lundi 30 novembre 2009

Maljournalisme : les JT français et la Suisse anti-minarets

Dans les JT français, on ne parle jamais de la Suisse. Sauf pour parler de tous les évadés fiscaux qui y cachent leur argent.

Aujourd'hui, la Suisse a voté majoritairement OUI au l'initiative anti-minarets, impulsée majoritairement par l'UDC (droite nationaliste), le premier parti de Suisse.

Reportage du 20h de France 2, à Genève : on nous explique que la population a "laissé s'exprimer ses peurs". Seuls responsables politiques interviewés :

  • pour le OUI : Pardo Soli, président de l'UDC Genève (alors même que le OUI à l'initiative atteind à peine les 40% dans le canton de Genève).
  • pour le non : Lucia Dahlab (voilée), et Hafid Ouardiri : deux des principaux acteurs de l'islam politique suisse.
Reportage du 19>20 de France 3 : "un virage à droite sans précédent". Seuls acteurs politiques interviewés :
  • pour le OUI : Walter Wobmann (UDC)
  • pour le NON : Taner Hatipoglu, président de la fédération des organisations islamiques de Zurich, parlant de "haine anti-islamique"
Reportage du 19:45 de M6 à Berne : "le vote de l'extrême", les "sirènes xénophobes", "extrême-droite", "affiche xénophobe". Seuls acteurs politiques interviewés (on est en Suisse allémanique, cette fois) :
  • pour le OUI : Ulrich Schlüer (UDC), un des initiateurs du référendum anti-minarets.
  • pour le NON : la même réaction de Taner Hatipoglu.

Je sais qu'il est compliqué de faire une présentation simple des faits en 2 minutes… mais je suis exaspéré par les simplifications plus qu'abusives. D'un côté, l'UDC présentée, non sans raisons (même si l'assimilation à l'extrême-droite est vraiment excessive), comme incitant à l'intolérance. De l'autre, ceux qui, en comparaison, paraissent forcément comme les gentils : les islamistes.

Pourtant, anti-musulmans et islamistes ne sont que les deux facettes d'une même intolérance.
Dans le camp du NON à l'initiative, il y avait les autres partis, de l'extrême-gauche à la droite libérale. Ce sont eux qui sont les vraies forces politiques s'opposant à l'UDC. Ils ont été ignorés superbement par les medias français…
En quoi la réaction d'un responsable socialiste ou radical suisse avait-elle moins sa place que les autres dans tous ces reportages ?

dimanche 29 novembre 2009

La Belgique et la présidence de l'Union Européenne

Herman Van Rompuy a quitté la tête du gouvernement belge pour devenir le premier président permanent du Conseil Européen.
Son remplacement par Yves Leterme, le leader flamand contreversé, s'est finalement fait sans douleur : depuis la grande crise politique de 2007, on sait qu'il est tellement compliqué de mettre d'accord francophones et néerlandophones qu'on garde (quasiment) les mêmes ministres à chaque changement du Premier (gouvernements Verhofstadt III, Leterme I, Van Rompuy, Leterme II).

Comme d'habitude, on remet soigneusement à plus tard les questions "communautaires" (en particulier Bruxelles-Hal-Vilvorde) tout en répétant qu'il est urgent de les résoudre.
Les hommes politiques belges le promettent : le "chantier" communautaire, c'est pour le premier semestre 2010. Promis, juré… comme depuis des années. Il est vrai que les francophones ont pratiquement épuisé tous leurs recours pour repousser le débat.


Mais surtout, une date-butoir se profile : le 1er juillet 2010, la Belgique prendra pour six mois la présidence tournante de l'Union Européenne. Et pas question d'exposer à toute l'Europe ses déchirements internes.

Soyons en sûrs : le débat ne sera pas serein. En 2007, la Belgique est restée 6 mois avec un gouvernement « en affaires courantes », la faute à un accord sur BHV qui n'est jamais venu.
On peut déjà imaginer que partis néerlandophones et francophones menaceront tour à tour de quitter le gouvernement pour arriver à leurs fins (respectivement la scission de BHV et l'élargissement de Bruxelles).

Que l'idée d'une Belgique ingouvernable devienne majoritaire en Flandre, et cela en sera fini du Royaume.
En effet, si les indépendantistes flamands purs et durs sont minoritaires, il y a en revanche beaucoup d'autonomistes qui envisagent aussi sereinement un avenir belge (où leurs revendications auraient été satisfaites) que l'indépendance (dans le cas contraire).

Une des issues possibles du débat communautaire est donc que le parlement flamand prenne acte du blocage belge et décrète son indépendance. Ce n'est qu'une possibilité, mais c'est celle que les flamands brandiront de plus en plus comme une menace au fur et à mesure de l'embourbement des négociations.

On peut donc déjà dire que la présidence belge de l'Union Européenne risque d'être un beau boxon non préparé. Même si la Belgique reste unie d'ici juillet 2010, cela serait un drôle de symbole de voir Van Rompuy et Leterme à la tête de l'Europe.
Ce qu'ils symbolisent, à travers leur parti, le CD&V, c'est le déplacement des démocrates-chrétiens, traditionellement moteurs de la construction européenne, vers le nationalisme ethniciste (flamand) au nom même de l'Europe et de l'effacement des états (Belgique).
Une raison de plus de détester ce qu'est devenue l'Union Européenne.

jeudi 19 novembre 2009

Belgique : Van Rompuy va partir et BHV va revenir

La Belgique est ingouvernable.

La tension est très forte entre flamands (néerlandophones) au Nord et francophones, les premiers exigeant plus d'autonomie, alors que les derniers veulent à tout prix conserver une Belgique unitaire.

Ce problème se cristallise particulièrement sur l'arrondissement électoral Bruxelles-Hal-Vilvorde, dernier héritage de la Belgique d'avant le fédéralisme, et sa scission impossible : les francophones réclament en échange l'élargissement de Bruxelles (majoritairement francophone) à quelques villes de sa banlieue, en Flandre mais majoritairement francophones, ce que refusent catégoriquement les Flamands.

Il y a plus de flamands que de francophones en Belgique, ce qui se reflète évidemment à l'assemblée. En novembre 2007, ils ont profité de cet avantage numérique pour voter la scission de BHV.
Pourtant, deux ans plus tard, la situation est toujours au point mort.

Il existe en effet, dans le réglement de la Chambre des représentants (article 102), une procédure de conflits d'intérêt : une région ou une communauté linguistique peut demander de suspendre l'examen d'une loi (ou d'un projet de loi) lorsqu'elle estime être gravement lésée par celle-ci ; cela repousse de 4 mois l'examen, le temps de débattre pour résoudre le problème.
Le parlement de la Communauté française de Belgique (wallons et bruxellois francophones) a donc enclenché cette procédure suite au vote flamand de novembre 2007. Mais comme cette question empoisonne la vie politique belge depuis une dizaine d'années, quelques mois supplémentaires n'ont rien changé.
Lorsqu'il aurait fallu aborder à nouveau la question au Parlement fédéral, c'est la COCOF (francophones du parlement de Bruxelles) qui a déclenché cette même procédure, suivie quelques mois plus tard par le Parlement wallon.

Il y a quelques semaines, ce 3ème conflit d'intérêt se terminait, et les francophones avaient épuisé toutes leurs possibilités. On allait enfin parler à nouveau de BHV.
Mais là, c'est le parlement de la communauté germanophone (quelques communes à l'est de la Wallonie, au bord de la frontière allemande) qui s'y est mis !

Le débat sur BHV aura donc lieu début 2010, enfin !
Mais les 2 ans supplémentaires offerts par la cascade de conflits d'intérêt n'ont servi à rien. La situation n'a pas bougé d'un iota : le point mort.
Pourquoi ? Après les élections législatives de juin 2007, il a fallu 6 mois pour former un gouvernement (en Belgique, les parlementaires sont élus à la proportionnelle, ce qui rend obligatoire les coalitions). À chaque fois, l'accord échouait, à cause des questions communautaires entre Flamands et francophones (BHV, essentiellement).
Jusqu'à ce qu'ils finissent par se dire qu'il était temps de former un gouvernement malgré tout, et qu'on réglerait BHV plus tard. Le leader flamand Yves Leterme, très populaire chez les siens et très impopulaire chez les Wallons, est enfin devenu premier ministre. Mais, dès qu'on a essayé de reparler de BHV, le gouvernement a failli ne pas y survivre, alors on a ensuite soigneusement évité la moindre évocation du sujet.

D'autant plus qu'une préoccupation encore plus importante s'est imposée : sauver les banques belges, très touchées par la crise mondiale. Dexia fut renflouée grâce aux Français, en échange de quoi Fortis Belgique fut offerte à BNP Paribas. Tellement n'importe comment (sans le moindre conseil d'administration de Fortis) que les juges ont annulé la décision, non sans révéler que Leterme avait exercé des pressions sur eux. Il dut démissionner, et fut remplacé au 16 par Herman Von Rompuy, un autre membre de son parti, bien mieux accepté par les francophones.

Les banques sauvées (Fortis étant finalement vendue à BNP Paribas, mais de manière légale cette fois-ci), le problème BHV mis de côté, un premier ministre consensuel… La Belgique commençait à tourner à nouveau à peu près rond.
Un an sans crise politique, voilà l'exploit (devenu majeur dans une telle poudrière) qu'avait réussi Herman Van Rompuy.

Mais voilà, sa capacité à gérer les situations compliquées a été remarquée par les autres pays de l'Union Européenne, qui ont décidé d'en faire le président du Conseil Européen. Ce qui prive la Belgique du seul homme arrivant à la gérer correctement, et ceci à quelques semaines du grand débat final sur BHV.

Et on parle déjà du retour d'Yves Leterme comme premier ministre…
L'année 2010 s'annonce explosive pour la Belgique.

vendredi 13 novembre 2009

Surprenant dépêche de Reuters

Les dépêches d'agence sont généralement assez neutres politiquement, puisque destinées à être reprises par des médias de tout bord.

Mais, parfois, certains se lâchent.
Ainsi, une journaliste de Reuters a pondu aujourd'hui un article dont le but manifeste est d'assimiler à l'extrême-droite toute évocation de l'identité nationale, et par là même Nicolas Sarkozy :

Le vocable d''"identité nationale", que récusent notamment ethnologues et démographes, a été introduit dans les années 1980 par Jean-Marie Le Pen, lorsque le FN a pris corps en France.
Je suis toujours partant pour critiquer Nicolas Sarkozy, mais moi, je tiens à éviter les arguments débiles.

Elle, elle préfère nous convaincre à la machette que Sarkozy s'inspire de Barrès (voire de Maurras !), et qu'il est donc nationaliste, et forcément héritier de Vichy.
En exaltant de nouveau contre toute attente, lors d'un discours jeudi à La-Chapelle-en-Vercors (Drôme), les symboles d'un des maîtres à penser du régime de Vichy (1940-1945), Nicolas Sarkozy a fini de creuser un sillon idéologique dont les ramifications tactiques ne laissent pas de doute.
Peu importe si Barrès citait les "caractères ethniques" différenciant "le Français de France de l'étranger", alors que Sarkozy dit, par la plume de Guaino, qu'on est Français "parce que l’on ne se reconnaît pas dans une race,(…) parce que l’on ne se laisse pas enfermer dans une origine".
"On comprend l'Histoire de France quand on accepte de vibrer avec le souvenir du Sacre de Reims et d'être ému par le récit de la fête de la Fédération", a déclaré Nicolas Sarkozy.
Là, Sarkozy reprend quasiment mot pour mot Marc Bloch, historien et grand résistant, mais la journaliste ne le signale pas. Pas plus qu'elle ne signale les références à Césaire et Senghor. Ca risquerait de compromettre sa démonstration Sarkozy=Barrès=Vichy.

Qu'on s'inquiète (légitimement) de l'exploitation par la droite de la peur des étrangers à quelques mois d'élections très mal engagées pour elle, c'est tout à fait normal.
Qu'on tape sur un gouvernement incapable d'assurer une intégration correcte des immigrés, c'est aussi tout à fait normal.

Mais qu'on ramène la moindre évocation de la nation au nationalisme, c'est stupide. Jean-Luc Mélenchon qui écrit sur son blog « Je suis patriote, républicain « jusqu’au bout », et jacobin par-dessus le marché. Je vais donc en parler de la France comme d’une passion brulante », qu'en pense-t-elle, notre journaliste ??

C'est tout aussi stupide de ramener toute célébration du terroir, des villages à Pétain ou à Vichy...  cela traduit surtout un mépris très parisien, très bobo, pour la campagne.

Ce qui est réellement choquant dans le discours de Sarkozy, c'est cette volonté répétée de remettre au devant de la scène le christianisme. Comme si les Lumières devaient tout à la religion…
C'est aussi cette attaque stupide contre une laïcité décrite comme anti-religions : il ne le dit pas ici, mais Sarkozy a déjà exprimé sa préférence pour une laïcité ouverte, en fait un paillasson des religieux.

Voilà le vrai scandale de ce discours !

mardi 3 novembre 2009

Hommage à Claude Lévi-Strauss

Claude Levi Strauss est mort. Et merde.

J'admirais la profondeur de ses réflexions, jamais simplistes ou manichéennes.
Critique de l'Occident, mais contempteur de "l'intolérance musulmane".

Tristes Tropiques a eu une place importante dans la construction de mes convictions personnelles. Pas tant pour les faits décrits que pour le recul qu'il apporte.

lundi 19 octobre 2009

Alicia Keys - Doesn't mean anything (vidéo-clip)

Le tout nouveau clip d'Alicia Keys, Doesn't Mean Anything, premier single de The Element of Freedom, le 4ème album studio qui sort le 1er décembre.

Il est sorti ce matin… Bon, niveau clip, ça ne vaut pas Like you'll never see me again mais la chanson se laisse très bien écouter.

samedi 17 octobre 2009

Diam's - l'évolution

1999, 19 ans, premier album, cheveux longs


2003, 23 ans, deuxième album, cheveux courts pour imiter Pink. Symbole des jeunes filles qui refusent le machisme violent imposé par leur milieu.


2009, quatrième album studio… No comment

Quand on n'a pas d'arguments… (2)

Il est fréquent de tenter de disqualifier les attaques politiques en faisant passer l'adversaire pour un intolérant.

Parfois, cela vient de la personne visée elle-même, comme Ségolène Royal accusant ses adversaires de sexisme ou Rama Yade prétendant être attaquée par la gauche en raison de sa couleur de peau.

Le pire, c'est quand cela vient de la garde rapprochée, des porte-flingues…
Les sarkozystes vont particulièrement loin dans ce jeu.
Karoutchi, alors que Sarkozy chutait dans les sondages à cause du bling-bling et de Kadhafi, n'avait rien trouvé de mieux que de comparer le président à Jean Zay, ministre du Front populaire victime d'antisémitisme, assassiné pendant la guerre.

Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, vient de faire particulièrement fort. Pressé de questions sur l'affaire Jean Sarkozy (l'auteur de chansons imposé par son père à la tête de la Défense (l'Epad) pour flinguer Devedjian), il a du mal à répondre.

Qu'on lui rappelle que le Dauphin n'a toujours pas sa licence à 23 ans, et il tente de vous faire passer pour un adversaire de l'emploi des jeunes et des non-diplômés. Argument également employé par Xavier Darcos, qui cite Pierre Bérogovoy et son CAP… en oubliant de préciser que celui-ci a du attendre 52 ans pour être directeur adjoint de GDF (en étant entré comme agent technico-commercial et en ayant gravi tous les échelons), 56 pour être ministre. Un parfait exemple de la méritocratie républicaine, tout le contraire de Jean Sarkozy, qui a droit à tout dès son plus jeune âge parce que son père est président.

Chatel finit par sérieusement déraper…

« On a vraiment le sentiment d'une chasse à l'homme. Tous ceux qui interviennent sur cette question, que veulent-ils ? Ils veulent interdire l'élection à un candidat de par son origine sociale, son nom, son faciès ? C'est ça la République ? Après son nom, son origine, sa jeunesse, je ne sais pas ce qu'on trouvera la prochaine fois, peut-être la race ou autre chose? Où va-t-on? »

En clair, si vous ne soutenez pas Jean Sarkozy, c'est que vous êtes anti-jeunes, donc intolérant, donc raciste. Quel raisonnement, monsieur le ministre…

jeudi 15 octobre 2009

Exclusif : Jean Sarkozy écrit des chansons !

Puisque Jean Sarkozy fait à nouveau parler de lui dans l'actualité pour sa possible nomination à la tête de l'Epad (la Défense), et qu'il fait actuellement l'objet d'un mème sur Twitter (#jeansarkozypartout), c'est le moment de ressortir cette information exclusive.

On le savait déjà, Pierre Sarkozy, fils aîné de Nicolas, est un passionné de musique : producteur de rap sous le nom de Mosey, on lui doit notamment Peace Maker, le dernier album de Doc Gynéco, dont l'échec a provoqué la fermeture du label Archambault Musique France.
On le sait moins, mais avant de se lancer à corps perdu dans la politique, son petit frère Jean a un temps hésité à suivre ses traces dans le monde artistique.

Oui, Jean Sarkozy a écrit des chansons !
Il les a même déposées à la Sacem ! Si !
Il suffit de consulter le catalogue de la Sacem et de rentrer Sarkozy Jean dans le critère Nom Prénom. Vous obtiendrez 7 résultats (cliquez sur l'image pour agrandir).

Jean Sarkozy a donc écrit, co-composé, et déposé à la Sacem, 7 chansons : Célibataires habitudes, Comme elle s'abîme, Comme le maquis (on sent la mère corse…), Jamais sûr, Loulou, Qu'on m'emmène, et Urban Spleen.

Ces chansons n'ont bien sûr jamais été rendues publiques. Si jamais vous pouvez les dénicher, vous tiendrez sans doute en main un sacré dossier…

Je dois cette information à Squegee, webmaster de brunobeausir.com (site sur Doc Gynéco), parti un jour à le recherche de titres éventuels de Pierre Sarkozy, et tombé alors, à sa grande surprise, sur un autre Sarkozy…

vendredi 9 octobre 2009

Frédéric Mitterrand - Publicité Opel (1988)

Le site de l'ina est une mine d'or…

Lien

jeudi 8 octobre 2009

Gauche, le nouvel ordre moral

Quand Frédéric Mitterrand est devenu ministre, j'ai très vite repensé à son livre La mauvaise vie.
Je n'ai pas lu ce livre. Le seul souvenir que j'en avais était une discussion avec ma grand-mère, qui nous expliquait avoir été choquée par l'émission de Mireille Dumas dans laquelle il était venu parler de son livre (et de ses expériences sexuelles particulières) ; choquée moins par ces expériences que par le fait qu'il vienne en parler en prime-time à la télévision.

Donc, quand Mitterrand a été nommé, j'ai cherché à en savoir plus, à fouiller toutes les critiques disponibles sur internet concernant ce livre. Ce qui en ressortait, c'est qu'il s'agissait de la confession douloureuse d'un homme qui n'a jamais trouvé l'amour, et qui en était réduit aux situations les plus glauques, payant jeunes thaïlandais ou marocains pour avoir du plaisir.
Décrire sa propre misère est quelque chose qui me touche, parce que je le trouve courageux… et au niveau artistique, parce que les sexualités particulières, les misères intenses, que l'on peut croiser sur internet, constituent un des sujets que j'aimerais aborder dans un roman.

Je me suis alors demandé combien de temps Frédéric Mitterrand pourrait travailler tranquillement sans qu'on lui ressorte cette histoire. Quatre mois. Je me doutais bien que ce serait de l'extrême-droite que viendrait la polémique.
Mais je ne pensais pas que cela ferait si grand bruit. Pas un instant j'imaginais que des responsables socialistes reprendraient l'histoire, et exigeraient même la démission du ministre !

Dans toute cette histoire, il y a une manipulation, transformant une « profusion de garçons » excitant Mitterrand (il utilise garçons pour désigner les hommes en général) en une « profusion de jeunes garçons », pour le faire passer pour un pervers pédophile.
Que Marine Le Pen, invitée reprenne les ragots d'internet sans vérifier, passe encore : on ne va pas demander à des fachos d'être honnêtes… Que des responsables politiques reprennent cela sans vérifier, c'est vraiment honteux.

Cette polémique a d'ailleurs montré que Marine Le Pen a bel et bien réussi son but : être une frontiste respectable, qu'on peut citer sans problème (alors qu'on vomissait la moindre parole de son père). Le nombre de blogs socialistes ayant repris la vidéo de Marine Le Pen à Mots Croisés, la plupart d'ailleurs sans distance, m'a sidéré.

Plus généralement, ce qui m'énerve, c'est quand la gauche veut être la championne de l'ordre morale (on en avait déjà eu un aperçu lors de l'affaire Orelsan).
Pourquoi ces socialistes participent-ils si facilement à la cabale contre Mitterrand ? Parce qu'il est ministre de Nicolas Sarkozy. Ce sont les mêmes qui défendaient Dany Cohn-Bendit, aux des propos autrements plus clairs et plus graves, lorsque ceux-ci avaient ressurgi au début du siècle.

Je crois en la dignité du débat politique. Se faire le relais d'une manipulation venant de l'extrême-droite dans le seul but de nuire au gouvernement de droite, c'est vraiment indigne et honteux.

mardi 6 octobre 2009

Foot, islam, et homophobie

On apprend qu'une équipe de musulmans pratiquants, le Créteil Bébel, a refusé de jouer contre
une équipe gay, le Paris Foot Gay (PFG). Cela secoue pas mal la blogosphère.


Cette histoire m'amène deux réflexions.

Tout d'abord, cela ne fait que confirmer que l'homophobie est importante dans "les banlieues" où l'islam, religion très homophobe, règne. Deux livres consacrés au sujet viennent de sortir : Homo-ghetto, de Franck Chaumont (au Cherche-Midi), et Un homo dans la cité de Brahim Naït-Balk (chez Calmann-Lévy)… entraîneur du PFG.

On préfère souvent cacher l'homophobie (et l'antisémitisme) dans ces cas-là. Refrain classique selon lequel "il ne faut pas stigmatiser les musulmans/les immigrés". Il ne s'agit pas de stigmatiser, simplement de dire la vérité en sortant d'une pensée manichéenne : oui, être victime de racisme n'empêche pas d'être soi-même intolérant. Et ce n'est pas davantage excusable.

Ce qui est inquiétant, c'est que le Créteil Bébel ne voit pas le problème. Si on refusait de jouer contre eux en donnant comme raison l'islam, ils crieraient à l'islamophobie, au racisme. Par contre, qu'on soit choqué de cette histoire, et le président du Créteil Bébel réclame le droit d'« affirmer » ses « convictions » sur l'homosexualité.

Non. Dans l'assimilation qu'on demande aux populations immigrées, il y a la tolérance envers les autres façons de vivre (religion, sexualité). Le refuser, c'est contrevenir à nos valeurs.


Je suis néanmoins gêné par cette affaire. Une petite histoire montée en épingle, comme par hasard pour la sortie du livre de l'entraîneur du PFG…

Surtout, un anti-communautariste comme moi a du mal à digérer l'existence d'équipes gays, musulmanes, juives, etc. Mais je sais que les clubs à l'origine communautaire existent depuis longtemps, certains s'étant même fait remarquer à un niveau très honorable (les Lusitanos de Saint-Maur en 3ème division, l'Union Sportive d'Origine Arménienne de Valence en 2ème). Je peux comprendre ce désir de s'amuser avec des gens proches, partageant une même identité… je le comprends, mais je regarde cela d'un oeil inquiet, ayant peur de l'enfermement communautaire.

De plus, si, comme je l'ai dit, être homophobe contrevient aux valeurs de tolérance que porte notre nation, il n'y a pas non plus de quoi en faire une affaire d'état. C'est beaucoup moins grave que toutes les agressions dont sont régulièrement victimes les lesbiennes et les gays en banlieue.
Et pourtant, on en parle beaucoup plus, parce que le PFG est un club de bobos ayant des relais médiatiques.
Qu'on s'enflamme sur ce problème accessoire (fût-il révélateur) alors qu'on ne parle presque jamais des agressions, cela me met vraiment mal à l'aise.

PS : les anti-pédés et anti-musulmans se lâchent. Attention, préparez le sac à vomi.
Criticus profite de l'affaire pour opposer homosexualité et religion musulmane, accusant la première de transformer l'Occident"en ramassis de lopettes à slime" et la seconde de "se rendre maîtresse de l'Europe" "par substitution de population" (et oui, il est obsédé par la défense de l'Occident). Il conclut en qualifiant l'homosexualité de "modèle de société mortifère car hostile à la reproduction". Mais non, ce garçon n'est pas d'extrême-droite…

dimanche 4 octobre 2009

Régionales et achat de votes

Il est évidemment interdit d'acheter les votes des électeurs, le député UMP Serge Dassault a d'ailleurs récemment fait les frais de cette interdiction. Par contre, faire des "cadeaux" fiscaux un mois avant les élections, apparemment, on peut.

Les prochaines élections, régionales, auront lieu en mars 2010, et s'annoncent compliquées pour la droite.
Le gouvernement, lui, a récemment affirmé que la taxe carbone, mise en place en janvier, sera compensée par une baisse d'impôt (ou un chéque "vert" pour les non imposables)… en février.

Peut-on croire au hasard ? On pouvait lire récemment dans Le Monde :

Aux élus réticents, qui craignent, à six mois des élections régionales, l'impact de la taxe carbone, le président a asséné un dernier argument : "les Français recevront un chèque en février, un mois avant d'aller aux urnes."

Un peu trop décomplexée, la droite sarkozyste…

jeudi 1 octobre 2009

11 septembre sur NRJ : « Ce jour-là y avait 4 000 juifs qui ont pas été bosser, apparemment ils ont été prévenus par le Mossad »


Dans l'émission qu'il anime tous les soirs sur NRJ, MiKL fait intervenir régulièrement les auditeurs pour les faire réagir sur l'actualité. Le vendredi 11 septembre dernier, entre un sketch et une discussion sur Secret Story, il a proposé aux auditeurs de parler du 11 septembre 2001, de ce qu'ils faisaient au moment où ils ont appris la catastrophe, et de comment ils ont réagi alors.

Bien évidemment, un auditeur profita de cela pour développer la théorie du complot. C'était une caricature du conspirationniste persuadé de détenir la vérité sur le 11 septembre, lue sur internet (« j'ai mené ma petite enquête… j'ai été sur les forums… j'ai tchatché un peu avec les internautes… et je pense que c'est une gigantesque manipulation »).
MiKL et son équipe, semblant croire eux aussi au complot, le laissèrent développer. Et, dès le premier argument qu'il tenta de donner, l'auditeur dériva vite…

Auditeur- Je veux pas passer pour un antisémite, qu'on me prenne pour Dieudonné ou quoi que ce soit, mais ce jour-là y avait 4 000 juifs qui ont pas été bosser, donc apparemment ils ont été prévenus par le Mossad, l'agence de renseignements israélienne, je sais pas si vous connaissez…
Membre de l'équipe de MiKL- Mais ça, ça veut rien dire…
Membre de l'équipe de MiKL- …Ça veut dire que les services secrets israéliens fonctionnent mieux que les services secrets américains.
Membre de l'équipe de MiKL- …Ça veut dire qu'ils étaient au courant de la possibilité d'une menace terroriste ce jour-là.
MiKL- Bah même les ricains…
Auditeur- Moi je pense qu'ils bossent ensemble…
MiKL (sentant le dérapage arriver)- Ouhla… tu fais quand même un gros… euh… Imagine deux secondes, y a des services secrets français qui préviennent l'ambassade de France aux États-Unis en disant « Bon, les mecs, on a eu des infos, on a prévenu les ricains qui veulent rien entendre parce qu'ils disent qu'on est cons, il va peut-être y avoir quelque chose dans le World Trade Center, ce serait bien que au moins les Français se cassent de là », bon, ça veut pas dire que les Français sont derrière l'histoire…
Membre de l'équipe de MiKL- …Et ta théorie, elle tient pas complètement, parce qu'il y a des mecs qui sont allés bosser.
Auditeur- J'ai jamais dit que les israéliens avaient quelque chose à voir là-dedans, mais bon…
MiKL- Ah, parce que moi j'ai compris ça, j'ai compris que t'avais dit « ouais les mecs ils sont tous dedans, les israéliens tout le bordel »… non, pas « les israéliens », « les juifs », c'est ce que t'as dit… enfin c'est ce que j'ai compris.
Auditeur- Ouais, les israéliens, on dit « les juifs », on s'est compris.
MiKL- Oui, bah oui, mais enfin c'est pas pareil !

L'auditeur se lança ensuite dans une explication bizarre, mettant encore en cause les israéliens : « Y avait des irakiens qui faisaient la fête… En fait c'est les israéliens qui leur ont balancé des bonbons ».
L'échange se termina par une discussion sur le fameux passeport d'un terroriste, retrouvé en bon état après le crash (ce qui n'a rien d'exceptionnel).

Qu'on accuse les israéliens (voire les juifs) d'avoir participé à un prétendu complot le 11 septembre 2001, cela fait (heureusement) réagir l'équipe de MiKL.

Mais qu'on dise que « 4 000 juifs n'ont pas été bosser, ils ont été prévenus par le Mossad », et cela passe presque comme une lettre à la poste, avec à peine une petite nuance (cela « ne tient pas complètement » parce qu'il y eut quand même « des mecs (des juifs) qui sont allés bosser »).
Par contre, le fait que le Mossad ait été au courant du jour précis de l'attaque semble acquis (« ça veut dire que les services secrets israéliens fonctionnent mieux que les services secrets américains »), tout comme le fait qu'il ait prévenu des juifs new-yorkais (MiKL justifie même cette démarche, avec l'exemple des services secrets français).

(d'après un commentaire de jerry sur egoblog.net)

PS : allez lire le meilleur site en français démontant la théorie du complot : bastison.net

samedi 19 septembre 2009

Mais non, il n'y a pas de dopage sur 100 mètres

On fait souvent croire que seul le cyclisme est un sport victime de dopage. Et l'athlétisme ? Quand les sportifs d'une nation règnent sans partage sur une épreuve individuelle, cela finit par un scandale de dopage.
Les athlètes est-allemandes (et des autres pays de l'Est) des années 80 ? Elles prenaient des hormones).
Les demi-fondeuses chinoises, imbattables en demi-fond entre 1993 et 1997, censées tirer leur force d'une mystérieuse "soupe à la tortue" ? Disparues des classements dès que quelques-unes se sont fait prendre aux contrôles anti-dopage.
Les Américains, maîtres du sprint autour des années 2000 ? Affaire BALCO.
Les Grecs ont ensuite repris le flambeau. Jusqu'à la fameuse fuite de Thanou et Kenteris devant un contrôle anti-dopage aux JO d'Athènes (2004).

Aujourd'hui, c'est l'heure des jamaïcains. Bolt champion olympique du 200
Les performances d'Usain Bolt (vainqueur du 100 mètres et du 200 mètres aux Jeux Olympiques de Pékin en 2008 puis aux championnats du monde de Berlin en 2009, battant chaque fois le record du monde) sont tellement non humaines qu'il n'est guère besoin de les commenter.
Ses compatriotes féminines se distinguent presque autant : triplé sur 100 mètres à Pékin, doublé (et quatrième place) à Berlin.
La prise d'hormone de croissance déforme la mâchoire. Bien sûr cela n'a rien à voir si Shelly-Ann Fraser, la championne olympique et du monde, porte encore un appareil dentaire à 23 ans. Vous saviez que Marion Jones et Kelli White, emportées par l'affaire BALCO, en portaient elles aussi ?

Le podium du championnat du monde était complété par l'américaine Carmelita Jeter. Elle vient, lors de la finale mondiale de l'athéltisme, de courir un 100 mètres en 10"67, ce qui en fait la 3ème femme la plus rapide de l'histoire, elle qui, jusqu'en 2008, n'était descendu qu'une seule fois sous les 11 secondes. À presque 30 ans, et après de nombreuses années de carrière, c'est un peu tard pour se découvrir de telles capacités physiques naturelles…
Rendez-vous compte, même la grande dopée Marion Jones a couru une seule fois plus rapidement de toute sa carrière (10"65, en 1998).

Le sprint s'est beaucoup accéléré ces dernières années.
Courir le 100 mètres en 11 secondes suffisait à accrocher le podium dans le nouveau millénaire. Mais, en 2009, ça n'a pas valu mieux que la cinquième place, loin de la gagnante.

De toute l'histoire de l'athlétisme, jusqu'au début de l'été, seules 4 femmes avaient bouclé leur 100 mètres en moins de 10"75 :

  • Florence Griffith-Joyner, 10"49 en 1988 ;
  • Marion Jones, 10"65 en 1998 ;
  • Christine Arron, 10"73 en 1998 ;
  • Merlene Ottey, 10"74 en 1996.
Une performance très rare, donc. Mais, depuis 2 mois, elles ont été rejointes par :
  • Kerron Stewart, 10"75 le 10 juillet (à Rome), puis le 17 août (à Berlin) ;
  • Shelly-Ann Fraser, 10"74 le 17 août (à Berlin) ;
  • Carmelita Jeter, 10"67 le 13 septembre (à Thessalonique).

Une telle densité de performance est irréelle, irréalisable à l'eau claire. Encore une fois, il faudra attendre que les dopés se fassent prendre…