Nouvelles du dopage

L'été dernier, j'avais publié plusieurs articles sur le dopage. Un sur le tour de France et deux sur l'athlétisme.

Le retour de l'été impliquant également celui des compétitions sportives majeures, il est l'occasion de faire le point sur la question.

Commençons par le cyclisme.
Après avoir appuyé pendant des années sur la lutte contre le dopage, pour réhabiliter un sport dont l'image avait abîmée par les affaires Festina, Cofidis, Landis, etc., tout le monde s'est mis d'accord pour déclarer que c'était du passé. Les organisateurs du Tour de France, les diffuseurs (France Télévisions), les instances (l'UCI) vous le répéterons : il n'y a plus de dopage. Est-ce vrai ?

Un bon indicateur est la performance des Français, généralement bien plus surveillés par leurs instances que leurs homologues espagnols, depuis les affaires dans les équipes Festina, Française Des Jeux, Cofidis… Car non, 6 espagnols dans les 10 premiers du Tour 2007, les succès de Contador, Nadal, de l'équipe nationale de football, ce n'est pas dû au « système de formation mis en place », comme semble le croire Rama Yade.
Six étapes remportées par des Français, c'est en tout cas un très bon cru.

Nous avons en tout cas droit à de grands efforts de France Télévisions pour de prononcer le mot même de « dopage ». Après une belle performance à Paris-Roubaix (Stefano Grazielli « pris dans la mouvance »), on a eu le droit à un reportage sur David Millar « sorti de la route », et un Alexandre Vinokourov célébré par Thierry Adam comme « un grand champion » (comme l'a très justement fait remarquer Cyclismag, le même journaliste déclarait « ne plus vouloir entendre parler de ce coureur » après son contrôle positif il y a 3 ans).

Mais, plutôt que d'employer des métaphores brumeuses, le plus simple reste de ne pas parler des affaires. Lorsqu'Alessandro Petacchi a remporté la 1ère étape du Tour, Thierry Adam nous a rappelé le palmarès de celui-ci, et dit qu'on ne l'avait plus trop vu sur les routes françaises ses dernières années. Sans expliquer que cette absence fût due à une suspension d'un an pour dopage (2007), puis à un retour dans une équipe mineure (LPR, spécialiste du recyclage d'anciens dopés) parce que les équipes majeures n'en voulaient plus.
Lorsqu'il a finalement remporté le classement par points, je n'ai pas entendu parler de l'enquête qui avait été déclenchée sur lui quelques jours plus tôt en Italie pour l'utilisation de substances interdites.

Retour à l'hypocrisie sur le dopage. Mais, sur la route, qu'en est-il ? Assez étonnamment, les étapes de montagnes n'ont vu aucune performance surhumaine (telle que l'incroyable montée de Verbier par Contador en 2009). Peu de performances suspectes. Plus de Bradley Wiggins dans la tête de la course. Pour que Contador et Andy Schleck se détachent vraiment l'un de l'autre, il aura fallu les étapes contre-la-montre (avantage Contador), ou des incidents de course (quand Contador a été retardé par les chutes sur les pavés, ou quand Schleck a fait sauter sa chaîne).

Alors, certes, on sait bien que Contador a débuté sous les ordres de Manolo Saiz, qu'il a été mêlé à l'affaire Puerto (cela lui avait valu d'être écarté du Tour 2006). Qu'Andy Schleck court dans l'équipe de Bjarne Riis, qui doit son palmarès à l'EPO (ah, la Gewiss ! ah, la Telekom !) et que son frère a eu des soucis pour un chèque au sulfureux docteur Fuentes. Et puis, oui, on s'emmerde un peu en regardant les étapes de montagne. Mais on a quand même moins l'impression de voir du chiqué.

Par contre, sur le plat, c'est autre chose.
Mark Cavendish a certes, il a racheté sa saison 2010 jusqu'alors ratée. Mais c'est en écartant son coéquipier Andre Greipel, qui semble désormais le dominer, de l'équipe. Surtout, on ne doit pas oublier ses exclusions récentes du Tour de Romandie (pour un bras d'honneur) et du Tour de Suisse (pour la chute qu'il a provoqué).

Mais surtout, parlons de Fabian Cancellara, un autre coureur sous les ordres de Bjarne Riis. On s'était déjà étonné qu'il se mette à passer les cols. Mais au printemps, il a remporté le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, si facilement que personne n'y croit. Antoine Vayer, ancien entraîneur des Festina, est clair :
« Quand j’entraînais l’équipe Festina à la fin des années 90, les coureurs étaient «boostés» à mort à l’EPO, anabolisants et autres hormones de croissance. Leurs performances n’arrivaient pas à la cheville de ce que réalise Cancellara. C’est tout simplement impossible humainement et sans aide extérieure »
La suspicion est d'ailleurs telle qu'on parle même d'un « dopage mécanique » (un moteur caché ?). Sans surprise, il a écrasé le prologue et le contre-la-montre.


Finissons par l'athlétisme.
Je vous expliquai il y a un an pourquoi je ne croyais pas que la domination de la Jamaïque sur le sprint soit naturelle. Au sujet de Shelly-Ann Fraser, championne olympique et du monde du 100 mètres, j'écrivais ceci :
La prise d'hormone de croissance déforme la mâchoire. Bien sûr cela n'a rien à voir si Shelly-Ann Fraser, la championne olympique et du monde, porte encore un appareil dentaire à 23 ans. Vous saviez que Marion Jones et Kelli White, emportées par l'affaire BALCO, en portaient elles aussi ?
J'apprends aujourd'hui, avec un peu de retard, que Shelly-Ann Fraser a été contrôlé positive lors d'un meeting d'athlétisme en mai, à l'oxycodone, un analgésique (anti-douleur) puissant, interdit par le Code mondial antidopage dans la catégorie narcortiques. Son excuse ? Une rage de dents. À quoi pouvait-elle être bien due ?

Les athlètes ont bien sûr le droit de se soigner. Mais ils doivent le déclarer obligatoirement à l'IAAF lorsqu'ils prennent ces anti-douleur. Ce que Fraser n'a pas fait.
Catastrophe en Jamaïque. Dans une communication aussi répétitive qu'une propagande de l'UMP, ses soutiens expliquent que le produit n'est pas listé comme améliorant les performances, ni comme agent masquant. Et même que cela ferait courir moins vite.
Mais soyons sérieux ! Certes, un médicament anti-douleur n'améliore pas directement les performances ; mais il permet de repousser les limites de la douleur. Donc, il peut permettre indirectement d'aller plus vite.

On sent déjà que la fédération jamaïcaine va se montrer très compréhensive à l'excuse de la déclaration oubliée, et se dépêchera d'enterrer l'affaire. Ne surtout pas remettre en cause les performances de ses sportifs quand ils brillent, c'est assez habituel (souvenez-vous des dizaines de contrôles positifs enterrés par la fédération américaine d'athlétisme dans les années 90). Comme la fédération slovène de cyclisme vient de le faire avec Tadej Valjavec.

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