jeudi 8 décembre 2011

La droite et le sentiment d'insécurité

En 2002, l'une des principales raisons de la défaite de Lionel Jospin fut la mauvaise réponse apportée par le candidat aux questions d'insécurité.
La fameuse histoire du sentiment d'insécurité. Trop angélique, le camp du premier ministre expliquait que oui, vous pensez peut-être que la délinquance augmente, mais ce n'est pas vrai, ce n'est qu'une impression, que de la propagande de TF1 pour Chirac, alors n'ayez pas peur mes braves gens. Et encore, c'est quand elle n'y voyait pas un racisme sous-jacent.

La droite est au pouvoir depuis 9 ans. Nicolas Sarkozy a été ministre de l'Intérieur de 2002 à 2004, puis de 2005 à 2007, et président de la République depuis. Bref, cela fait neuf ans que Nicolas Sarkozy s'occupe de notre sécurité. Et fait voter régulièrement (tous les ans ?) une nouvelle loi sur le sujet…
Alors, oui, les « chiffres » disent que la délinquance recule. Mais qui le croit, franchement ? Vous sentez-vous plus en sécurité qu'il y a 10 ans ? Pas moi…

Certes, les petits délits reculent, mais la violence aux personnes augmente, augmente, augmente… En gros, les Français ont moins de chances de se faire tirer leur portefeuille par un pickpocket, mais de plus en plus de se faire agresser dans la rue pour un téléphone. Merci Sarkozy…

Qu'en dit la droite ?
Oui, Nadine ? « Le vol des portables à l'arraché, ça n'existait pas avant que les portables n'existent. » Ah, qu'est-ce qu'on ferait sans toi…

Encore le coup de « L'insécurité explose, c'est un scandale, nous on va faire quelque chose ! » ? Non : quand tu es aux manettes depuis une dizaine d'années, on finit par se rendre compte que tu es le responsable.

Alors, on fait comme la gauche il y a dix ans, on nie l'évidence. Guéant 2011, c'est Vaillant 2001. Le grand retour du sentiment d'insécurité.

Le ministre de l'intérieur était interrogé la semaine dernière par Jean-Michel Aphatie sur RTL.
Le journaliste lui parle d'une fusillade à Vitrolles (où un policier a failli y rester…) et d'un braquage au fusil mitrailleur à Marseille. Réponse de Guéant : 
Non, la police n'est pas dépassée. A Marseille, de façon globale - il suffit d'interroger les élus marseillais, les habitants de Marseille -  les choses depuis quelques mois, s'améliorent très sensiblement. Le climat de sécurité revient en ville et les habitants ne cessent de dire leur satisfaction.
Incroyable.

La situation s'améliore-t-elle à Marseille ?
Les plus problèmes les plus visibles (surtout Porte d'Aix, le parking volé et le camp de roms) ont été résolus. Il y a davantage de policiers, on les voit plus souvent, tant mieux.
Certes. Mais les faits divers, les braquages, continuent. Et on sait bien que, d'ici quelques mois (peut-être attendront-ils que les élections soient passées ?), le pouvoir clamera, pour faire des économies, que la cité phocéenne n'a plus besoin de ces renforts. Comme à chaque fois…

La police n'est pas dépassée à Marseille ?
On partait de loin. Ce sont les policiers qui ont peur des voyous, et plus l'inverse. Début août, le préfet délégué à la sécurité répondait à la Provence, à deux questions d'intervalle, qu'il « n'y a pas de zone de non-droit » et qu'on ne remettra pas de commissariats dans les cités parce qu'« il faut penser à la sécurité des policiers »…
Depuis, Guéant a changé le préfet, envoyé des renforts. Trois jours après qu'il ait donc expliqué sur RTL que « le climat de sécurité revient en ville », 700 policiers manifestaient vendredi devant la Préfécture, pour exprimer leur ras-le-bol et dénoncer le manque de moyens…

Comme la gauche dix ans plus tôt, la droite nie ses échecs. Qui saura en profiter ? Une gauche convertie à la sécurité ? Ou, malheureusement, l'extrême-droite ?

mercredi 12 octobre 2011

Logement, industrie, sécurité et laïcité : les grands absents du débat de la primaire socialiste

Je viens de regarder le débat du second tour de la primaire socialiste entre Martine Aubry et François Hollande.

La fille Delors et le fils spirituel de Delors ont discuté pendant près de deux heures. Ah, ça, les débats économiques incompréhensibles, ça y allait.

Arnaud Montebourg a dit, avant-hier dans le 20 heures de France 2, que les deux impétrants sont "les deux faces d'une même pièce", qu'ils "ont le même projet". Bonnet blanc et Blanc bonnet ont donc passé leur temps à pinailler, à s'inventer des différences.

C'est ainsi qu'on passe plusieurs minutes à parler redoublement. Pas de l'école, pas de l'instruction. Du redoublement, qui coûterait trop cher (si j'ai bien compris ce que racontait Titine).

Un sujet m'intéressait particulièrement, celui du protectionnisme. Comme les autres républicains/souverainistes de gauche, je m'enthousiasme pour la percée d'Arnaud Montebourg. Nous avons trouvé notre nouveau Chevènement !

Aubry déteste le protectionnisme. Elle le disait encore ce matin chez Bourdin sur RMC. Mais il faut récupérer les voix de Montebourg. Alors, cela donne quelque chose comme : oui, bon, Arnaud parle de protectionnisme, mais en fait, il raconte n'importe quoi, il n'est pas protectionniste, ce qu'il propose, c'est tout pareil que mon "juste-échange", alors si vous avez voté pour lui, votez pour moi.
Tu veux convaincre QUI avec une telle argumentation ?

Surtout, il faut s'attarder sur les sujets ignorés dans ce débat.
Rien sur le logement.
Rien sur l'industrie.
Rien sur l'insécurité ("on s'en tape de l'insécurité" avait tweeté Caroline De Haas, de l'équipe de campagne de Martine Aubry, pendant le premier débat… tiens, elle a effacé ces tweets depuis).
Rien sur la laïcité.

Les deux leaders avaient presque deux heures pour convaincre les Français. C'est franchement raté : que de l'économie technique, que de la dette. Rien sur les sujets concrets.

dimanche 25 septembre 2011

Le serment d'allégeance, le nouvel écran de fumée

Jean-François Copé veut que les Français fassent allégeance aux armes.

J'aime mon pays, je suis patriote (j'ai souvent parlé de la Marseillaise, de la nation, etc., sur ce blog). Mais cette proposition me semble avoir tout de la fausse bonne idée.

Tout d'abord, le serment d'allégeance est une coutume anglo-saxonne. Copé veut, comme a son habitude, encore angliciser, américaniser la France. Pas question !

Je ne crois pas que l'Europe restera éternellement en paix. Mais d'ici à ce que les citoyens de base doivent prendre les armes… Je vous rappelle qu'on a une des meilleures armées du monde et, surtout, l'arme nucléaire, ce qui limite beaucoup l'envie des autres pays de venir nous chercher des noises.


C'est bien d'ailleurs pour cela que cette même droite a suspendu le service militaire, qui était devenu inutile. C'est donc assez anachronique.

Et être anti-militariste, pacifiste, objecteur de conscience, c'est être un mauvais Français ? Je ne crois pas. C'est pourtant ce que sous-entend la proposition de Copé.
Les mauvais Français, ce sont tous ceux qui pratiquent l'évasion fiscale. Et que l'UMP chérit (Sarkozy faisant campagne avec Johnny en 2006…), qu'elle présente comme des martyrs.
Les élites mondialisées nous font la leçon sur l'amour de patrie ?


Quel est le but de cette annonce, alors ?
Ce qui est à retenir, c'est surtout le serment d'allégeance lors des naturalisations. Qu'on exige d'un futur Français l'adhésion aux valeurs de la France, c'est bien normal. Mais imposer un tel serment, c'est exprimer une défiance envers les naturalisés. Au lieu de les accueillir à bras ouverts, on leur demande une preuve supplémentaire ? on les suspecte de ne pas être loyaux envers leur nouvelle patrie ? C'est quoi ces conneries ?

Il y a deux ans, le débat sur l'identité nationale avait été lancé pour faire oublier les scandales Hortefeux, Mitterrand et Jean Sarkozy.
Cela avait finalement pas trop mal marché. Donc on recommence. Le Karachigate explose ? Vite, un écran de fumée ! Le serment d'allégeance. Comme cela, on caricaturera les réactions de la gauche pour les faire passer pour les ennemis de la France !


Ridicule. Car l'amour de la patrie ne se décrète pas. Il s'inculque. Qu'on arrête plutôt de détruire l'enseignement de l'histoire de France…

samedi 10 septembre 2011

Le 11 septembre à la radio

Le 11 septembre 2001, j'avais commencé ma seconde année de DEUG (et j'étais donc revenu à Grenoble après les vacances chez mes parents) depuis une semaine. Je n'avais pas cours cet après-midi là.

Dans mon studio d'étudiant, il n'y avait pas de télévision, ni alors d'internet. Mon lien avec le monde extérieur, c'était la radio.
La génération actuelle des jeunes écoutent Skyrock, voire NRJ. La mienne, c'était Fun Radio. Je m'endormais à l'écoute du Starsytem de Max, je me réveillais avec Bob, Isa et Martin. Et j'écoutais Arthur en rentrant de la fac.

Après avoir rapidement déjeuné, j'étais allé faire les boutiques une heure ou deux, en centre-ville (sans doute à la Fnac). Dans le tramway me ramenant chez moi, j'ai vaguement entendu une femme parler à une amie d'un avion dans une tour, comme quoi c'est ce qui passait à la télé avant qu'elle sorte de chez elle.

Je n'y ai pas prêté d'attention particulière : un avion dans une tour, c'était sans doute un accident. Je ne savais pas que cela concernait les tours géantes du World Trade Center. Un deuxième avion s'était déjà écrasé, sur la seconde tour. Le temps d'arriver chez moi, c'était le Pentagone qui était frappé. Il n'y avait plus aucun doute qu'il s'agisse d'attentats.

Cela, je l'ignorais. Rentré tranquillement, juste à temps pour l'émission d'Arthur, j'attendais mon programme de détente.
Planetarthur commence. Arthur, le ton grave, explique que l'heure n'est malheureusement pas à la rigolade, explique les attentats au WTC et au Pentagone.

Oui, j'ai bien conscience que cela peut paraître ridicule, mais c'est par la voix d'Arthur que j'ai appris la catastrophe. Je me souviens l'avoir entendu dire que cela allait sans doute avoir des grandes conséquences dans le monde, en gros que rien ne serait plus comme avant. Sur le moment, je trouvais qu'il exagérait, qu'il dramatisait comme il savait si bien le faire, lui le producteur de Loft Story…

Il a rapidement décidé de diffuser, sur l'antenne de FUN Radio, l'édition spéciale de RTL, une radio du même groupe. J'ai finalement zappé sur France Info, pensant que la radio spécialisée serait mieux informée… mais leurs journalistes semblaient découvrir les choses dix à minutes plus tard que ceux de RTL.


Les jours suivants, j'ai continué à écouter les radios "sérieuses", j'ai vu des images de l'avion dans une tour en feu, en une des journaux, et peut-être sur internet. Mais j'ai du attendre vendredi soir, et mon retour en week-end chez mes parents, pour voir des vidéos.
Je voyais enfin concrètement, trois jours après tout le monde, ce qu'il s'était passé. Un drôle de sentiment de décalage.

À moins d'être en vacances hors de chez soi, cela ne serait plus possible aujourd'hui. Internet haut-débit, l'immédiateté de Twitter. Le streaming de BFMTV exploserait, à cause d'un trop grand nombre de connections, mais on trouverait rapidement un autre streaming où suivre l'urgence. Des vidéos seraient rapidement publiées sur YouTube.
C'est sans doute mieux. Mais les rumeurs seraient, elles aussi, très vite amplifiées. Des victimes ne seraient pas encore mortes que des dingos crieraient déjà à la conspiration, à un complot, sur les réseaux sociaux. Les injures racistes se répandraient en nombre, sur Youtube, sur Facebook, etc.

Le monde a changé.

jeudi 1 septembre 2011

Meyssan, Baylet et le PRG

Candidat à la primaire socialiste, Jean-Michel Baylet a été récemment interviewé par Rue89.

Parmi les questions suggérées par les "riverains", l'une, très pertinente, portait sur l'adhésion de Thierry Meyssan au PRG, le parti que Baylet préside.
Rue89 : Et Meyssan ?
Thierry Meyssan a été secrétaire national du PRG à une époque où il animait le Réseau Voltaire, mais j'ai envie de dire que depuis, il a fait du chemin.
Rue89 : Il est quand même resté jusqu'en 2008.
Non… Il n'a pas claqué la porte mais on ne l'a plus vu depuis une dizaine d'années, Thierry Meyssan. Si je vous dis qu'on l'a pas vu, je sais bien. J'ai bien vu que sur certains sites, dans certains CV, il a continué longtemps à mettre qu'il était secrétaire national du PRG, mais ça n'était pas exact.
Thierry Meyssan a été en rupture avec nous dès qu'il a pris les positions qu'il a prises sur l'affaire du 11 Septembre.
A ce moment-là, je lui ai demandé de venir me voir, nous avons eu une discussion, il m'a présenté ses théories fumeuses et révisionnistes – il faut bien le dire –, totalement scandaleuses, et je lui ai donc à ce moment-là expliqué que c'était incompatible avec les valeurs que portaient les radicaux, et depuis j'ai vu qu'il est allé de dérapage en dérapage jusqu'à ce qu'il se retrouve à Tripoli avec Kadhafi, il y a encore quelques semaines.

Baylet : "on n'a plus vu Meyssan depuis une... par rue89

J'ai beaucoup étudié le cas Dieudonné il y a quelques années. Ce qui m'a aussi amené aux conspirationnistes et à Meyssan. Souvenez-vous, il y a cinq ans, Dieudo, Soral et Meyssan allaient au Liban, défendre le Hezbollah, un voyage organisé par l'ex-gudard Frédéric Chatillon.

J'étais choqué qu'un parti de gauche accueille dans ses instances dirigeantes un personnage si peu fréquentable. Tristan Mendès France avait publié un article fin 2006, où il exprimait le même agacement.

Dans mes souvenirs, Meyssan était à l'époque présenté comme membre du secrétariat national du PRG sur le site officiel du parti, et je datais son départ à environ 2008, quand il s'est exilé en Syrie.

Bref, mes souvenirs ne correspondent pas du tout aux réponses de Baylet. Si on le croit, la rupture entre Meyssan date d'environ 10 ans : "on ne l'a plus vu depuis une dizaine d'années, Thierry Meyssan. Si je vous dis qu'on l'a pas vu, je sais bien." ou "Thierry Meyssan a été en rupture avec nous dès qu'il a pris les positions qu'il a prises sur l'affaire du 11 Septembre (…) je lui ai donc à ce moment-là expliqué que c'était incompatible avec les valeurs que portaient les radicaux" (Meyssan a publié l'Effroyable Imposture, son livre conspirationniste, début 2002). Si on a lu contraire, c'est que Meyssan nous a menti ?

Heureusement, il y a la Wayback Machine, le grand archivage du web. On entre l'adresse du site officiel du PRG, on sélectionne 2008. Et hop, on tombe très vite là-dessus.
Thierry Meyssan était donc bien indiqué comme membre du secrétariat national du PRG, dans la page enregistrée le 4 mai 2008 par le robot de la Wayback Machine.

Bon, je reconnais que la mise à jour du site n'a jamais été leur fort du PRG. Mais pas de quoi remonter jusqu'en 2002 non plus !

Surtout, le site du PRG publiait à l'époque les comptes-rendus des réunions de son Secrétariat National (SN) et de son Bureau National (BN).
Par chance, le robot de la Wayback Machine en a sauvegardé la grande majorité.

Certes, Meyssan n'était pas très assidu aux réunions. Mais son nom apparait tout de même régulièrement dans la liste des présents : SN du 18 janvier 2006, du 2 mars 2005, etc. La liste est longue. Relevons tout de même le Secrétariat National du 16 février 2005 où Meyssan recevait du président (Baylet, jusqu'à preuve du contraire) son attribution comme secrétaire national :

Attendez, le meilleur reste à venir. Thierry Meyssan a aussi participé à des réunions du Bureau National du PRG. Parmi les dernières que j'ai trouvées : BN du 14 juin 2006, du 20 septembre 2006, du 27 février 2007. Dans cette dernière réunion, on note même une intervention de Meyssan sur le Proche-Orient.
Mai 2007. La gauche vient de perdre l'élection présidentielle. Un mois plus tôt, Baylet a déclaré exclure Tapie pour son ralliement à Nicolas Sarkozy. Thierry Meyssan fait depuis déjà 5 ans le tour du monde pour propager ce que Baylet appelle aujourd'hui des "théories fumeuses et révisionnistes (…) totalement scandaleuses", "incompatible(s) avec les valeurs que portent les radicaux". En 2007, Thierry Meyssan est déjà sérieusement parti en vrille depuis un an ou deux (j'en reviens à la fameuse escapade Dieudonné-Soral-Meyssan-Chatillon au Liban).

Voter Sarkozy est-il plus grave que de répandre des théories "révisionnistes" et de copiner avec des figures extrémistes ? Sans doute, puisque Meyssan est présent aux deux BN du PRG en mai 2007, et y intervient encore !
Le 9 mai :
Le 23 mai :

Baylet affirme avec insistance n'avoir pas vu Meyssan au PRG depuis une dizaine d'années. Les comptes-rendus du site officiel du PRG (une source sûre, donc) nous prouvent que l'auteur sulfureux y intervenait il y a à peine quatre ans.

Problème de mémoire ? De vue ? Ou Baylet nous raconte-t-il de gros bobards ?

jeudi 25 août 2011

25 août 2001 : Babygirl aura toujours 22 ans

Les premiers posters que j'ai accrochés dans ma chambre (même si je n'habite plus chez mes parents depuis longtemps, j'ai laissé ma chambre en l'état : ils y sont toujours)… Aaliyah était l'une des idoles de ma jeunesse (l'autré étant Alicia Keys). Sans doute aime-t-on les destins brisés.

J'écoutais beaucoup de groove-r&b à l'époque. On l'a vite oublié, mais cette musique connaissait alors un rapide âge d'or, entre le The Writing's on the Wall des Destiny's Child (1999) et le A Little Deeper de Ms. Dynamite (2002).
Les productions syncopées de Timbaland (et Missy Elliott) étaient alors révolutionnaires. Cela tombe bien, ces derniers ont produit la majeure partie du dernier album d'Aaliyah, sorti un mois avant son décès.
Et puis cette musique est redevenue de la soupe…


Un album (éponyme) de grande qualité. Une carrière d'actrice en plein boom : premiers rôles de petits films, petit rôle dans Matrix 2 et 3 (elle aura seulement eu le temps de tourner les scènes du 2…). Aaliyah allait devenir une popstar. Un truc plus gros que Beyoncé…

Un avion conduit par un pilote minable sous l'emprise de la drogue et de l'alcool. Quel gâchis…

Babygirl restera malheureusement éternellement jeune dans nos mémoires. Avec son visage à peine adulte…

samedi 21 mai 2011

DSK, réflexes de caste et bêtises machistes

Lu sur l'Atelier des icônes :
On peut enfin mettre d’accord mélenchoniens et zemmouriens: la presse n’est ni de droite, ni de gauche, elle est bourgeoise, libérale et misogyne, en un mot strauss-kahnienne, à un point que seul révèle l’unanimisme médiatique de ce matin.
Et oui, l'idole de la pensée unique est tombée. On ne cesse de nous le répéter : non, c'est impossible, il n'a pas pu faire ça, c'est un complot, respectons la présomption d'innocence.

La présomption d'innocence, oui, évidemment. On s'est trop vite emballé sur des affaires truquées. Je n'avais pas imaginé un seul instant que « l'affaire du RER D » fût mensongère. Cela m'a servi de leçon

Mais, ici, au nom de la présomption d'innocence, on balaie la parole de la victime. Sans enquête, sans rien, ils ont tous décidé que la parole d'une femme de ménage ne valait rien face à celle de leur demi-Dieu. Quand l'affaire a éclaté, à part Mélenchon et Dupont-Aignan (ennemis politiques notoires du libéralisme), quel autre homme politique a commenté l'affaire en parlant aussi de la victime ?
Et quand bien même les faits se vérifiaient, ils viendraient plaider pour une justice à deux vitesses.

Comme d'habitude, BHL s'est servi de sa chronique dans le Point pour aider ses amis peu fréquentables : après Alain Carignon (son voisin de ryad à Marrakech, condamné pour corruption, qui l'avait fait nommer à la tête du conseil de surveillance d'Arte France) et Roman Polanski (condamné pour avoir couché avec une enfant de 13 ans), c'est DSK qui a droit à un article à sa gloire, où Lévy se prend pour Zola.
Jack Lang attaché à la présomption d'innocence comme jamais (on ne l'a pourtant pas toujours connu aussi prudent pour une affaire d'agression sexuelle), a même affirmé, au détour d'une phrase, qu'il n'y avait « pas mort d'homme ». Non, il y a juste une affaire de viol, donc de crime.

J'avais lu, il y a quelques mois, qu'en France, 75 000 femmes étaient victimes de viol chaque année. Comme j'avais du mal à me rendre compte, et que j'ai un esprit matheux, j'ai fait quelques multiplications. Et on arrive à 750 000 viols en 10 ans. 3 millions de viols en 40 ans. Ce chiffre m'a terrifié.

Et je suis consterné de voir la justification miteuse du séducteur à deux balles, les remarques sexistes sur la plaignante. Et j'ai entendu le même genre de réflexions masculines bien machistes à table… Ou de tentatives consternantes de blagues… Faire du second degré sur l'affaire, oui, allons-y ! Mais votre humour gras et misogyne, vous pouvez vous le garder, surtout pour une histoire grave comme celle-ci.

Le traitement médiatique de l'affaire, retournant l'accusation contre celle qui affirme avoir été victime, ne peut que renvoyer une image affreuse aux victimes de viol : on les verra toujours comme des menteuses, des allumeuses qui l'ont mérité, ou autres délires machistes.

Certes. j'ai du mal avec certaines associations "féministes", quand elles jouent les mères la pudeur, et ne pensent qu'à la censure, comme pour Orelsan, ou Sloggi (à qui on reproche régulièrement de montrer des femmes en string pour vendre… des strings féminins).
Mais je suis féministe au fond de moi, et je me battrai toujours contre la connerie de certains hommes…

Je viens de signer l'appel « Sexisme : ils se lâchent, les femmes trinquent ! » d'Osez le féminisme, La Barbe et Paroles de Femmes… je vous invite à le lire et à le signer !

dimanche 1 mai 2011

Islam et homophobie, peut-on en parler ?

Je découvre une polémique concernant un kiss-in contre l'homophobie devant se dérouler prochainement devant la grande mosquée de Lyon.

Honnêtement, s'échanger des baisers homosexuels devant les lieux de culte, ce n'est rien d'autre qu'une provocation débile, qui ne fait en rien avancer les choses. Mais bon…

Certaines associations refusent de participer au kiss-in devant la mosquée, alors même qu'elles avaient participé à la même manifestation il y a un an, devant la primatiale Saint-Jean (la cathédrale de Lyon).

La raison ?

C'est le même discours victimaire qu'on entend depuis des années : s'attaquer à l'intolérance dans l'islam, c'est forcément suspect, cela cache obligatoirement une volonté de stigmatiser les musulmans/les Arabes/les immigrés/etc.
Que n'a-t-on pas entendu sur Ni Putes Ni Soumises, qui cherchait à défendre les jeunes filles des pressions liées à la religion et aux traditions…

Dire que l'islam est misogyne, vous n'y pensez pas, voyons… Alors, dire qu'il est homophobe ! Vous êtes un complice du choc des civilisations !
L'islam est pourtant sans doute la religion la plus intolérante sur ces questions, celle qui promet les pires turpitudes aux homosexuels. Et on peut citer l'exemple récent du groupe Sexion d'Assaut, rappant des appels à la violence contre les homosexuels, et expliquant tranquillement en interview que "être homosexuel est une déviance qui n'est pas tolérable"… au nom de l'islam.

Mais pour certains, il y a de bons et de mauvais homophobes. Ou comment, au nom de la lutte contre le racisme, on fait une distinction selon la religion ou la race pour choisir sa réaction. On devrait pourtant exiger la même chose de tous, au lieu de sombrer dans un paternalisme stupide.
 
Or, plus inquiétant, ce genre de discours est même repris par des associations homosexuelles…
La Lesbian & Gay Pride de Lyon a en effet justifié son refus du kiss-in devant la mosquée par "un manque de transparence et de clarté sur les motivations" et "une circonspection devant le dessein réel poursuivi".

Désespérant…

jeudi 28 avril 2011

Retour sur l'affaire Bellanger/Skyrock

Je suis un passionné de radio. Je me précipite sur les sondages d'audience quand ils sortent. J'aime bien traîner sur les sites consacrés à ce média, comme Radioactu.

Personnellement, je suis de la génération FUN Radio. Le Doc et Difool (Sexe, capotes et rock'n'roll, c'est Lovin'Fun). Le StarSytem, les Débats de Gérard, etc.

Mais quand on est curieux sur le monde de la radio, on accroche forcément au personnage Pierre Bellanger.
Parce que ce mec, depuis ses débuts de patron de radio (Radio Cité Future, La Voix du Lézard), a toujours cherché à créer une communauté d'auditeurs, à favoriser l'échange. Il a réussi : depuis 1998, l'émission de libre-antenne de Difool est la plus écoutée de la bande FM le soir ; depuis 2003, le service de blogs proposé par Skyrock est la référence des adolescents, qu'ils écoutent ou non la station (et même s'ils détestent le rap !).

Surtout, Tonton Pierre a juste été un putain de visionnaire. Comment faire tourner une radio au début des années 80, avec l'interdiction de la publicité ? Les services annexes. Bellanger fut un grand précurseur de l'Audiotel et des services Minitel. 3615 Géraldine, putain !
Mais Bellanger avait également le nez pour son antenne. C'est sur Skyrock qu'Arthur se révéla en 1989… avant de devenir star sur FUN Radio (l'animateur le plus con de la bande FM) en 1991. C'est Skyrock qui lança la mode des libres-antennes (Supernana, Bonsoir la planète avec Malher), qui inspirera à FUN Radio le mythique Lovin'Fun (Sexe, capotes et rock'n'roll, c'est Lovin'Fun !).

Et quand les quotas de chanson française sont arrivés, Bellanger a pris le risque du rap. Certes pas si grand que cela : le "nouveau Skyrock" de 1994 (délaissant la musique variété/hits à la NRJ pour un format "années 90", et se séparant de nombreux animateurs historiques : Laurent Petitguillaume, Skyman, Géraldine, etc.) avait franchement loupé.
Mais en tout cas, quand on passe de l'eurodance et du rock au hip-hop, le pari n'est pas gagné d'avance. Skyrock est pourtant devenue en quelques années la deuxième radio musicale la plus écoutée de France.


Mais… passons au mais… car il y a un mais…
Tonton Pierre a perdu la main. Les ados s'éloignent des blogs Skyrock, pour Facebook. Skyrock a bien tenter de transformer son service en réseau social, mais trop tard.

Pendant ce temps, l'audience de la radio s'effrite, désormais rattrapée par FUN Radio.

Jusqu'à présent, il n'y avait pas de raison de changer une formule qui marchait. Skyrock est d'ailleurs la radio la plus immobile qui soit. 20 ans de Claude le voyant. 20 ans de Fred (souvenez-vous de Toubib et Tabatha, la copie de Lovin'Fun par Skyrock), dont 15 de Planète Rap, 15 ans de KTL, 15 ans de Difool le soir, plus de 10 ans de Difool le matin. Mais maintenant ?


C'est peut-être parce que je suis un sale anar, mais j'ai du mal à pleurer les patrons. Skyrock qui défend Bellanger, c'est comme Canal+ qui défendait Lescure : oui, il symbolise une certaine liberté. Mais on ne peut pas organiser le rachat de Skyrock par AXA et s'étonner quelques années plus tard que cet actionnaire majoritaire veuille imposer ses choix.

Et puis voilà, toute cette histoire de groupe ésotérico-partouzard tendance SM, cette manipulation d'une gamine de 17 ans entraînée là-dedans… Bellanger a pris 3 ans de prison avec sursis, n'échappant à la prison ferme qu'en appel. De quoi réviser le respect qu'on porte pour ce visionnaire, et se trouver mal à l'aise devant tous ces ados qui défendent aveuglément le patron de Skyrock, dont ils n'avaient jamais entendu parler trois jours plus tôt.

Pourquoi ces ados se mobilisent-ils ? Parce que Difool leur fait croire que leur radio est en danger de mort. Merde, ça marche encore ? Quinze ans qu'il leur fait le coup, à chaque remontrance du CSA. Et quand il était sur FUN Radio, il y a 20 ans, il faisait déjà cela…
On peut comprendre l'attachement de Difool à son patron. C'est ce dernier qui l'a débauché de FUN Radio il y a 15 ans, c'est ensemble qu'ils ont mené Skyrock à un tel succès.

Mais tous les patrons de Skyrock (Bellanger, Bouneau, Difool) sont faux-culs. De la pseudo-rébellion, bien contrôlée. On se fait passer à l'antenne pour une victime du CSA pour mobiliser son audience et faire pression sur l'organisme. Mais on se refait vite une virginité en se débarrassant de Supernana au prétexte d'une interview à Entrevue trop critique contre ces vieux sages, ou en censurant, dans "On est encore là" de Suprême NTM, la ligne qui dit "Nique le CSA".


Enfin, il y a de quoi rire quand on voit des rappeurs défendre Skyrock.
C'était une vraie bonne radio rap à la fin des années 90 : il y a très longtemps. Hier, Skyrock, c'était Suprême NTM, Doc Gynéco, Ärsenik, etc., avec une pointe de raï… Aujourd'hui, c'est La Fouine et Colonel Reyel séparés par du Shakira.
Et comme David Guetta est de tous les morceaux des artistes hip-hop étrangers, on retrouve des sonorités électroniques qu'on n'avait plus entendu sur Skyrock depuis la période techno-rap (et la Skyrave).

D'ailleurs, la "radio rap" défend tellement cette musique, qu'elle a supprimé il y a quelques années toutes les émissions spécialisées confiées aux rappeurs, qui passaient après minuit : trop chères.


Skyrock et le rap, c'est le formatage du rap.
Je suis sans doute un vieux con. Mais le rap, c'était mieux avant. NTM, Doc Gynéco, MC Solaar, etc., ça c'était du bon, du nouveau, de l'original. Maintenant, tous les morceaux de rap français se ressemblent.
Avec tous CE PUTAIN DE REFRAIN CHANTÉ À LA CON pour faire plaisir à Laurent Bouneau qui veut un truc doux et simple pour sa cible : les adolescents.
Bref, si le rap des années 2000 est si mauvais, c'est exclusivement la faute de Skyrock.

mercredi 6 avril 2011

Le Front Républicain ? La belle affaire…

Je suis un homme de gauche. Un jour, j'ai voté à droite. Mai 2002, bien sûr. Chirac-Le Pen. Je suis fier de l'avoir fait. C'était une façon de dire au monde : regardez, 82%, l'immense majorité des Français le rejettent.

Marine Le Pen ne sera certainement pas au second tour en 2012. Ce n'est qu'une bulle médiatique qui a largement le temps de se dégonfler (remarque, j'avais dit que l'effet Royal se dégonflerait forcément avant les primaires PS de 2006…).
Mais considérons tout de même l'hypothèse d'une présence de Marine Le Pen au second tour. Je ne voterai évidemment pas pour un candidat qui (comme elle) incarne la xénophobie.

Mais voterais-je forcément pour son adversaire ?

Si le candidat de droite était centriste (Borloo) ou de tradition gaulliste, avec tout ce que cela comporte de républicanisme et d'humanisme (Fillon), je serais fier d'aller voter pour eux pour faire barrage au Front National.
Sarkozy - Marine Le Pen : je voterai blanc. Quelle différence ? Souvenez-vous de l'expulsion des Roms l'été dernier. Les plus fidèles des sarkozystes (dont certains ministres), en service commandé pour le Château, ont versé dans un pur racisme, bien pire que ce qu'a pu dire Marine Le Pen sur cette même affaire. En fait, nous en sommes revenu aux années 80, quand les programmes RPR et FN différaient si peu. MLP ferait même presque moins peur que l'aile droite de l'UMP (Vanneste et compagnie, le CNI, le MPF, toute la droite dure de PACA).
Bref, je ne choisirai pas entre la peste et le choléra.

Évidemment, si c'est un candidat socialiste qui se retrouve face à Marine Le Pen, cela me facilitera les choses. Je voterai avec plaisir pour Royal ou Hollande… et sans doute même pour DSK, même si ça me ferait mal. Mais, jamais, non, jamais je ne voterai pour Martine Aubry.
Parce que c'est elle qui symbolise le mieux la soumission de la gauche à l'islam (ah, les horaires de piscine réservés aux femmes !). Et puis, tout le monde sait qu'elle n'est première secrétaire du PS que parce que la victoire a été volée à Ségolène Royal en trafiquant les votes… Bref, rien qui ne puisse m'inspirer confiance, au contraire.

Quand on est à tenter de faire croire le seul vote utile serait celui du candidat socialiste, que c'est comme cela et que cela ne se discute, cela en dit long sur leur vide idéologique. Qu'on me convainque de voter pour eux vraiment, avec des arguments politiques qui fassent mouche !

mardi 21 décembre 2010

Prières de rue

Les prières musulmanes dans les rues de Paris, cela doit faire plus d'un an que j'en ai entendu parler.
Cela me révolte. Que des religieux barrent des rues, entravent la liberté de circulation, juste pour pratiquer leur religion, est insupportable pour un laïque comme moi.

Ne nous mentons pas : entraver ainsi la circulation est illégal, ils font passer la loi de Dieu avant celle de la République, dans un but profondément politique. Faire pression sur les pouvoirs publics pour obtenir une mosquée. Une pression par le nombre, de plus en plus forte.
Dire que les musulmans n'ont pas d'autre lieu pour prier, c'est mentir. Ils ne sont pas obligés de prier dans la rue, ils le font pour emmerder le monde. Nombreux sont les fidèles de la rue Myrrha qui y viennent spécialement, depuis la banlieue, juste pour donner plus de poids aux perturbations. En face, un maire qui se couche, plus soucieux de sa réélection que de la défense de la laïcité.

Aujourd'hui, cela fait enfin débat. Grâce à une phrase de Marine Le Pen sortie de son contexte. Occupation. Marine aurait comparé les prières de rue à l'Occupation. Donc nazis, donc elle est bien comme son père.

Raté.
Tout d'abord, loin d'être comme son père, entourée de nostalgiques des nazis et de la collaboration, elle comparerait ses ennemis aux nazis. Plutôt un bon gros point Godwin comme le souligne Élisabeth Lévy. Et, comme cela a été expliqué dans Arrêt Sur Images (peu suspect de sympathie lepéniste), l'allusion faite à la seconde guerre mondiale était avant tout une pique à Gollnisch et ses dérapages négationnistes.

Je suis agacé par cette polémique.
Je l'ai souvent constaté en étudiant l'UDC (droite nationaliste suisse) : à attaquer inconsidérément les leaders du populisme de droite, à les accuser de racisme pour tout et souvent pour n'importe quoi, on ne fait que renforcer leur victimisation ("c'est tabou, on veut nous empêcher de parler"). Et au final, ils deviennent plus populaires.

Car le bon peuple français, il voit bien une lente islamisation. L'assimilation à l'envers, quand Diam's passe de la fille libérée en débardeur, à la fille soumise dont on ne voit plus que le visage et les mains.
Et les Français n'aiment pas ça. Non pas qu'ils soient racistes, comme les islamo-gauchistes tentent de nous le faire croire. Bien au contraire.
Non, ils sont attachés au modèle français, laïque, où la religion est d'ordre privée (et ne se pratique pas au milieu de la rue). Ils sont attachés à une conception du vivre ensemble.

La majorité (sans doute) des sympathisants de gauche, s'ils sont attachés à combattre le racisme (et notamment celui visant la communauté arabo-musulmane), le sont tout autant à la défense des droits des femmes et des homosexuels, à la liberté de croire ou de ne pas croire.
En consultant le détail d'un sondage Ifop/France Soir consacré à Marine Le Pen, on apprend que près d'un tiers des sympathisants du Front de Gauche (et j'en fais partie…) approuvent ces propos.
Et oui, les bouffeurs de curé n'aiment pas non plus les imams…

Il ne faut pas que la gauche se laisse enfermer dans le chantage à l'islamophobie. Mélenchon, Hamon, Fabius, etc. sont courageux sur ces questions. Mais il y a toujours une fraction de la gauche prête à cautionner l'intolérance quand elle vient de l'islam. Avec cette putain de manie du consensus, on en arrive toujours à des déclarations fades, sans courage.
Ne laissons pas à la droite populiste le monopole de la question.

mercredi 8 décembre 2010

Buylife, mensonges et mauvais goût pour la bonne cause

Keep A Child Alive (KCA) est une ONG américaine qui lutte contre le SIDA en Afrique.
Elle utilise régulièrement des célébrités américaines pour inciter les gens à donner pour cette cause.

Le 1er décembre dernier, journée mondiale de lutte contre le sida, était lancée l'opération Buylife. Alicia Keys et d'autres vedettes du show-business (Lady Gaga, Justin Timberlake, Usher, Lenny Kravitz), ont « sacrifié » leur identité numérique, en s'engageant à ne plus publier de messages sur Twitter tant que ne serait pas collecté un million de dollars.

L'opération a tourné au fiasco : 160 000$ le premier jour, mais moins du double au bout d'une semaine. À ce rythme-là, les stars ne risquaient pas de poster à nouveau sur Twitter avant fin janvier. Impensable pour tous ces égocentriques.

Heureusement, ils ont été sauvés par Stewart Rahr, un milliardaire philanthrope, qui a déboursé les 700 000 $ manquant pour atteindre le million. Le communiqué publié par KCA célèbre ce succès inespéré, et nous explique que le généreux donateur a découvert l'association au Black Ball 2010 (le gala caritatif annuel de KCA).

Mais une rapide recherche sur internet nous apprend qu'il a été honoré par l'association il y a 6 mois, comme étant un donateur très généreux depuis plus de 5 ans (avec notamment un million de dollars en 2007), et qu'il est membre d'un comité consultatif de la branche new-yorkaise de KCA.
Cela relativise la fable du riche industriel récemment convaincu par les actions de l'association.

Revenons maintenant sur l'échec de cette opération.

Tout d'abord, c'est d'un mauvais goût certain. Utiliser le thème de la mort de stars, en faire des gros titres, juste pour récolter de l'argent, c'est très racoleur.

Surtout, les vedettes impliquées se sont cru plus importantes qu'elles ne le sont réellement. Des millions de gens qui vous suivent sur Twitter, cela ne veut rien dire. Qui payerait pour rendre la parole aux soeurs Kardashian ?

Et puis il y a une certaine indécence à voir des artistes qui, pour certains, ont vendus des dizaines de millions d'albums (ce qui les a rendu très riches), réclamer de l'argent à leurs fans pour qu'on les « sauve ». Pourquoi, si cette cause est réellement si importante à leurs yeux, ne pas avoir donné 50 000$ chacun ? Les privilégiés qui font la leçon aux pauvres gens, forcément, cela passe mal.

samedi 11 septembre 2010

Maljournalisme : le besoin d'extrémistes

J'ai été frappé par l'emballement médiatique autour du pasteur américain menaçant de brûler le Coran. Comment les médias américains (et à leur suite, tous les médias du monde) ont fait de cet illuminé une star en quelques heures. Comment ils ont ainsi attisé le sentiment anti-américain des populations musulmanes, et mis en danger les GI en Afghanistan.

Les médias ont sans doute commencé à parler de lui, pour illustrer à la fois le 9ème anniversaire du 11 septembre, et la polémique sur la mosquée près de Ground Zero.

Fallait-il en parler ? J'ai du mal à répondre non, parce que la presse est libre et doit pouvoir raconter ce qu'elle veut.
Mais attention à la limite ! Rendre compte des propos d'un extrémiste, cela peut lui faire plus de publicité que de dégâts à son image.
Dieudonné l'a bien compris : il est devenu spécialiste des provocations destinées à faire parler de lui dans les journaux télévisés. Faurisson, Le Pen : à chaque fois les médias sont tombés dans le piège.

Un rôle essentiel de la presse est de hiérarchiser l'information. De nous aider à repérer ce qui est digne d'intérêt dans l'actualité.
Mais, trop souvent, elle « crée » l'information pour attirer le lecteur/auditeur/téléspectateur. Elle donne dans le sensationnalisme.

Et quoi de plus sensationnel, qu'un extrémiste ? Pourquoi inviter un intellectuel musulman modéré, quand on peut doubler son audience en préférant Tariq Ramadan (et sa propagande islamiste) ?
L'an dernier, après le vote suisse de l'initiative anti-minarets, j'avais relevé la nullité des reportages des journaux télévisés français sur le sujet : les seuls opposants à ce vote montrés étaient des islamistes… Pas de politiques de gauche ou de droite, pas de musulmans modérés.


Plus encore, les médias semblent obsédés par le racisme. Pourquoi Sarkozy s'en est-il pris aux Roms ? Parce qu'il savait que cela occuperait les médias, qui cesseraient de parler de l'affaire Woerth-Bettencourt.

Ah, on aime les faits divers avec un fond de racisme. On se jette dessus. Et quand on ne vérifie rien, cela donne l'affaire Marie-Léonie (RER D).

Et quand il n'y a pas de racisme ? Inventons-le ! On peut toujours trouver quelque chose, en cherchant la petite bête ! Si on se débrouille bien, un propos qui n'avait choqué personne peut devenir une affaire nationale.
L'exemple récent le plus frappant est cette polémique crée de toute pièce par l'Express, en sortant du contexte une phrase de Georges Frêche (la « tronche pas catholique » de Laurent Fabius) et en l'interprétant de manière ridicule (en l'accusant d'antisémisme).


Dénonçons l'intolérance. Mais de manière intelligente. Sans que l'indignation soit sélective. Sans en voir partout (hein, Rue89 !), ce qui finit par banaliser l'accusation de racisme.
Et sans répercuter les moindres provocations, sous peine de starifier des individus qui ne mériteraient que le mépris.

dimanche 15 août 2010

Karoutchi et les amalgames au fascisme et à Vichy

Je découvre que Roger Karoutchi, dans une interview au Parisien réclame « qu’on laisse Hitler, Mussolini et Pétain à l’histoire ».
Il se dit notamment « scandalisé de voir les responsables de gauche traiter le gouvernement de nazis, de fascistes, ou de vichystes ».

Je suis d'accord : je suis toujours profondément agacé par ces tentatives d'amalgame, de nazification de l'adversaire.
Si bien que j'en ai déjà parlé ici… à propos du même Roger Karoutchi. C'était il y a deux ans et demi, alors que Sarkozy était déjà au plus bas dans les sondages.
Un article du Nouvel Observateur nous en avait appris de belles. Le ministre s'était lâché.
Les journalistes ? (c'était après l'histoire du faux SMS « Si tu reviens j'annule tout" » publié par le Nouvel Obs)
Roger Karoutchi a comparé l'attitude des journalistes d'aujourd'hui à celle de la "presse des années 30" (…) "On a l'impression d'un vent de folie qui respire les années 30 avec ce que cela a de plus nauséabond". (…)
(Il) n’a pas hésité à assimiler les "attaques" contre Nicolas Sarkozy à celles subies par Jean Zay "mi juif, mi protestant" cible de la presse d'extrême-droite sous le gouvernement de Vichy. "Cela a contribué au fait qu'il soit assassiné", a-t-il même tenu à préciser.
Les adversaires politiques de Sarkozy qui avaient signé l'appel républicain de Marianne ?
"Il y a des types qui n'ont toujours pas accepté que Sarkozy gagne les élections. C'est du déni de démocratie"…et "du fascisme rampant".

Pour monsieur Karoutchi, il est donc scandaleux de « traiter le gouvernement de nazis, de fascistes, ou de vichystes », mais on peut le faire sans problème si cela concerne ceux qui osent critiquer le grand maître Sarkozy.

mardi 3 août 2010

Humour et liberté d'expression

Je suis tombé samedi après-midi sur Patrick Sébastien : portait d'un bluffeur, sur France 3. Le documentaire revenait notamment sous la polémique « Casser du noir ».

Plantons le décor. Nous sommes en 1995. Pendant des mois de campagne électorale (présidentielle et municipale), il avait été mis à l'écart, interdit de sketchs politiques, pour une séquence où Nicolas Sarkozy était le petit chien d' Édouard Balladur. Inconcevable pour TF1 (et pour son très balladurien directeur de l'information, Gérard Carreyrou, aujourd'hui éditorialiste ultra-sarkozyste de France Soir) qui fait clairement campagne pour le premier ministre.
Sébastien revient donc en septembre 1995, avec Osons. Le concept ? Beaucoup de provocation mâtinée d'humour potache. Et dedans, une parodie de « Casser la voix » de Patrick Bruel.
C'est « Casser du noir ». Aux paroles racistes puisque chantée en imitant Jean-Marie Le Pen.

Évidemment du second degré. Mais la droite balladurienne veut sa peau, et la gauche morale la voudrait bien aussi. Grosse polémique lancée par Le Parisien.
Finalement, plaintes de la LICRA et du MRAP. Et condamnation pour « incitation à la haine raciale ». On sait bien que c'est du second degré, mais c'est trop dangereux, des gens pourraient le prendre au premier degré.

Assez symbolique de la judiciarisation de l'humour apparue dans cette période-là. À la même époque, TF1 est condamnée pour une blague raciste dans les Grosses Têtes. Quelques années plus tôt, Henry Chapier, en poursuivant Éric Blanc pour une imitation un peu trop homophobe, faisait disparaître le comique noir de la télévision.

Je suis plutôt pour les lois encadrant la liberté d'expression, condamnant les propos racistes. Mais qu'on ne touche pas à l'humour, tant que celui-ci n'est pas qu'un prétexte (évidemment, si Le Pen, dans ses meetings, fait du racisme sous couvert d'humour, oui, là c'est condamnable). L'ordre moral m'emmerde terriblement.

Pour moi, il y a deux types de sketchs utilisant le racisme :
  • ceux basés sur des clichés racistes (Michel Leeb qui fait l'Africain ou l'Asiatique, voire, d'une certaine manière, le fameux sketch du colon israélien à papillotes de Dieudonné) qui ne me font pas rire ;
  • ceux caricaturant le racisme pour le dénoncer par l'absurde.
On peut citer notamment « Les vacances à Marrakech », sketch hilarant de Guy Bedos et Sophie Daumier, incarnant des touristes racistes se plaignant que la ville marocaine soit « pleine d'Arabes ». Mais tout le monde ne comprenait pas le second degré : face à quelques racistes emballés et quelques Arabes indignés, Bedos tenta d'abord d'expliquer le sketch, avant de le retirer de son répertoire, fatigué de tout cela.

Autre exemple, le fameux « On me dit que des juifs se sont glissés dans la salle ? » de Pierre Desproges. L'humoriste y va à fond dans les clichés, profitant qu'on ne puisse le suspecter d'antisémitisme. Assez révélateur de notre époque : lorsqu'une version officielle du sketch est publiée sur Dailymotion, c'est dans une version très coupée encadrée par une introduction d'Antoine De Caunes pour poser le contexte, et un reportage montrant que Desproges est vraiment contre l'antisémitisme… comme s'il était nécessaire de le préciser.

Finissons maintenant par Dieudonné. Qui a quasiment disparu de la télévision depuis son sketch du colon israélien sur Fogiel.
J'ai longuement parlé de Dieudonné et de sa dérive antisémite sur ce blog. Mais je fais parfaitement la différence entre le Dieudonné politique (qui a un discours franchement d'extrême-droite) et le Dieudonné humoriste (qui est sans doute le plus doué de notre époque).

Pour moi, le sketch chez Fogiel est anti-israélien, mais sûrement pas antisémite. Accessoirement, il est raté, pas du tout préparé, et le message politique qu'il contient est franchement navrant.

Je me souviens très bien de la polémique engendrée. Notamment d'avoir entendu à la radio, le lendemain, une auditrice faire appel à l'histoire de l'Holocauste, de manière à comparer guère subtilement le sketch d'un humoriste et les atrocités des nazis. Totalement stupide.
Malgré une affaire antérieure, rien ne pouvait alors laisser penser que Dieudonné était antisémite. Malheureusement, il nous a vite donné tort, qualifiant ses agresseurs de « négriers reconvertis dans la banque, le spectacle, et aujourd'hui l'action terroriste ».

Si je comprends que les télévisions ne veulent plus parler politique avec Dieudonné (à cause de tous ses dérapages antisémites), j'ai du mal à comprendre pourquoi se priver de son talent comique. Surtout vu le nombre d'humoristes pas drôles (Virginie Hocq, Jamel Comedy Club, Camille Combal, etc.) squattant notre télé.