mardi 21 décembre 2010

Prières de rue

Les prières musulmanes dans les rues de Paris, cela doit faire plus d'un an que j'en ai entendu parler.
Cela me révolte. Que des religieux barrent des rues, entravent la liberté de circulation, juste pour pratiquer leur religion, est insupportable pour un laïque comme moi.

Ne nous mentons pas : entraver ainsi la circulation est illégal, ils font passer la loi de Dieu avant celle de la République, dans un but profondément politique. Faire pression sur les pouvoirs publics pour obtenir une mosquée. Une pression par le nombre, de plus en plus forte.
Dire que les musulmans n'ont pas d'autre lieu pour prier, c'est mentir. Ils ne sont pas obligés de prier dans la rue, ils le font pour emmerder le monde. Nombreux sont les fidèles de la rue Myrrha qui y viennent spécialement, depuis la banlieue, juste pour donner plus de poids aux perturbations. En face, un maire qui se couche, plus soucieux de sa réélection que de la défense de la laïcité.

Aujourd'hui, cela fait enfin débat. Grâce à une phrase de Marine Le Pen sortie de son contexte. Occupation. Marine aurait comparé les prières de rue à l'Occupation. Donc nazis, donc elle est bien comme son père.

Raté.
Tout d'abord, loin d'être comme son père, entourée de nostalgiques des nazis et de la collaboration, elle comparerait ses ennemis aux nazis. Plutôt un bon gros point Godwin comme le souligne Élisabeth Lévy. Et, comme cela a été expliqué dans Arrêt Sur Images (peu suspect de sympathie lepéniste), l'allusion faite à la seconde guerre mondiale était avant tout une pique à Gollnisch et ses dérapages négationnistes.

Je suis agacé par cette polémique.
Je l'ai souvent constaté en étudiant l'UDC (droite nationaliste suisse) : à attaquer inconsidérément les leaders du populisme de droite, à les accuser de racisme pour tout et souvent pour n'importe quoi, on ne fait que renforcer leur victimisation ("c'est tabou, on veut nous empêcher de parler"). Et au final, ils deviennent plus populaires.

Car le bon peuple français, il voit bien une lente islamisation. L'assimilation à l'envers, quand Diam's passe de la fille libérée en débardeur, à la fille soumise dont on ne voit plus que le visage et les mains.
Et les Français n'aiment pas ça. Non pas qu'ils soient racistes, comme les islamo-gauchistes tentent de nous le faire croire. Bien au contraire.
Non, ils sont attachés au modèle français, laïque, où la religion est d'ordre privée (et ne se pratique pas au milieu de la rue). Ils sont attachés à une conception du vivre ensemble.

La majorité (sans doute) des sympathisants de gauche, s'ils sont attachés à combattre le racisme (et notamment celui visant la communauté arabo-musulmane), le sont tout autant à la défense des droits des femmes et des homosexuels, à la liberté de croire ou de ne pas croire.
En consultant le détail d'un sondage Ifop/France Soir consacré à Marine Le Pen, on apprend que près d'un tiers des sympathisants du Front de Gauche (et j'en fais partie…) approuvent ces propos.
Et oui, les bouffeurs de curé n'aiment pas non plus les imams…

Il ne faut pas que la gauche se laisse enfermer dans le chantage à l'islamophobie. Mélenchon, Hamon, Fabius, etc. sont courageux sur ces questions. Mais il y a toujours une fraction de la gauche prête à cautionner l'intolérance quand elle vient de l'islam. Avec cette putain de manie du consensus, on en arrive toujours à des déclarations fades, sans courage.
Ne laissons pas à la droite populiste le monopole de la question.

mercredi 8 décembre 2010

Buylife, mensonges et mauvais goût pour la bonne cause

Keep A Child Alive (KCA) est une ONG américaine qui lutte contre le SIDA en Afrique.
Elle utilise régulièrement des célébrités américaines pour inciter les gens à donner pour cette cause.

Le 1er décembre dernier, journée mondiale de lutte contre le sida, était lancée l'opération Buylife. Alicia Keys et d'autres vedettes du show-business (Lady Gaga, Justin Timberlake, Usher, Lenny Kravitz), ont « sacrifié » leur identité numérique, en s'engageant à ne plus publier de messages sur Twitter tant que ne serait pas collecté un million de dollars.

L'opération a tourné au fiasco : 160 000$ le premier jour, mais moins du double au bout d'une semaine. À ce rythme-là, les stars ne risquaient pas de poster à nouveau sur Twitter avant fin janvier. Impensable pour tous ces égocentriques.

Heureusement, ils ont été sauvés par Stewart Rahr, un milliardaire philanthrope, qui a déboursé les 700 000 $ manquant pour atteindre le million. Le communiqué publié par KCA célèbre ce succès inespéré, et nous explique que le généreux donateur a découvert l'association au Black Ball 2010 (le gala caritatif annuel de KCA).

Mais une rapide recherche sur internet nous apprend qu'il a été honoré par l'association il y a 6 mois, comme étant un donateur très généreux depuis plus de 5 ans (avec notamment un million de dollars en 2007), et qu'il est membre d'un comité consultatif de la branche new-yorkaise de KCA.
Cela relativise la fable du riche industriel récemment convaincu par les actions de l'association.

Revenons maintenant sur l'échec de cette opération.

Tout d'abord, c'est d'un mauvais goût certain. Utiliser le thème de la mort de stars, en faire des gros titres, juste pour récolter de l'argent, c'est très racoleur.

Surtout, les vedettes impliquées se sont cru plus importantes qu'elles ne le sont réellement. Des millions de gens qui vous suivent sur Twitter, cela ne veut rien dire. Qui payerait pour rendre la parole aux soeurs Kardashian ?

Et puis il y a une certaine indécence à voir des artistes qui, pour certains, ont vendus des dizaines de millions d'albums (ce qui les a rendu très riches), réclamer de l'argent à leurs fans pour qu'on les « sauve ». Pourquoi, si cette cause est réellement si importante à leurs yeux, ne pas avoir donné 50 000$ chacun ? Les privilégiés qui font la leçon aux pauvres gens, forcément, cela passe mal.

samedi 11 septembre 2010

Maljournalisme : le besoin d'extrémistes

J'ai été frappé par l'emballement médiatique autour du pasteur américain menaçant de brûler le Coran. Comment les médias américains (et à leur suite, tous les médias du monde) ont fait de cet illuminé une star en quelques heures. Comment ils ont ainsi attisé le sentiment anti-américain des populations musulmanes, et mis en danger les GI en Afghanistan.

Les médias ont sans doute commencé à parler de lui, pour illustrer à la fois le 9ème anniversaire du 11 septembre, et la polémique sur la mosquée près de Ground Zero.

Fallait-il en parler ? J'ai du mal à répondre non, parce que la presse est libre et doit pouvoir raconter ce qu'elle veut.
Mais attention à la limite ! Rendre compte des propos d'un extrémiste, cela peut lui faire plus de publicité que de dégâts à son image.
Dieudonné l'a bien compris : il est devenu spécialiste des provocations destinées à faire parler de lui dans les journaux télévisés. Faurisson, Le Pen : à chaque fois les médias sont tombés dans le piège.

Un rôle essentiel de la presse est de hiérarchiser l'information. De nous aider à repérer ce qui est digne d'intérêt dans l'actualité.
Mais, trop souvent, elle « crée » l'information pour attirer le lecteur/auditeur/téléspectateur. Elle donne dans le sensationnalisme.

Et quoi de plus sensationnel, qu'un extrémiste ? Pourquoi inviter un intellectuel musulman modéré, quand on peut doubler son audience en préférant Tariq Ramadan (et sa propagande islamiste) ?
L'an dernier, après le vote suisse de l'initiative anti-minarets, j'avais relevé la nullité des reportages des journaux télévisés français sur le sujet : les seuls opposants à ce vote montrés étaient des islamistes… Pas de politiques de gauche ou de droite, pas de musulmans modérés.


Plus encore, les médias semblent obsédés par le racisme. Pourquoi Sarkozy s'en est-il pris aux Roms ? Parce qu'il savait que cela occuperait les médias, qui cesseraient de parler de l'affaire Woerth-Bettencourt.

Ah, on aime les faits divers avec un fond de racisme. On se jette dessus. Et quand on ne vérifie rien, cela donne l'affaire Marie-Léonie (RER D).

Et quand il n'y a pas de racisme ? Inventons-le ! On peut toujours trouver quelque chose, en cherchant la petite bête ! Si on se débrouille bien, un propos qui n'avait choqué personne peut devenir une affaire nationale.
L'exemple récent le plus frappant est cette polémique crée de toute pièce par l'Express, en sortant du contexte une phrase de Georges Frêche (la « tronche pas catholique » de Laurent Fabius) et en l'interprétant de manière ridicule (en l'accusant d'antisémisme).


Dénonçons l'intolérance. Mais de manière intelligente. Sans que l'indignation soit sélective. Sans en voir partout (hein, Rue89 !), ce qui finit par banaliser l'accusation de racisme.
Et sans répercuter les moindres provocations, sous peine de starifier des individus qui ne mériteraient que le mépris.

dimanche 15 août 2010

Karoutchi et les amalgames au fascisme et à Vichy

Je découvre que Roger Karoutchi, dans une interview au Parisien réclame « qu’on laisse Hitler, Mussolini et Pétain à l’histoire ».
Il se dit notamment « scandalisé de voir les responsables de gauche traiter le gouvernement de nazis, de fascistes, ou de vichystes ».

Je suis d'accord : je suis toujours profondément agacé par ces tentatives d'amalgame, de nazification de l'adversaire.
Si bien que j'en ai déjà parlé ici… à propos du même Roger Karoutchi. C'était il y a deux ans et demi, alors que Sarkozy était déjà au plus bas dans les sondages.
Un article du Nouvel Observateur nous en avait appris de belles. Le ministre s'était lâché.
Les journalistes ? (c'était après l'histoire du faux SMS « Si tu reviens j'annule tout" » publié par le Nouvel Obs)
Roger Karoutchi a comparé l'attitude des journalistes d'aujourd'hui à celle de la "presse des années 30" (…) "On a l'impression d'un vent de folie qui respire les années 30 avec ce que cela a de plus nauséabond". (…)
(Il) n’a pas hésité à assimiler les "attaques" contre Nicolas Sarkozy à celles subies par Jean Zay "mi juif, mi protestant" cible de la presse d'extrême-droite sous le gouvernement de Vichy. "Cela a contribué au fait qu'il soit assassiné", a-t-il même tenu à préciser.
Les adversaires politiques de Sarkozy qui avaient signé l'appel républicain de Marianne ?
"Il y a des types qui n'ont toujours pas accepté que Sarkozy gagne les élections. C'est du déni de démocratie"…et "du fascisme rampant".

Pour monsieur Karoutchi, il est donc scandaleux de « traiter le gouvernement de nazis, de fascistes, ou de vichystes », mais on peut le faire sans problème si cela concerne ceux qui osent critiquer le grand maître Sarkozy.

mardi 3 août 2010

Humour et liberté d'expression

Je suis tombé samedi après-midi sur Patrick Sébastien : portait d'un bluffeur, sur France 3. Le documentaire revenait notamment sous la polémique « Casser du noir ».

Plantons le décor. Nous sommes en 1995. Pendant des mois de campagne électorale (présidentielle et municipale), il avait été mis à l'écart, interdit de sketchs politiques, pour une séquence où Nicolas Sarkozy était le petit chien d' Édouard Balladur. Inconcevable pour TF1 (et pour son très balladurien directeur de l'information, Gérard Carreyrou, aujourd'hui éditorialiste ultra-sarkozyste de France Soir) qui fait clairement campagne pour le premier ministre.
Sébastien revient donc en septembre 1995, avec Osons. Le concept ? Beaucoup de provocation mâtinée d'humour potache. Et dedans, une parodie de « Casser la voix » de Patrick Bruel.
C'est « Casser du noir ». Aux paroles racistes puisque chantée en imitant Jean-Marie Le Pen.

Évidemment du second degré. Mais la droite balladurienne veut sa peau, et la gauche morale la voudrait bien aussi. Grosse polémique lancée par Le Parisien.
Finalement, plaintes de la LICRA et du MRAP. Et condamnation pour « incitation à la haine raciale ». On sait bien que c'est du second degré, mais c'est trop dangereux, des gens pourraient le prendre au premier degré.

Assez symbolique de la judiciarisation de l'humour apparue dans cette période-là. À la même époque, TF1 est condamnée pour une blague raciste dans les Grosses Têtes. Quelques années plus tôt, Henry Chapier, en poursuivant Éric Blanc pour une imitation un peu trop homophobe, faisait disparaître le comique noir de la télévision.

Je suis plutôt pour les lois encadrant la liberté d'expression, condamnant les propos racistes. Mais qu'on ne touche pas à l'humour, tant que celui-ci n'est pas qu'un prétexte (évidemment, si Le Pen, dans ses meetings, fait du racisme sous couvert d'humour, oui, là c'est condamnable). L'ordre moral m'emmerde terriblement.

Pour moi, il y a deux types de sketchs utilisant le racisme :
  • ceux basés sur des clichés racistes (Michel Leeb qui fait l'Africain ou l'Asiatique, voire, d'une certaine manière, le fameux sketch du colon israélien à papillotes de Dieudonné) qui ne me font pas rire ;
  • ceux caricaturant le racisme pour le dénoncer par l'absurde.
On peut citer notamment « Les vacances à Marrakech », sketch hilarant de Guy Bedos et Sophie Daumier, incarnant des touristes racistes se plaignant que la ville marocaine soit « pleine d'Arabes ». Mais tout le monde ne comprenait pas le second degré : face à quelques racistes emballés et quelques Arabes indignés, Bedos tenta d'abord d'expliquer le sketch, avant de le retirer de son répertoire, fatigué de tout cela.

Autre exemple, le fameux « On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle ? » de Pierre Desproges. L'humoriste y va à fond dans les clichés, profitant qu'on ne puisse le suspecter d'antisémitisme. Assez révélateur de notre époque : lorsqu'une version officielle du sketch est publiée sur Dailymotion, c'est dans une version très coupée encadrée par une introduction d'Antoine De Caunes pour poser le contexte, et un reportage montrant que Desproges est vraiment contre l'antisémitisme… comme s'il était nécessaire de le préciser.

Finissons maintenant par Dieudonné. Qui a quasiment disparu de la télévision depuis son sketch du colon israélien sur Fogiel.
J'ai longuement parlé de Dieudonné et de sa dérive antisémite sur ce blog. Mais je fais parfaitement la différence entre le Dieudonné politique (qui a un discours franchement d'extrême-droite) et le Dieudonné humoriste (qui est sans doute le plus doué de notre époque).

Pour moi, le sketch chez Fogiel est anti-israélien, mais sûrement pas antisémite. Accessoirement, il est raté, pas du tout préparé, et le message politique qu'il contient est franchement navrant.

Je me souviens très bien de la polémique engendrée. Notamment d'avoir entendu à la radio, le lendemain, une auditrice faire appel à l'histoire de l'Holocauste, de manière à comparer guère subtilement le sketch d'un humoriste et les atrocités des nazis. Totalement stupide.
Malgré une affaire antérieure, rien ne pouvait alors laisser penser que Dieudonné était antisémite. Malheureusement, il nous a vite donné tort, qualifiant ses agresseurs de « négriers reconvertis dans la banque, le spectacle, et aujourd'hui l'action terroriste ».

Si je comprends que les télévisions ne veulent plus parler politique avec Dieudonné (à cause de tous ses dérapages antisémites), j'ai du mal à comprendre pourquoi se priver de son talent comique. Surtout vu le nombre d'humoristes pas drôles (Virginie Hocq, Jamel Comedy Club, Camille Combal, etc.) squattant notre télé.

jeudi 29 juillet 2010

Nouvelles du dopage

L'été dernier, j'avais publié plusieurs articles sur le dopage. Un sur le tour de France et deux sur l'athlétisme.

Le retour de l'été impliquant également celui des compétitions sportives majeures, il est l'occasion de faire le point sur la question.

Commençons par le cyclisme.
Après avoir appuyé pendant des années sur la lutte contre le dopage, pour réhabiliter un sport dont l'image avait abîmée par les affaires Festina, Cofidis, Landis, etc., tout le monde s'est mis d'accord pour déclarer que c'était du passé. Les organisateurs du Tour de France, les diffuseurs (France Télévisions), les instances (l'UCI) vous le répéterons : il n'y a plus de dopage. Est-ce vrai ?

Un bon indicateur est la performance des Français, généralement bien plus surveillés par leurs instances que leurs homologues espagnols, depuis les affaires dans les équipes Festina, Française Des Jeux, Cofidis… Car non, 6 espagnols dans les 10 premiers du Tour 2007, les succès de Contador, Nadal, de l'équipe nationale de football, ce n'est pas dû au « système de formation mis en place », comme semble le croire Rama Yade.
Six étapes remportées par des Français, c'est en tout cas un très bon cru.

Nous avons en tout cas droit à de grands efforts de France Télévisions pour de prononcer le mot même de « dopage ». Après une belle performance à Paris-Roubaix (Stefano Grazielli « pris dans la mouvance »), on a eu le droit à un reportage sur David Millar « sorti de la route », et un Alexandre Vinokourov célébré par Thierry Adam comme « un grand champion » (comme l'a très justement fait remarquer Cyclismag, le même journaliste déclarait « ne plus vouloir entendre parler de ce coureur » après son contrôle positif il y a 3 ans).

Mais, plutôt que d'employer des métaphores brumeuses, le plus simple reste de ne pas parler des affaires. Lorsqu'Alessandro Petacchi a remporté la 1ère étape du Tour, Thierry Adam nous a rappelé le palmarès de celui-ci, et dit qu'on ne l'avait plus trop vu sur les routes françaises ses dernières années. Sans expliquer que cette absence fût due à une suspension d'un an pour dopage (2007), puis à un retour dans une équipe mineure (LPR, spécialiste du recyclage d'anciens dopés) parce que les équipes majeures n'en voulaient plus.
Lorsqu'il a finalement remporté le classement par points, je n'ai pas entendu parler de l'enquête qui avait été déclenchée sur lui quelques jours plus tôt en Italie pour l'utilisation de substances interdites.

Retour à l'hypocrisie sur le dopage. Mais, sur la route, qu'en est-il ? Assez étonnamment, les étapes de montagnes n'ont vu aucune performance surhumaine (telle que l'incroyable montée de Verbier par Contador en 2009). Peu de performances suspectes. Plus de Bradley Wiggins dans la tête de la course. Pour que Contador et Andy Schleck se détachent vraiment l'un de l'autre, il aura fallu les étapes contre-la-montre (avantage Contador), ou des incidents de course (quand Contador a été retardé par les chutes sur les pavés, ou quand Schleck a fait sauter sa chaîne).

Alors, certes, on sait bien que Contador a débuté sous les ordres de Manolo Saiz, qu'il a été mêlé à l'affaire Puerto (cela lui avait valu d'être écarté du Tour 2006). Qu'Andy Schleck court dans l'équipe de Bjarne Riis, qui doit son palmarès à l'EPO (ah, la Gewiss ! ah, la Telekom !) et que son frère a eu des soucis pour un chèque au sulfureux docteur Fuentes. Et puis, oui, on s'emmerde un peu en regardant les étapes de montagne. Mais on a quand même moins l'impression de voir du chiqué.

Par contre, sur le plat, c'est autre chose.
Mark Cavendish a certes, il a racheté sa saison 2010 jusqu'alors ratée. Mais c'est en écartant son coéquipier Andre Greipel, qui semble désormais le dominer, de l'équipe. Surtout, on ne doit pas oublier ses exclusions récentes du Tour de Romandie (pour un bras d'honneur) et du Tour de Suisse (pour la chute qu'il a provoqué).

Mais surtout, parlons de Fabian Cancellara, un autre coureur sous les ordres de Bjarne Riis. On s'était déjà étonné qu'il se mette à passer les cols. Mais au printemps, il a remporté le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, si facilement que personne n'y croit. Antoine Vayer, ancien entraîneur des Festina, est clair :
« Quand j’entraînais l’équipe Festina à la fin des années 90, les coureurs étaient «boostés» à mort à l’EPO, anabolisants et autres hormones de croissance. Leurs performances n’arrivaient pas à la cheville de ce que réalise Cancellara. C’est tout simplement impossible humainement et sans aide extérieure »
La suspicion est d'ailleurs telle qu'on parle même d'un « dopage mécanique » (un moteur caché ?). Sans surprise, il a écrasé le prologue et le contre-la-montre.


Finissons par l'athlétisme.
Je vous expliquai il y a un an pourquoi je ne croyais pas que la domination de la Jamaïque sur le sprint soit naturelle. Au sujet de Shelly-Ann Fraser, championne olympique et du monde du 100 mètres, j'écrivais ceci :
La prise d'hormone de croissance déforme la mâchoire. Bien sûr cela n'a rien à voir si Shelly-Ann Fraser, la championne olympique et du monde, porte encore un appareil dentaire à 23 ans. Vous saviez que Marion Jones et Kelli White, emportées par l'affaire BALCO, en portaient elles aussi ?
J'apprends aujourd'hui, avec un peu de retard, que Shelly-Ann Fraser a été contrôlé positive lors d'un meeting d'athlétisme en mai, à l'oxycodone, un analgésique (anti-douleur) puissant, interdit par le Code mondial antidopage dans la catégorie narcortiques. Son excuse ? Une rage de dents. À quoi pouvait-elle être bien due ?

Les athlètes ont bien sûr le droit de se soigner. Mais ils doivent le déclarer obligatoirement à l'IAAF lorsqu'ils prennent ces anti-douleur. Ce que Fraser n'a pas fait.
Catastrophe en Jamaïque. Dans une communication aussi répétitive qu'une propagande de l'UMP, ses soutiens expliquent que le produit n'est pas listé comme améliorant les performances, ni comme agent masquant. Et même que cela ferait courir moins vite.
Mais soyons sérieux ! Certes, un médicament anti-douleur n'améliore pas directement les performances ; mais il permet de repousser les limites de la douleur. Donc, il peut permettre indirectement d'aller plus vite.

On sent déjà que la fédération jamaïcaine va se montrer très compréhensive à l'excuse de la déclaration oubliée, et se dépêchera d'enterrer l'affaire. Ne surtout pas remettre en cause les performances de ses sportifs quand ils brillent, c'est assez habituel (souvenez-vous des dizaines de contrôles positifs enterrés par la fédération américaine d'athlétisme dans les années 90). Comme la fédération slovène de cyclisme vient de le faire avec Tadej Valjavec.

dimanche 13 juin 2010

La Flandre, la nation des schtroumpfs nationalistes

Dans « Schtroumpf Vert et Vert Schtroumpf » (1973), le dessinateur belge Peyo présentait l'affrontement entre les Schtroumpfs du Nord (qui parlent de « tire-bouschtroumpf ») et ceux du Sud (qui disent « schtroumpfe-bouchon »). Cette querelle linguistique était une métaphore à peine voilée des tensions existant entre flamands (néerlandophones) et wallons (francophones) depuis des décennies.

Si, dans la bande dessinée, tout finit par s'arranger, ce ne sera pas le cas dans la vraie Belgique. Pour les élections du dimanche 13 juin, les sondages promettent en effet, pour la première fois en Flandre, la victoire (large) d'un parti séparatiste : la N-VA. Comment en est-on arrivé là ?

À l'origine : une rancœur flamande

La forte volonté flamande d'autonomie, voire d'indépendance, prend sa source aux débuts de la Belgique. Quand celle-ci accède à son indépendance en 1830, le pouvoir est contrôlé par l'élite francophone (la Wallonie est alors, grâce à l'essor de la sidérurgie, le joyau industriel de l'Europe). Bien que la population belge parle majoritairement le flamand (un dialecte du néerlandais), bien que la capitale (Bruxelles) soit flamande, cette élite impose le français comme langue de l'administration. Cela écarte les flamands des postes dans l'administration, tout en attirant de nombreux francophones… ils sont aujourd'hui 85% de la population bruxelloise. Pire, consacré langue de l'élite belge, le français est adopté par une grande partie de la bourgeoisie flamande (les « Fransquillons »). Dans l'inconscient collectif flamand, le français symbolise donc à la fois la perte de leur capitale Bruxelles, et l'oppression par la bourgeoisie francophone.

Pendant un siècle, les Flamands obtiendront peu à peu (et difficilement) des droits sur l'utilisation de leur langue. Après avoir obtenu le bilinguisme en Flandre, ils souhaitent l'étendre à tout le pays. Pas question pour les francophones, qui veulent contenir la progression du mouvement flamand. La question est tranchée en 1932 : bilinguisme à Bruxelles, mais unilinguisme en Flandre (flamand) et en Wallonie (français), entre lesquelles on trace une première frontière linguistique. Cela accentuera la francisation de Bruxelles, tout en défrancisant la Flandre. Le socialiste wallon François Bovesse se réjouit alors : « Le bilinguisme est mort, personne ne le ressuscitera. »

La situation n'est pas apaisée pour autant, mouvements autonomistes flamands et wallons prenant de l'ampleur. En 1962, on fixe définitivement la frontière linguistique, après l'avoir ajustée. Les communes unilingues comptant une forte proportion d'habitants utilisant une autre langue se voient imposer les « facilités » : elles doivent permettre à ces habitants de communiquer avec l'administration communale dans leur langue. Naît ainsi un grand malentendu entre les deux communautés, en particulier dans la périphérie de Bruxelles. Les flamands voient les facilités comme un dispositif temporaire, devant mener à l'intégration linguistique. Les francophones considèrent au contraire cela comme une reconnaissance permanente de leurs droits à y utiliser le français.

Unilinguisme, frontière linguistique : à chaque fois, l'état belge fait des concessions pour séparer Wallons et Flamands, pensant alors régler le problème communautaire. À chaque fois, cela continue.

Walen buiten

En 1967, une crise éclate à l'Université catholique de Louvain, la plus prestigieuse université catholique du pays. À l'époque, elle fait exception aux lois linguistiques en étant encore bilingue, bien que situé en territoire flamand unilingue, grâce aux pressions des évêques belges refusant qu'on touche à leur joyau. Certes, la section francophone a bien le projet de s'étendre de l'autre côte de la frontière linguistique, mais aucune séparation n'est à l'ordre du jour. Cette situation déplaît fortement aux nationalistes flamands, qui n'acceptent aucune entorse à la séparation linguistique : ils sont 30 000 à défiler dans les rues d'Anvers le 5 novembre 1967 pour réclamer le départ des étudiants francophones.

À leur suite, les étudiants flamands de Louvain défilent régulièrement dans les rues de la ville universitaire en criant « Walen buiten! » (« les wallons dehors ! »). La cause devient de plus en plus populaire dans l'opinion flamande. Début février 1968, tout s'accélère. Le 2, l'évêque de Bruges revient sur ses déclarations passées contre la séparation. Le 6, le député Jan Verroken, interpelle le gouvernement sur la question, et fait alors éclater au grand jour les divisions de sa famille politique (démocrates-chrétiens) entre les deux communautés linguistiques. Le 7, le premier ministre Paul Vanden Boeynants, lui aussi chrétien-démocrate, prend acte de ces divisions et démissionne. La situation sera réglée quelques mois plus tard par la scission effective de l'université louvaniste, et la création d'un nouveau campus en Wallonie : Louvain-La-Neuve.

Le divorce entre démocrates-chrétiens flamands et francophones sera entériné définitivement en 1972, par la scission du Parti Social-Chrétien. Les grands partis politiques unitaires ont vécu : la séparation linguistique se produit également chez les libéraux (1972) et les socialistes (1978). Le virage autonomiste des politiques flamands (face au succès de Volksunie, l'union des nationalistes flamands de tous bords politiques) a rendu la cohabitation linguistique impossible.

La réforme de l'état de l'état de 1970 propose un nouveau découpage de la Belgique. Celui-ci est relativement complexe, puisque triple :
  • 3 « régions » : la Wallonie (au sud), la Flandre (au nord), Bruxelles-Capitale (au milieu, enclavé au sud de la Flandre) ;
  • 3 « communautés » linguistiques : française, flamande, et germanophone ;
  • 4 « régions linguistiques » : de langue française (la quasi-totalité de la Wallonie), de langue néerlandaise (la Flandre), bilingue (Bruxelles-Capitale) et de langue allemande (quelques communes à l'est de la Wallonie).
Cela calme un temps les tensions communautaires. Mais le diable se niche toujours dans les détails. Aux Fourons, une commune flamande excentrée, bordée au nord par les Pays-Bas et ailleurs par la région wallonne. Les francophones y sont nombreux (il s'agit d'ailleurs d'une commune à facilités), et même régulièrement majoritaires aux élections. En 1982, la liste francophone de José Happart y remporte les élections, et il est nommé bourgmestre (maire) peu après. Mais il refuse de passer un test de néerlandais (arguant que rien dans la loi électorale ne l'y oblige), et la chambre flamande du conseil d'état le destitue de son mandat. Il sera nommé et destitué à nouveau plusieurs fois. Il faudra attendre 1988 pour qu'Happart (entre temps récupéré par les socialistes wallons) renonce à devenir bourgmestre, en échange de compensations pour sa commune. Entre temps, la situation s'est tant enlisée qu'elle a fini par raviver les tensions communautaires au plus au niveau de l'état, et a même fait tomber un gouvernement en 1987.

Le problème Bruxelles-Hal-Vilvorde

Pour satisfaire les revendications autonomistes flamandes (et en espérant les calmer définitivement), on modifie la Constitution belge en 1993 pour faire désormais de la Belgique un état fédéral, reposant sur les régions et les communautés. Un fédéralisme particulier, puisque chacune de ces divisions a des compétences propres et exclusives (par exemple, l'enseignement relève des communautés). Ainsi, la ratification belge du Traité de Lisbonne a dû passer par tous les organismes législatifs correspondants.

Bien avant les régions, il y avait les provinces. Qui ne correspondent pas forcément au découpage choisi. La frontière linguistique en a bien placé 4 du côté néerlandophone (Anvers, Limbourg, Flandre Orientale, Flandre Occidentale), et 4 autres du côté francophone (Liège, Namur, Hainaut, Luxembourg). Mais a laissé dernière, le Brabant, entourant Bruxelles, à cheval sur deux régions (puis trois lors de la création de Bruxelles-Capitale en 1989). Une situation rendue impossible dans la Belgique fédérale (où les provinces dépendent désormais des régions). On scinde alors le Brabant, ce symbole de l'identité belge (qui a donné ses couleurs au drapeau, et son nom à l'hymne national, la Brabançonne). Brabant wallon et Brabant flamand (sans Bruxelles) naissent en 1995.

Malgré cet effort, le fédéralisme belge n'est pas encore total. Ont survécu au Brabant les circonscriptions électorales qui le composaient : Nivelles (Brabant wallon), Bruxelles-Hal-Vilvorde (la région capitale et la partie occidentale du Brabant flamand) et Louvain (Brabant flamand). Cela ne pose pas de problème jusqu'en 2002, lorsqu'on décide de réduire le nombre de circonscriptions pour les élections législatives. Celles-ci correspondront désormais aux provinces… sauf dans le Brabant flamand, où l'on conserve l'ancien découpage, pour permettre aux francophones résidant dans les communes flamandes autour de la capitale de voter avec les bruxellois pour des listes francophones. Cette exception a été reconnue comme inconstitutionnelle par la Cour d'arbitrage quelque mois plus tard1, il faut donc revoir la copie. Mais, huit ans plus tard, rien n'a bougé. Pourquoi ? Parce que le dossier est explosif. C'est la boîte de Pandore qu'on refuse d'ouvrir.

En effet, pas question pour les francophones de scinder Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV) sans contrepartie. Il doit y avoir en échange élargissement de Bruxelles-Capitale aux six communes (flamandes) à facilités de sa périphérie, majoritairement peuplées de francophones. L'une d'elle, Rhode-Saint-Genèse, est particulièrement stratégique : jouxtant la Wallonie, son rattachement à la capitale permettrait de désenclaver Bruxelles, et d'avoir un territoire francophone uni en cas de sécession de la Flandre. Inacceptable pour les Flamands, qui ont déjà perdu Bruxelles : pas question de voir la « tâche d'huile francophone » s'étendre.

Histoire récente de BHV

10 juin 2007. Les élections législatives fédérales. Les partis socialistes et libéraux (wallons et flamands) formant la coalition au pouvoir accusent un net recul. Le grand vainqueur est l'alliance (en Flandre) du CD&V (parti chrétien-démocrate) et des séparatistes de la N-VA.

Naturellement, le roi charge Yves Leterme, leader du CD&V, de la formation d'un gouvernement. Un personnage particulier. Malgré son nom français (qui lui vient de son père) et son amour du Standard de Liège (le grand club de football wallon), il est la principale figure flamande des années 2000. Il a sauvé un parti démocrate-chrétien flamand en perte de vitesse (écarté des coalitions gouvernements en 1999 et en 2003) en imposant une ligne plus dure, plus autonomiste, en faisant alliance avec les nationalistes de la N-VA, et en crédibilisant l'opinion autonomiste en Flandre. S'il est alors très aimé en Flandre, il est un personnage controversé chez les francophones. Sa franchise et sa spontanéité ont déjà provoqué plusieurs fois le scandale. À l'été 2006, celui qu'on attendait déjà comme grand gagnant des élections à venir avait accordé une interview au journal Libération2. Il y expliquait que les seules choses restant communes aux Flamands et aux francophones sont « le Roi, l'équipe de foot, certaines bières… ». Surtout, il regrettait que le système des facilités n'ait pas permis l'intégration linguistique des francophones de Flandre : un propos grinçant (« apparemment les francophones ne sont pas en état intellectuel d'apprendre le néerlandais ») qui est très mal passé dans les esprits wallons.

Un an plus tard, Leterme est donc désormais « formateur ». Et la RTBf (radio-télévision belge francophone) profite de la fête nationale (le 21 juillet) pour tester les connaissances des politiques. Leterme connaît-il la Brabançonne, l'hymne belge ? « Un peu, oui. Allons enfants de la Patrie, le jour de gloire est arrivé… ». La Marseillaise. Lapsus ou humour, cela n'arrangera pas sa popularité auprès des francophones.

En effet, la Chambre des Représentants étant élue à la proportionnelle, le formation d'un gouvernement nécessite un accord de coalition. Généralement, ce n'est pas très compliqué de convaincre d'autres partis de venir partager le pouvoir. Mais ici, le clivage politique passe au second plan : c'est entre flamands et wallons que l'accord est impossible. Toujours à cause des questions communautaires, en particulier de BHV : les premiers réclament une scission sans condition, les seconds veulent l'élargissement de Bruxelles en échange. Constatant le blocage, Leterme renonce une première fois le 23 août, mais le roi le reconduit dans sa mission. Les mois passent, et la situation s'enlise. Toujours aucun gouvernement, toujours à cause de BHV. Les partis flamands menacent : ils voteront unilatéralement la scission le 7 novembre, si aucun accord n'est trouvé, en profitant de leur avantage numérique au Parlement. L'ultimatum n'y changera rien, ils s'exécutent donc. En réaction, la Communauté française enclenche une procédure de « conflit d'intérêt » (tel que le Parlement l'autorise lorsqu'une région ou une communauté s'estime gravement lésée), ce qui repousse le vote de 4 mois. Ce passage en force flamand achève les espoirs de formation du gouvernement.

Le 1er décembre, Leterme renonce à nouveau. L'ancien gouvernement est toujours « en affaires courantes », depuis maintenant six mois. Conscient que la personnalité tranchée du leader chrétien-démocrate peut rebuter les francophones, on s'adresse à celui qui est toujours premier ministre par la force des choses : Guy Verhofstadt. Au nom de l'urgence de la situation, chacun remet à plus tard ses revendications, et un gouvernement est formé le 21 décembre, pour 3 mois, le temps de se mettre d'accord. Le 20 mars 2008, Leterme succède comme prévu à Verhofstadt, et on est d'accord… qu'il faille trouver une solution dans les trois mois. Le délai s'écoule, rien ne bouge, et Leterme présente, le 14 juillet, sa démission au roi. Ce dernier la refuse : pas question de s'enfoncer dans la crise.

Pour que les tensions entre Flamands et Wallons passent au second plan, il faudra la crise mondiale. Les banques belges (Fortis, Dexia, KBC) risquent la faillite. En un week-end d'octobre, Fortis Belgique est nationalisée et revendue à BNP Paribas …sans convoquer le moindre conseil d'administration ! La décision sera cassée par la justice belge, pour qui l'urgence de la situation n'est pas une raison pour violer la loi. Et on apprend que Leterme aurait exercé des pressions sur les magistrats pour tenter d'éviter cette décision défavorable. C'est le Fortisgate : il démissionne le 19 décembre.

Il est remplacé par le consensuel Herman Van Rompuy, lui aussi membre du CD&V, alors président de la Chambre des Représentants. Celui-ci neutralise la situation à merveille… si bien que l'Union Européenne décide, un an plus tard, d'en faire le président du Conseil Européen. Leterme, revenu au gouvernement quelques mois plus tôt (aux affaires étrangères), en reprend la tête le 25 novembre 2009. Quatrième gouvernement en deux ans, toujours selon le même processus : on change le Premier, mais on garde globalement les mêmes ministres, pour éviter de réveiller les discordes.

Les Wallons ont d'ailleurs fait le maximum pour mettre BHV sous le tapis, multipliant les procédures en conflit d'intérêt : à la Communauté française succéderont la Commission communautaire française (COCOF, instance francophone de Bruxelles-Capitale), le Parlement Wallon, et même la Communauté germanophone. Mais les recours s'épuisent : en avril 2010, 29 mois après le vote flamand pour la scission, le sujet revient enfin au centre des débats. Le temps presse pour son règlement, d'autant plus que la Belgique sera à la tête de l'Union Européenne au second semestre 2010 : mieux vaut éviter que la crise interne éclate quand tous les voisins auront le regardé tourné vers soi. Mais sans surprise, chaque camp reste sur ses positions. L'Open VLD (droite libérale), qui veut reprendre le leadership flamand au CD&V, frappe un grand coup en quittant le gouvernement. Déjà affaiblie par le départ de la N-VA fin 2008 (pour les mêmes raisons), la coalition ne contrôle désormais plus que 76 des 150 sièges du Parlement, et à peine un quart des sièges flamands. Il est quasiment impossible de gouverner dans ces conditions. Leterme démissionne une nouvelle fois (cinq en trois ans !), ce que le roi accepte le 26 avril… Des élections législatives anticipées sont alors convoquées pour le mois de juin.

Circulaire Peeters, Wooncode, discriminatoires ?

Si le blocage du dossier BHV empêche tout accord communautaire plus large, et contrarie donc les volontés autonomistes du pouvoir flamand, celui-ci trouve d'autre moyens pour nuire aux francophones.

La Flandre est très attachée à l'intégrité de son territoire, et du Walen Buiten à BHV, craint beaucoup l'expansion des francophones en son sein (comme une « tache d'huile » qui s'étendrait). Elle cherche par tous les moyens à obliger ceux vivant en Flandre à adopter le néerlandais. Parfois au-delà du ridicule. Ainsi, certaines communes flamandes de la périphérie bruxelloise interdisent à leurs employés de parler en français avec les administrés francophones, alors même que nombre de ces employés maîtrisent cette langue.

Même les communes à facilités linguistiques pratiquent la discrimination linguistique. Depuis la circulaire Peeters (1997), plus question d'y envoyer directement les documents administratifs en français : ils doivent l'être en néerlandais, et n'être fournis en français que si l'administré le demande. Pour avoir envoyé des convocations électorales en français à leurs citoyens francophones, trois communes à facilités de la périphérie bruxelloise ont vu la nomination de leurs bourgmestres (maires) refusée par le pouvoir flamand. Comme pour les Fourons un quart de siècle plus tôt, les deux parties jouent l'enlisement, les communes continuant de proposer les mêmes bourgmestres à chaque refus de l'administration.

Plus problématique est le code du logement (Wooncode) adopté par la Flandre, qui restreint l'accès aux logements sociaux à ceux qui maîtrisent le néerlandais ou s'engagent à l'apprendre. Une demande excessive, qui donne l'impression que la région flamande veut obtenir l'unité linguistique à toute vitesse, toujours par peur de la « tâche d'huile ». La situation se radicalise encore plus en 2009 avec l'adoption du décret Wonen in eigen streek (« habiter dans sa région »), qui demande de justifier d'attaches locales lors de l'achat d'un logement en Flandre. Officiellement cela doit permettre de favoriser l'accession de la population locale à la propriété. En pratique, cela est souvent employé pour empêcher l'achat par un francophone. Les exemples se multiplient. Un couple bruxellois, déjà propriétaire d'un appartement sur la côte belge (flamande), qui souhaitait acheter une maison plus grande. Un autre couple, voulant déménager de 3 kilomètres, de Bruxelles vers Dilbeek, une commune de sa périphérie, où ils ont des amis et de la famille. Une jeune mère, quittant le domicile de son conjoint à leur séparation, qui souhaitait acheter dans la même commune (où sa fille va à la crèche). Dans chacun de ces cas, la vente a dû être annulée après qu'une commission a estimé que l'acheteur n'avait pas d'attaches suffisantes avec la commune.

Nationalisme et extrémisme flamand

Ces petites discriminations le montrent, la Belgique est l'histoire d'un divorce qui n'en finit pas. Entre une Flandre toujours plus distante, et une Wallonie toujours aussi attachée à l'unité du pays. Les francophones croient régulièrement calmer les revendications flamandes en acceptant des concessions à l'unité du royaume (unilinguisme dans les années 1930, frontière linguistique dans les années 1960, fédéralisme dans les années 1990), mais ne font en réalité qu'attiser la faim du Lion flamand, toujours plus rancunier des vexations originelles par l'élite francophone.

Les partis francophones soutiennent coûte que coûte l'unité de la Belgique. Il en va de leurs résultats électoraux : les Belges francophones ne veulent pas d'un avenir sans la Flandre, sans doute par peur de ne pouvoir s'en sortir « seuls ». D'ailleurs, s'ils refusent généralement de croire à l'éclatement de la Belgique, les Wallons sont 49% à souhaiter le cas échéant leur rattachement à la France, selon un sondage réalisé lors de la crise politique de juillet 20083. La grande manifestation organisée en novembre 2007 en faveur de l'unité de la Belgique fut assez révélatrice : la très grosse majorité des (seulement) 35 000 participants était francophone.

Retardant le plus possible toute réforme favorisant l'autonomie de la Flandre, les francophones agissent finalement toujours avec un coup de retard. Quand les francophones acceptent enfin le fédéralisme réclamé par les Flamands, c'est parce que ceux-ci veulent déjà le confédéralisme (un pouvoir central réduit au strict minimum). Et ce n'est que la montée importante du séparatisme flamand qui pousse aujourd'hui les francophones à envisager le confédéralisme. Mais il est sans doute déjà trop tard. La population flamande a déjà trop radicalisé ses positions en faveur de l'autonomie, voire de l'indépendance.

Cette radicalisation s'est rapidement traduite dans les urnes. La surprise vient dès 1994, du Vlaams Blok (« bloc flamand »), un parti d'extrême-droite qui obtient 28% des voix dans la très cosmopolite Anvers. Son fondateur, Karel Dillen, fut le traducteur en néerlandais du pamphlet négationniste « Nuremberg ou la terre promise » de Maurice Bardèche. Ami de Jean-Marie Le Pen, il a su réunir derrière lui les scissions droitières de la Volksunie à la fin des années 1970. Son parti a des slogans-choc : « Eigen volk eerst! » (« Notre peuple d'abord ! »), « België barst » (« Que la Belgique crève »). Deux cibles favorites : les immigrés (Marocains, Turcs) et les wallons. Même si le Blok a recyclé en son sein d'anciens activistes du Vlaamse Militanten Orde (VMO, milice néo-nazie), les propos antisémites sont soigneusement évités, pour séduire la forte communauté juive de la ville. Pendant 10 ans, le Vlaams Blok continuera de progresser régulièrement dans la région flamande, atteignant même 24,2% aux élections régionales de 2004 (deuxième, à moins de 2 points des démocrates-chrétiens).

Pendant ce temps, la Volksunie (le mouvement historique du nationalisme flamand) ne fait plus recette. Dépouillée du leadership séparatiste par le Blok, elle finit par éclater en 2001, laissant la place à deux nouveaux mouvements nationalistes : Spirit (progressiste) et Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA, conservateur). Cette scission a sans doute réjoui sur le moment les francophones attachés à l'unité de la Belgique. Mais, par le jeu des alliances, elle aura finalement contribué à la diffusion des idées nationalistes dans tous les partis flamands. Ainsi, Spirit se présentera avec le parti socialiste flamand puis fusionnera avec Groen! (les verts), et la N-VA formera un cartel avec le CD&V (chrétien-démocrate). Pour satisfaire leurs nouveaux alliés, les partis traditionnels se montrent de plus en plus ouverts aux thèses nationalistes, ce qui n'est pas pour déplaire à un électorat de plus en plus agacé par les problèmes communautaires (et en particulier par BHV).

Fin 2004, le Vlaams Blok est finalement condamné pour racisme, ce qui met en danger son financement. Il est alors rapidement dissous et reconstitué sous un nouveau nom, Vlaams Belang (« intérêt flamand »), avec un programme légèrement édulcoré pour éviter de nouveaux procès. On pouvait alors croire que la victimisation offerte à l'extrême-droite flamande lui allait lui permettre de progresser encore. Mais d'autres partis, plus fréquentables, viendront lui disputer le discours nationaliste et séparatiste. Aux élections législatives fédérales de juin 2007, on enregistre la percée notable (6%) de la Lijst Dedecker, créée quelques mois plus tôt par le populiste de droite Jean-Marie Dedecker, connu pour ses dérapages (il avait notamment affirmé en 2003 au magazine Humo que les israéliens, par leurs agissements, se préparaient « un second holocauste »). Surtout, la N-VA finit par rompre l'alliance avec le CD&V, fin 2008, devant l'insuccès des négociations communautaires (et particulièrement le dossier BHV).

Les deux petits partis réalisent des scores notables aux élections régionales de 2009 : 7,6% pour la Lijst Dedecker, 13% pour la N-VA (dont l'apport fourni au cartel CD&V/N-VA aux élections législatives de 2007 avait été estimé à 5,7% des voix4). Le Belang, lui, est en chute libre : s'il reste encore deuxième parti de Flandre, il est revenu au niveau de 1999 (15 %) et ne devance plus les socialistes et les libéraux que de quelques milliers de voix.

Aujourd'hui, les sondages pré-électoraux accordent environ 25% à la N-VA en Flandre (ce qui en ferait le premier parti de la région), et moitié moins pour le Vlaams Belang. Il est certes une bonne chose de voir l'extrémisme reculer, au profit d'un parti nationaliste « démocratique » (issu de la Volksunie). Mais Bart De Wever, leader de la N-VA et nouvelle coqueluche des Flamands, n'est pas un saint. En 1996, alors jeune étudiant, il rencontra Jean-Marie Le Pen au Vlaams Nationale Debatclub (un club de réflexion très à droite), comme en atteste une photo5. Il le recroise d'ailleurs en 2007, aux funérailles de Karel Dillen, le fondateur du Vlaams Blok. Fin 2007, il choque la communauté juive d'Anvers en s'en prenant aux excuses formulées par le maire pour l'implication de la ville dans la déportation des juifs. Il qualifie ces excuses de « gratuites », dont le seul but serait de combattre le Vlaams Belang6. Il minimise le rôle de l'administration (« Ce n’est pas la ville d’Anvers qui a organisé la déportation des juifs, elle fut elle-même victime de l’Occupation. Ceux qui la dirigeaient à l’époque ont dû prendre des décisions délicates dans des circonstances difficile ») et ne peut retenir une comparaison très hasardeuse (« Si l’on doit commémorer la Shoah, l’on ne peut perdre de vue la situation des territoires palestiniens occupés où certains ont recours à des techniques qui me font penser à un passé sombre, plutôt que de tirer les leçons du passé. ») Il s'excusera ensuite pour l'émoi provoqué, jurant qu'on l'avait mal compris.

Si le Belang est aujourd'hui dépassé dans les urnes, il aura toutefois atteint un de ses principaux buts : imposer ses idées dans l'opinion publique flamande. Le cliché du wallon chômeur et fainéant n'a jamais eu tant de succès. La Wallonie, qui se remet difficilement de la fin de la sidérurgie, est aujourd'hui plus pauvre que la Flandre ? Pas question de payer pour elle (notamment en ce qui concerne la sécurité sociale) ! Une vision plutôt égoïste, qui oublie que la Wallonie a longtemps « payé pour » la Flandre, quand son industrie était prospère.

La réussite de cette propagande fait que les thèses nationalistes rencontrent un succès particulièrement fort chez les jeunes flamands. Les nouvelles générations de votants ont toujours vu le royaume se déchirer. Rien qui ne donne envie de se sentir belge. Le rejet systématique des Wallons les pousse dans les bras des partis séparatistes, extrémistes ou populistes de droite. En 2007, les Flamands de 18 à 21 ans (dont c'était la première participation à une élection fédérales) ont voté à 33% pour le Belang et 14% pour Dedecker7, contre respectivement 18% et 6% de la population globale. Inversement, seulement 12% ont voté pour un parti étiqueté à gauche (socialiste ou écologiste), contre 22% de la population globale.

Après le 13 juin ?

Les séparatistes flamands, malgré leur succès probable, n'ont pas intérêt à réclamer trop vite l'indépendance de leur région. Une décision unilatérale serait contre-productive, surtout dans le contexte de l'Union Européenne (dont la Belgique prendra d'ailleurs la présidence le 1er juillet). Stratégiquement, mieux vaut prendre le temps de bien réaliser le divorce. En faisant des concessions aux francophones. Que les Flamands fassent une croix sur Bruxelles et permettent son élargissement, et ils obtiendront la scission de BHV et le confédéralisme, la dernière étape avant l'indépendance. Quelles que soient les solutions apportées à la Flandre, il est à espérer que celles-ci permettront de faire retomber la fièvre nationaliste (qui étouffe actuellement les partis progressistes) et la stigmatisation des wallons.

1 Arrêt de la Cour d'arbitrage n° 73/2003 du 26 mai 2003

2 Jean Quatremer. «D'un Etat unitaire à un Etat fédéral». Libération, le 18 août 2006

3 Sondage Ifop pour la Voix du Nord. Les Français et les Wallons et l’avenir de la Wallonie. 2008.

4 Marc Swyngedouw. Het stemaandeel van de Vlaamse politieke partijen: een analyse op basis van het postelectorale verkiezingsonderzoek 2007. Katholieke Universiteit Leuven, 2008.

5 Pierre Eyben. Bart De Wever, un ex-disciple lepéniste ? RésistanceS.be, 2007.

6 Le faux pas d’un populiste extrême. Le Soir, 2 novembre 2007.

7 Marc Swyngedouw. op. cit.

dimanche 6 juin 2010

Belgique : la N-VA (indépendantiste) va-t-elle gagner les législatives ?

Après une nouvelle démission du gouvernement belge en avril, le choix a été fait de convoquer des élections fédérales, pour renouveler le parlement, dimanche prochain.

Traditionnellement, les francophones y votent plutôt à gauche, et les flamands plutôt (franchement) à droite, surtout les plus jeunes.

Et les sondages en Flandre sont assez surprenants. En tête se retrouve la N-VA. Une percée étonnante pour le parti indépendantiste conservateur. Aux élections législatives précédentes, en 2007, la N-VA était l'alliée (mineure) du CD&V, le parti chrétien-démocrate ; une étude affirmait que l'éclatement du cartel laisserait sans doute le CD&V à 25% et la N-VA à 5 ou 6%
Aujourd'hui, les sondages donnent la N-VA premier parti de Flandre, à 25%, 6 points devant son ancien allié.

Comment expliquer un tel succès ?
L'unité belge n'existe plus : l'intérêt de la nation flamande passe avant.
Certes, l'indépendantisme est une position minoritaire en Flandre : la plupart des flamands préfèrent simplement l'autonomie (tant que cela fonctionne), et ne considèrent l'indépendance que comme un dernier recours.

Mais la Belgique ne fonctionne jamais, les gouvernements tombent comme des mouches. Si bien que l'hypothèse de la sécession est rendue de plus en plus crédible. C'est ainsi que se forme une cristallisation sur la N-VA. Tous les partis (sauf Groen!, les verts) perdent des électeurs à son profit. On note aussi un net recul du Vlaams Belang (extrême-droite), maintenant que les indépendantistes ont trouvé un parti plus respectable.

Le leader de la N-VA se nomme Bart De Wever. L'homme plutôt petit, à gauche de la photo.
Oui, dans sa jeunesse, il frayait avec des organismes très à droite, mais on peut accepter qu'il s'agisse du parcours d'un homme qui se cherchait politiquement, et qu'il n'est pas nécessaire de l'accabler outre mesure pour cela.
Par contre, on peut noter qu'il a recroisé Le Pen en 2007 …à l'enterrement de Karel Dillen, le fondateur du Vlaams Block (extrême-droite, prédécesseur du Belang).
Et rappeler que, quelque mois plus tard, quand le maire d'Anvers a présenté des excuses de sa ville à la communauté juive pour la collaboration pendant la guerre, le même De Wever se trouva scandalisé, parlant d'excuses "gratuites", présentant la ville comme victime avant tout, et ne pouvant s'empêcher d'assimiler la Shoah à la situation en Palestine ("si l'on doit commémorer la Shoah, l'on ne peut perdre de vue la situation des territoires palestiniens occupés où certains ont recours à des techniques qui me font penser à un passé noir, plutôt que de tirer les leçons du passé"). Avant d'expliquer que non, on n'avait rien compris à ce qu'il avait voulu dire.

Un charmant personnage, donc, la nouvelle star flamande, non ?
Et puis le seul programme de son parti, c'est l'indépendance, c'est détricoter la Belgique. La formation du gouvernement promet…

jeudi 3 juin 2010

France et Palestine, le naufrage du NPA

On peut lire des choses franchement stupéfiantes sur le site du Nouveau Parti Anticapitaliste qui, après l'échec des régionales, continue sa stratégie destructrice de drague communautaire.

Ainsi, il publie aujourd'hui une tribune Cinq belles réponses à une mauvaise question écrite par Pierre Tévanian et Sylvie Tissot, animateurs du site Les mots sont importants, qui présente toute critique de l'islam, toute volonté républicaine d'assimilation ou d'intégration, comme un racisme affreux.

Ils citent ici cinq slogans apparus pendant le débat sur l'identité nationale.
Arrêtons-nous sur l'un d'entre eux, et ce qu'ils en disent
Nique la France !
Ce slogan issu de la culture populaire n’a pas encore acquis ses lettres de noblesse politique. On peut le regretter, car il a le mérite incontestable d’affirmer de manière radicale l’attachement à un acquis démocratique essentiel : la liberté d’expression, qui implique un droit inaliénable à l’impolitesse et à l’antipatriotisme.
Les auteurs nous invitent même, dans la suite, à niquer la France "tous ensemble". Si la tribune ne correspond pas nécessairement à la doctrine du parti, elle est vraisemblablement assumée par celui-ci, puisqu'il la présente sans distance particulière (et qu'il serait impensable d'y lire des thèses opposées comme celles de Chevènement).

Autre radicalisation notable du NPA vers le n'importe quoi, un article intitulé État d'Israël, état terroriste. Un titre-choc et carrément stupide (l'article est heureusement moins caricatural). Et une conclusion qui l'est tout autant. Comment terminer un article sur le conflit israélo-palestinien ? Par un appel à la paix ? Non, trois fois non. Par "Palestine vivra, Palestine vaincra". Un slogan très connoté. Le genre de chose qu'on entend plutôt dans les manifestations pro-palestiniennes, déblatérée par les plus radicaux qui veulent écraser Israël.

Il est assez inquiétant que le NPA fasse sien de tels slogans. Car là, pas de doute possible. Le site internet propose même des autocollants reprenant ces phrases-choc.
Le NPA est désormais un parti petit-bourgeois (en tout cas sa direction), qui semble avoir enterré la lutte des classes chère à la LCR pour un gauchisme ridicule, et surtout inefficace dans les urnes. C'est assez terrible car, on l'avait bien vu lors de l'affaire de la candidate voilée, les militants de base restent massivement laïques et attachés aux valeurs républicaines.

mardi 1 juin 2010

Antisémitisme 2010 : Facebook

Début 2009, lors de la guerre de Gaza, j'avais parlé de la violence antisémite qui frappait les sites internet, attisée par le sentiment d'anonymat procuré par internet.

Ce que j'appelais « antisémitisme 2009 » était sur Youtube. Hier soir, j'ai découvert sur Twitter, via Monsieur Jo, que l'antisémitisme 2010 est sur Facebook. Ce réseau social que j'ai déjà qualifié de rendez-vous de la connerie humaine.

Le site web Openbook, utilise l'API (interface publique) de Facebook pour permettre d'effectuer des requêtes sur les messages de statut. Et dénoncer ainsi le fait que Facebook ne fasse pas d'effort pour protéger la vie privée.

Si on y fait une recherche sur le mot juif (ou juifs, ou feuj), on tombe sur beaucoup de messages écrits en réaction au raid meurtrier d'Israël contre une flotille pro-palestinienne qui voulait aller à Gaza. Voici une sélection du pire :
On peut également rechercher des expressions racistes comme sale race, youpins, ou juiverie.

Des personnes se déclarant ouvertement antisémites, des injures contre les juifs, mais surtout des appels au meurtre des juifs, voire au génocide.
Pire encore, Hitler. Manifestement populaire. Des dizaines d'utilisateurs de Facebook ont placé une citation attribuée au dictateur dans leur statut, d'autres louent son action.

Si l'antisémitisme se cristallise après l'agression israélienne, ce n'est évidemment pas le seul racisme à s'exprimer sur Facebook. On trouve facilement des messages contenant des injures racistes comme bougnoule ou nègre.

Le pire, c'est que la quasi-totalité des messages racistes que j'ai cités ont été écrits par des gens qui, conformément à ce que réclame Facebook, utilisent leur vrai nom.
Avant, sur les commentaires des forums, le racisme s'exprimait de manière anonyme. Aujourd'hui, il se fait à visage découvert. Certainement parce que les gens croient que, sur Facebook, seuls leurs amis les liront. À tort : sur internet et sur Facebook, les discussions sont rarement réellement privées. Il n'y a plus d'anonymat, mais le sentiment d'anonymat reste.

Internet, c'est aussi le déferlement de la haine. Et la répression de cette haine est très en retard. Sans doute parce que, le plus souvent, on ignore les horreurs qui peuvent s'y dire.

jeudi 22 avril 2010

Surtout ! ne parlons pas de la scission de BHV ! …ils en ont parlé…

Comme je l'avais prévu il y a quelques mois, la scission de BHV crée à nouveau beaucoup de remous. L'Open VLD (droite libérale flamande) a décidé de quitter le gouvernement, ce qui a mené à une nouvelle démission d'Yves Leterme.

Cela m'a inspiré un détournement de la célèbre caricature de Caran d'Ache sur l'affaire Dreyfus :

lundi 19 avril 2010

Maljournalisme : NouvelObs.com déforme les propos de Dieudonné

Quand on relaie des propos tenus dans une vidéo, le minimum serait de ne pas modifier ce qui est dit.

Sur la vidéo de Dieudonné affirmant que tous les gros escrocs sont juifs, voici la transcription de la phrase, que j'ai écrite dans mon article samedi soir :
Le problème de Zemmour, c'est qu'il y a personne en face, quand il dit "les noirs et les arabes peuplent les prisons". Oui, c'est vrai, pour des délits mineurs… mais les gros escrocs de la planète sont tous des juifs, les Madoff, le Sentier, tout ça… alors Zemmour, tu crois pas que c'est à eux qu'il faut plutôt s'en prendre ?

Une contributrice sur LePost, évoquant aussi l'affaire, reporte cela :
"Les gros escrocs de la planète sont tous des Juifs", lance-t-il sur le ton de l'évidence. Et de demander à son interlocuteur "tu ne crois pas que c'est à eux qu'il faut s'en prendre, plutôt qu'à ceux qui volent des miettes ?"
…ce qui respecte pas trop mal les propos de Dieudonné, malgré le manque de mise en contexte.
Mais, quand nouvelobs.com fait un article sur la vidéo, cela devient autre chose (le gras est d'origine dans l'article) :
"Les gros escrocs de la planète sont tous des Juifs", déclare l'humoriste, répondant à Eric Zemmour, qui avait affirmé que "la plupart des trafiquants (étaient) noirs et arabes". Citant Bernard Madoff, l'humoriste lance alors à son interlocuteur : "Tu ne crois pas que c'est aux Juifs qu'il faut s'en prendre, plutôt qu'à ceux qui volent des miettes ?"
…là, ça ne va plus du tout. « Eux » (« tu ne crois pas que c'est à eux qu'il faut plutôt s'en prendre ? ») devient les « Juifs », et on insiste en mettant du gras. Pourquoi donc modifier ces propos ? Sans doute pour expliciter la référence, et rendre la phrase plus simple à comprendre. Mais, quand j'ai regardé la vidéo, il m'a semblé clair que cette référence désignait les « gros escrocs » « juifs » de sa phrase précédente, et pas les juifs dans leur ensemble.

On fait ainsi tenir à Dieudonné des propos plus graves encore que ceux qu'il a tenus. Ce qu'il a dit est déjà assez grave (et sans doute condamnable juridiquement) comme cela, pour qu'il ne soit pas la peine d'en rajouter.

dimanche 18 avril 2010

Antisémitisme : pour Dieudonné, « les gros escrocs de la planète sont tous des juifs »

J'ai longtemps analysé sur ce blog le glissement de Dieudonné vers l'extrême-droite et les négationnistes.
Et puis, Dieudonné s'est mis à orchestrer ses dérapages : inviter Faurisson sur scène, faire de Le Pen le parrain de sa fille, c'est faire sa promotion, grâce à tous les reportages qui seront consacrés à ces provocations. N'ayant guère envie de participer à cette promotion, je suis passé à autre chose.

J'ai vu récemment Dieudonné à la télévision, avec Bruno Gaccio, pour la promotion d'un livre d'entretiens sur la liberté d'expression. Il tenait un discours plutôt policé, regrettant d'être diabolisé, déclarant vouloir tourner la page.
Tourner la page, vraiment ? Son interview sur une chaîne iranienne, au début du mois, montrait déjà qu'il restait obsédé par le sionisme.
Mais Dieudonné a sérieusement aggravé son cas avec une interview vidéo réalisée par Sirât Alizza (un groupuscule islamique), et publiée sur Dailymotion (partie 1, partie 2). Tellement sidérante que j'ai repris la plume.

Cela monte doucement en puissance. Au début, comme à son habitude, il n'attaque pas explicitement les juifs, mais plutôt les « sionistes », le « pouvoir israélien », et même « ceux qu'on ne peut pas nommer »…
Morceaux choisis :
Dieudonné- On l'a vu avec les produits halal. Qui contrôle les produits halal ?
l'interviewer- Sûrement pas les musulmans.
Dieudonné- Vous avez bien compris. Ce sont toujours les mêmes, ce sont ceux qu'on ne peut pas nommer, systématiquement…

La France est dirigée par Israël aujourd'hui.

(parlant des affaires de pédophilie, concernant Polanski d'une part, et l'église catholique d'autre part) Il y a une star du show-business, et de l'autre côté il y a un pape, un mec qui est là, qui est catholique. Quelle différence entre les deux ? C'est toujours la même chose : on a une personne qui appartient au sérail du pouvoir israélien qui tient la France, et de l'autre côté on a un homme qui ne veut pas se soumettre, il n'a pas mis son genou assez bas.

L'art du sionisme c'est le mensonge : depuis toujours ils ont conquis le monde par le mensonge.
Dieudonné ne connaît pas la nuance, au contraire, il insiste : « toujours les mêmes », « systématiquement », « toujours la même chose », « depuis toujours ». Qui a dit obsession ?

Au fur et à mesure de la conversation, Dieudonné, se sentant sans doute en confiance, se lâche de plus en plus.
Il tente alors une comparaison hasardeuse entre les caricatures de Mahomet et le négationnisme :
Je sais que les caricatures de Mahomet, c'est autorisé de le faire dans la société, tout le monde crie à la liberté d'expression ; critiquer la réalité des chambres à gaz, ça c'est interdit : là s'arrête la liberté d'expression. Moi, les chambres à gaz c'est pas mon problème, j'ai autre chose à faire (…).
N'empêche que, je ne donnerai pas mon avis, puisque de toute façon, c'est interdit de le faire. Par contre, vous pouvez faire le prophète avec une kalachnikov, faire ce que vous voulez… Ça c'est le « deux poids deux mesures » qui me dérange.
Croyez-vous vraiment que se moquer d'une figure religieuse est aussi grave que remettre en cause la mort de millions de personnes ?

Dieudonné, lui, semble tellement à l'aise qu'il finit par faire sauter, pour une fois, le vernis anti-sioniste, en s'en prennant explicitement aux juifs :
Le problème de Zemmour, c'est qu'il y a personne en face, quand il dit "les noirs et les arabes peuplent les prisons". Oui, c'est vrai, pour des délits mineurs… mais les gros escrocs de la planète sont tous des juifs, les Madoff, le Sentier, tout ça… alors Zemmour, tu crois pas que c'est à eux qu'il faut plutôt s'en prendre ?

Zemmour n'a rien perdu, ça n'a pas retiré un sou de son salaire, il est toujours présent sur le service public, avec l'argent public. Il faut être juif pour avoir la liberté d'expression en France. C'est une réalité, et dire le contraire c'est avoir peur, mais on n'a plus peur, ils nous ont tout fait, ils nous ont traîné dans la boue, ils nous ont mis à l'état d'esclave, ils nous ont colonisés. On a peur de quoi ? C'est fini ! Moi, de toute façon, la mort sera plus confortable que la soumission à ces chiens.

J'ai écouté attentivement la vidéo, et je peux vous certifier que les propos que je rapporte sont tenus manifestement au premier degré.
Si ces propos suscitent des plaintes, je suis curieux de savoir comment Dieudonné nous expliquera qu'il ne visait pas les juifs…

lundi 29 mars 2010

À quoi Rama Yade sert-elle ?

J'ai vu Rama Yade dans On n'est pas couché samedi soir.

Alors, oui, elle est marrante, elle tchatche bien, elle est jolie. Et elle est franchement consensuelle. Pas étonnant qu'elle figure dans les sommets des classements de popularité des politiques.

Mais quelque chose m'a frappé dans son discours "politique" : un ministre d'un gouvernement socialiste n'aurait qu'à y remplacer Sarkozy par Royal, et cela collerait parfaitement.
Pourquoi ? Tout d'abord parce qu'elle fait surtout de la communication, et développe très peu d'idées.
Et puis parce que les rares opinions qu'elle développe ne sont pas segmentantes : elle parait ne pas vraiment assumer le débat sur l'identité nationale ou la politique sécuritaire.

J'ai du mal avec le centrisme mou. J'aime les débats d'idées, entre de vraies positions de gauche, et de vraies positions de droite.
Qu'un ministre de droite (n'ayant rien à voir avec l'ouverture) n'expose pas d'opinions de droite, cela me trouble. Pourquoi l'a-t-on mise là, alors ?

Rama Yade plait à la gauche. Il y a quelques mois, Michèle Sabban, vice-présidente socialiste de la région Île-de-France, rêvait même de la débaucher, en affirmant être « convaincue que c'est une femme de gauche » par « ses discours et les valeurs qu'elle défend ».
Mais être populaire ne sert à rien. Jospin était bien plus populaire que Chirac, en 2002. Les aventures électorales de Bernard Kouchner, longtemps l'homme politique français le plus populaire, furent des échecs cuisants. Sans surprise, l'implication de Rama Yade dans la liste UMP aux élections régionales n'a permis aucune poussée.

On sait déjà que les ministres ne servent actuellement à rien : tout est décidé à l'Élysée entre Sarkozy et ses conseillers. Plus encore qu'un autre, Rama Yade semble n'être là que pour faire joli. Pour faire passer plus facilement la pilule néolibérale, le manque total de stratégie… le mur dans lequel ils nous emmènent.

jeudi 25 mars 2010

Wonen in eigen streek : l'ethnicisme flamand, toujours plus !

J'ai toujours été frappé du fort décalage flamand vers la droite, en particulier chez les plus jeunes.

Qu'ils souhaitent l'autonomie, voire l'indépendance, c'est leur droit (celui des peuples à disposer d'eux-même). Mais cela se traduit malheureusement par un repli ethnique, avec un fort sentiment anti-wallon.

Dans le sud de la Belgique, en Wallonie, on parle Français. Dans le nord, en Flandre, on parle flamand (néerlandais). Et au milieu, ça se mélange ? Pas vraiment… Bruxelles est officiellement bilingue mais très majoritairement francophone (bien que flamande à l'origine).

Il n'est pas des plus faciles pour un francophone de vivre en Flandre, même en périphérie de Bruxelles.
Certaines communes de Flandre, majoritairement francophones, ont bien des facilités linguistiques au niveau administratif. Mais les Flamands ont vraiment peur que la tâche d'huile francophone autour de Bruxelles continue à s'étendre. Ils voudraient que les francophones s'y installant s'intègrent (en particulier linguistiquement), ce que ces derniers refusent (après tout, ils ne sont qu'à quelques kilomètres d'une métropole francophone).

Pour arriver à leurs fins, les Flamands utilisent la force. Déjà en 2006, les Flamands avaient adopté un code du logement controversé, le Wooncode, qui soumettait entre autres l'attribution de logements sociaux en Flandre à l'obligation d'apprendre le néerlandais.
Régulièrement, les discriminations dont sont victimes les francophones en Flandre font polémique.


Aujourd'hui, un décret adopté il y a quelques mois qui provoque un nouveau tollé.
Wonen in eigen streek : habiter dans sa région.
Pour acheter un logement en Flandre, vous devez avoir des attaches suffisantes avec la commune concernée.
Officiellement, cela a pour but de favoriser la population locale.
En pratique…
Un couple bruxellois, propriétaire d'un appartement à Saint-Idesbald (dans la commune flamande de Coxyde, côte belge, près de la frontière française) veut acheter une maison à Oostduinkerke (également sans Coxyde) ? Pas d'attaches suffisantes !
Un autre couple bruxellois, veut déménager, pour raisons professionnelles, de 3 kilomètres (!!) à Dilbeek ? Son employeur, des amis, des membres de leur famille y résident. Pas d'attaches suffisantes !
Pire encore : une francophone vivait chez son compagnon à Rhode Saint-Genèse, commune flamande jouxtant à la fois la région wallone (au sud) et la région Bruxelles-capitale (au nord) ; à leur séparation, elle souhaite acheter une maison dans la ville qu'elle habite depuis plusieurs années, et où sa fille va à la crèche ? Pas d'attaches suffisantes !

Bref, le décret Wonen in eigen streek sert en réalité à empêcher les Francophones d'acheter à Flandre.
J'étudie le cas belge depuis plusieurs années, mais je n'aurais jamais imaginé qu'on en arriverait à de telles extrémités.

On en arrive à des situations ubuesques, où les employés communaux flamands ne peuvent pas parler français, même s'ils le connaissent !
L'humoriste François Pirette en a fait une brillante démonstration à travers un canular où il se fait passer pour le consul de la Côte d'Ivoire, auprès de la commune de Dilbeek (dont j'ai parlé plus haut), où de telles consignes existent…

mercredi 17 mars 2010

Frédéric Lefebvre et les sondages

C'est magnifique, Twitter. 140 caractères, ça oblige à simplifier la démonstration, et c'est dur. Sauf quand on a déjà un raisonnement simpliste.

Le twitter de Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP qu'on ne présente plus, est un modèle du genre. Distribution d'éléments de langage à l'état brut (ordre anti-chronologique) :
Ceci n'est pas une parodie.

Déjà que je doute de l'effet de tels arguments lorsqu'ils sont développés plus longuement sur des chaînes de télévision nationale, alors sur Twitter en quelques mots…

On crie à la trahison parce que Europe Écologie s'allie avec le PS ? Sérieusement, qui aurait pu croire qu'il en serait autrement ? Cela fait quinze ans que les alliances des Verts se font systématiquement avec la gauche ! Tout électeur écologiste du premier tour savait très bien que cette liste fusionnerait avec la socialiste !
Et puis, l'écologie de droite, je n'y crois pas, c'est incompatible : les désastres écologistes viennent du capitalisme.
La droite ne se sert de l'écologie que pour sa propagande, en jouant sur la peur, pour faire passer plus facilement des mesures ultra-libérales. On a bien vu le fiasco de la taxe carbone

Pour Frédéric Lefebvre, « Europe Ecologie a vendu son âme » :
Cela ressemble à une trahison en bonne et due forme de leurs électeurs! A une large majorité, ceux-ci sont en effet opposés à la fusion avec les socialistes (61% des électeurs d’Europe Ecologie le déclarent dans un sondage CSA publié par «Le Parisien»).
Déjà, il déforme la vérité : ces 61% ne sont pas les électeurs EÉ qui sont opposés à une fusion, mais ceux qui préfèrent le maintien de la liste plutôt que la fusion. Ce n'est pas du tout la même chose.

Dans la mesure où les écologistes préfèrent la gauche à la droite, cette fusion était inévitable, à cause du mode électoral qui donne une prime à la liste arrivant en tête (un quart des sièges, le reste étant réparti à la proportionnelle habituelle), ce qui encourage les alliances… sauf quand on est un parti isolé.
Ces affreuses tractations d'entre-deux-tours que dénonce désormais l'UMP, elle les a pourtant activement pratiquées, aux précédentes régionales (2004), avec l'UDF.
Cette prime au vainqueur qui lui assure une majorité absolue des sièges presque à coup sûr, on la doit d'ailleurs… à la droite, qui l'a introduite en 2003 pour éviter que se reproduise la situation de 1998, où l'absence de majorité absolue avait conduit, dans certaines régions, à une alliance avec le Front National.

Surtout, Frédéric Lefebvre aurait dû lire plus attentivement le sondage CSA qu'il cite. La dernière page de celui-ci, concernant les transferts de voix entre les deux tours, est très instructive, pour lui qui croit pouvoir récupérer les voix écologistes, et mobiliser les abstentionnistes.
Il y aurait lu que, dans le cas d'une liste de gauche unie, seuls 5% de ceux ayant voté EÉ au 1er tour choisiraient pour la liste de droite (contre 74% pour la liste de gauche). Et, comme me l'a fait remarquer Polluxe, 5%, c'est aussi la proportion des abstentionnistes qui ont l'intention de se déplacer en faveur de la liste de droite.

Je comprends qu'on veuille tenter, quand on est responsable d'un parti politique en difficulté, de mobiliser dans tous les coins pour récupérer des voix. Mais pourquoi sortir des formules stupides, qui vont contre le bon sens ?

dimanche 14 mars 2010

Elle répond toujours du nom de Robespierre, ma France

…Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers, qui donnait le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France…


Le prénom, ce marqueur racial

À l'occasion de la sortie du dernier livre d'Éric Zemmour, Mélancolie Française, revient sur le devant de la scène une de ses marottes : les prénoms non-français. Il regrette qu'il ne soit plus obligatoire de donner à ses enfants des prénoms du dictionnaire (chrétiens, donc).

Au début, j'avais du mal à saisir, considérant qu'il s'arrêtait sur des détails sans intérêt. Et puis, finalement, notamment en regardant l'émission L'objet du scandale où il était opposé à Gérard Miller, j'ai été sensible à son argumentation sur l'assimilation.

S'il y a bien quelque chose que je déteste, c'est l'ethnocentrisme, le regroupement lié à l'ethnie. À la race, je préfère la nation, à la française. Le choix de vivre ensemble plutôt que le carcan des origines. C'est pourquoi je m'oppose grandement aux communautaristes, en particulier bretons.

La nation française a toujours fonctionné par l'assimilation des étrangers, en leur demandant de s'arracher à leur culture d'origine. Cela ne me choque pas, bien au contraire : je préfère une nation multi-ethnique à la destinée commune, qu'un amas de communautés qui s'ignorent…
J'ai vécu à Tokyo, où les Japonais vivent entre Japonais (avec une forte xénophobie), les Coréens entre Coréens, et les Occidentaux entre Occidentaux. Ce déterminisme racial, cette absence de métissage, était en total décalage avec mes repères français. Peut-être est-ce par habitude, mais je préfère la forte exogamie française à la forte endogamie nippone.

Revenons à nos moutons… à nos prénoms.
Quand un bébé français d'origine étrangère va naître, deux choix s'ouvrent à ses parents pour son prénom : un prénom français, ou un prénom reflétant ses origines (bretonne, arabe, etc.). Le plus souvent, on choisit le prénom exotique, pour perpétrer la tradition familiale… Et c'est bien normal : c'est le cœur qui parle.
Mais, sans s'en rendre compte, on enferme ainsi l'enfant à naître dans quelque chose qu'il n'a pas choisi, ses origines, dans une culture qui ne sera pas la sienne.

L'assimilation était une spécificité française, face au modèle anglo-saxon, multi-culturel, qui prétend respecter les cultures des immigrés pour mieux les cloisonner dans celles-ci et éviter le mélange.
Le résultat ? Selon un sondage international de Pew Research en 2006, les musulmans à se sentir citoyens de leur pays avant de se sentir musulmans étaient 42% en France… et 13% en Allemagne, 7% en Grande-Bretagne et 3% en Espagne.

L'assimilation doit elle passer forcément par des prénoms français ? Je ne sais pas du tout. Mais, alors qu'on dérive lentement vers le communautarisme, elle doit redevenir contraignante, forçant à préférer la nation à l'ethnie.

lundi 1 mars 2010

Quand Rue89 stigmatise les ministres d'origine étrangère au nom de l'anti-racisme

L'une des bases de Rue89, c'est le combat anti-raciste. Dénoncer le racisme, c'est très bien. Voir du racisme partout, c'est n'importe quoi.

Dès qu'on critique l'islam, Rue89 crie à l'islamophobie. Dans l'affaire de la voilée du NPA, Rue89 s'est clairement rangé du côté des défenseurs du voile face à ceux de la laïcité, nous abreuvant d'articles nous répétant que s'en prendre à Ilham Moussaïd relevait forcément du racisme. On a même eu droit à un article du fameux Laurent Lévy, réglant ses comptes avec la direction de la LCR, en leur reprochant d'avoir soutenu l'exclusion des lycéennes voilées d'Aubervilliers en 2003 (sans même rappeler qu'il s'agissait de ses propres filles !).

Toujours au nom de l'anti-racisme, Rue89 fait une grosse promotion pour la journée sans immigrés, qui a lieu aujourd'hui. Le principe, c'est d'inciter les immigrés à ne pas travailler, ne pas consommer, pour montrer que ceux-ci sont essentiels pour que la France marche. Ils sont bien gentils, mais on ne les a pas attendu pour savoir que l'immigration est importante pour la France. Elle a toujours été le pays du brassage ethnique, depuis même les Gaulois colonisés par les Romains puis par les Francs. La France est si peu raciste qu'elle est une championne de l'exogamie et des naturalisations (100 000 chaque année) : difficile de faire plus accueillant.

Bref, tout ceci ne sert à rien, d'ailleurs le PS les soutient : ça permet de cacher qu'on ne fait rien pour lutter contre le capitalisme. Et, comme si le discours de victimisation lié à cette journée n'était pas assez ridicule, les organisateurs ont le bon goût de recommander le port d'un ruban… jaune : un choix sûrement pas anodin (pour se comparer aux juifs sous la période nazi) et carrément indécent.

Rue89 soutient activement la journée sans immigrés. Ça fleure bon le paternalisme. On a même droit à un article d'un "français blanc" qui déclare participer à la journée.
D'ailleurs, si les trois instigateurs du mouvement ont des origines maghrébines, ils sont tous nés en France. Ils ne sont donc pas immigrés. À moins de faire l'amalgame entre Français d'origine étrangère et immigrés, c'est à dire de ramener les premiers à leurs origines.

C'est ce que fait allégrement Rue89. Dans un article hallucinant, Chloé Leprince nous rappelle que le père de Devedjian est arménien, que Besson a des origines libanaises et qu'il est né au Maroc, etc. Au total, neuf ministres sont ainsi ramenés à leurs origines étrangères… qu'on leur reproche de ne pas les mettre plus en avant (en sous-entendant qu'il faut le faire pour être un bon "immigré").

Au nom de l'anti-racisme, Rue89 nous liste donc les origines non-françaises de nos politiques… et montre ceux-ci du doigt. Une telle liste est raciste, puante, d'où quelle vienne.

jeudi 4 février 2010

La candidate voilée du NPA, un scandale !

Il n'y a pas si longtemps, la LCR était un mouvement à la pointe du combat laïque. Aujourd'hui, dans le Vaucluse, sur sa liste pour les élections régionales, le NPA d'Olivier Besancenot a choisi de présenter une candidate voilée, Ilham Moussaïd.

On marche franchement sur la tête. On ne peut pas s'insurger contre l'oppression capitaliste tout en cautionnant l'oppression islamique. Défendre ainsi l'islam, comme le fait le NPA, parce que ce serait la religion des opprimés, c'est simplement stupide.
Peut-on être féministe et voilée, comme le prétend la candidate ? Non.

Le pire, c'est d'entendre les responsables du NPA se défendre en disant qu'il y avait eu 400 prêtres députés, et en citant particulièrement l'abbé Pierre.
Certes, mais cela appartient au passé (et tant mieux). Surtout, les prêtres députés étaient de droite, il est donc très surprenant d'entendre un parti d'extrême-gauche les prendre en exemple.
Y aurait-il la moindre chance que le NPA accepte un prêtre sur ses listes ? Non. Pourquoi les prendre en exemple, alors ?

Je me félicite de voir que Mélenchon d'une part, le Parti Socialiste d'autre part, ont condamné la présence d'une candidate voilée sur la liste NPA.

Présenter une candidate voilée, c'est draguer ouvertement la communauté musulmane, en particulier sa frange la plus conservatrice, ce qui est très choquant de la part d'un parti qui se dit progressiste et laïque.