Au sujet de la véracité de mon doctorat, l'article mentionne une fois de plus des informations inexactes et incomplètes. En fait, j'ai été récemment averti d'un problème administratif à propos de l'achèvement de mon doctorat, que je suis en train de résoudre avec des moyens légaux. J'ai achevé ma thèse en 1999, et celle-ci est enregistrée à la Sorbonne, comme le montre ce site web : http://edoc-histoire.univ-paris1.fr/EDvieux/html/doctot.htm"

Suivons donc ce lien. En utilisant la fonction recherche du navigateur, on trouve en effet très rapidemen une ligne :
Debat Alexis, C.I.A. et perceptions de sécurité aux Etats-Unis, 1947-1962 (André Kaspi).
...mais dans une section "Sujets de thèse proposés en 1996-1997 ". Cela prouve seulement que Debat a, comme tout doctorant, déposé le sujet de sa thèse lors de sa première année de doctorat. Ce lien qu'il donne pour justifier l'obtention de son doctorat ne le prouve donc pas du tout. Pire, aucune thèse avec le nom de Debat n'apparait dans les sections "thèses soutenues" des années suivantes.

Que dit André Kaspi, censé avoir dirigé cette thèse, sur son ancien étudiant ? Là encore, la réponse vient de Rue89 :
"Il a fait son DEA, mais il a fabriqué son doctorat. J'ai eu le document qu'il avait fabriqué entre les mains", raconte André Kaspi, professeur d'histoire de l'Amérique du Nord dans cette université
Une fausse interview d'Obama dans Politique internationale, Pascal Riché, Rue89, 5 septembre.
"Alexis Debat est un imposteur qui a réussi", nous déclarait André Kaspi, professeur d'histoire américaine à la Sorbonne, qui devait initialement être son directeur de thèse.
Comment Alexis Debat a trompé tout Washington, Guillemette Faure et Pascal Riché, Rue89, 14 septembre.

Cette histoire montre qu'on peut, pendant des années, usurper des titres, inventer de la fausse information pour une revue prestigieuse, sans que cela ne se fasse remarquer. C'est assez effrayant.