lundi 30 avril 2007

Retour en 1967

Qui a dit ?
Dans cette élection il s’agit de savoir si l’héritage de mai 68 doit être perpétué ou s’il doit être liquidé une bonne fois pour toutes.
Je veux tourner la page de mai 68.
Ou encore
Je propose aux Français de rompre réellement avec l’esprit, avec les comportements, avec les idées de mai 68. Je propose aux Français de rompre réellement avec le cynisme de mai 68.
Ou
L’idéologie de mai 68 sera morte le jour où dans la société on osera rappeler chacun à ses devoirs.
L’idéologie de mai 68 sera morte le jour où dans la politique française on osera proclamer que dans la République les devoirs sont la contrepartie des droits.

Nicolas Sarkozy, le candidat UMP, dans son discours de dimanche, lors de son meeting électoral à Bercy.

Il y a beaucoup de choses à critiquer dans mai 68, notamment sur les conséquences néfastes que cela a eu sur l'enseignement.

Cependant, mai 68, c'est aussi un grand vent de liberté. Une révolution. Qui a apporté plein de bonnes choses. C'est aussi cela, l'héritage de mai 68. L'héritage de mai 68, c'est aussi toutes les mesures progressistes qui seront mises en place dans les années suivantes, sous Giscard ou sous Mitterrand : le droit des femmes, le droit à l'avortement, la fin du fichage des homosexuels, etc.

Je ne dis évidemment pas que Nicolas Sarkozy veut revenir sur ces mesures de progrès. Ce que je dis, c'est qu'à force de démagogie, Sarkozy se met à raconter n'importe quoi. Et cela fait peur.

Choix de civilisation

Dimanche prochain, il faudra faire un choix entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Entre la gauche et la droite. Entre les forces de progrès et celles de réaction. Entre la candidate du dialogue et celui de l'intimidation.
Lorsqu'elle était venue à Grenoble, Ségolène Royal avait parlé de ce choix ainsi :
Cette élection est un choix de civilisation entre l’humanisme et l’égoïsme, entre la fraternité créative et la concurrence destructrice, entre le respect pour chacun ou la guerre de tous contre tous.

En dehors de toute considération extra-politique, sur le danger de Sarkozy, il faut élire Ségolène Royal. Parce que, entre la candidate du Parti Socialiste et le candidat de l'UMP, c'est bien la première qui défend le mieux les valeurs républicaines.

Sarkozy n'est pas laïque, il est communautariste. C'est bien un choix de civilisation qui s'ouvre devant nous. Élire Sarkozy, ce serait amener la France sur la voie de la désunion. Notre Republique est belle et fragile. Ne la plombons pas.

Les électeurs hésitant entre Royal et Sarkozy, peuvent déjà comparer la façon dont ils traitent Bayrou : ouverture, dialogue pour Royal, arrogance, refus de dialogue et menaces chez Sarkozy (voyez comme les députés UDF se rallient a Sarkozy par peur que l'UMP présente un candidat contre eux aux législatives, et qu'ils perdent alors leurs sieges)

Le débat de mercredi sera déterminant. Je sais que Royal est en retard dans les sondages. Mais j'ai bon espoir que le débat permette aux Français de voir le vrai visage des candidats. Et que les électeurs puissent enfin comparer les 2 projets de société. Et qu'ainsi, la tendance des votes puisse se renverser. Je croise les doigts.

dimanche 29 avril 2007

Propagande honteuse de Nicolas Sarkozy

Vous vous souvenez de l'affaire H.B. ? En 1994, un homme prend en otage des enfants dans la maternelle de Neuilly, se faisant appeler HB, sans qu'on sache que cela signifie (on l'apprendra après qu'il soit abattu : Human Bomb, bombe humaine).

Sarkozy, alors maire de Neuilly et ministre du Budget, arrive rapidement sur les lieux. Il s'impose dans le processus, bien décidé à jouer les héros. Il va chercher des gamins, et les ramène devant les caméras.
Ce qu'il faut savoir, c'est que contrairement aux membres du RAID présents sur place, Sarkozy n'est absolument pas formé à la gestion d'une prise d'otages. Il agit sans réfléchir, juste pour pouvoir passer pour un héros devant les caméras.

Et bien, je l'apprends chez Versac, cette affaire ressort ce week-end, une semaine avant le second tour de l'élection présidentielle...
Une vidéo postée sur dailymotion par un certain sarkoheros (sic) utilise cet événement tragique, utilise l'image des enfants (évidemment sans aucune autorisation) : http://www.dailymotion.com/video/x1tber_sarkozy-human-bomb

C'est déjà un peu choquant. Mais ce qui est réellement scandaleux, c'est que l'équipe de campagne de Sarkozy envoie des dizaines de milliers de mails aux "supporters" de Nicolas Sarkozy en leur demandant d'agir sur internet pour faire la promotion de cette vidéo. Et on peut constater que les supportes sarkozystes sont de bons petits soldats, s'inscrivant sur Dailymotion exprès pour laisser un commentaire à la gloire de leur petit César.

Non seulement Sarkozy cherche à se faire passer pour un héros en utilisant un fait divers tragique, mais en plus, il s'agit d'un fait divers tragique où il a failli tout faire rater en agissant en dehors de tout processus normal mis en place par le RAID, juste pour se faire voir dans les journaux télévisés.

Les seuls vrais héros dans cette histoire, ce sont les hommes du RAID. Pour moi, cette tentative de manipulation de l'opinion est une nouvelle preuve que Sarkozy est un homme dangereux.

mercredi 25 avril 2007

Blog et présidentielle : effet RTBF

En consultant les statistiques de mon blog, j'ai constaté une hausse de la fréquentation le 22 avril : c'est normal, un jour où les gens cherchent des infos sur Google d'ordre politique, qu'ils tombent plus que d'habitude sur mon blog.

Non, ce qui m'a vraiment surpris, c'est le pic de fréquentation entre 18 et 20 heures.

L'explication ?
Les requêtes correspondantes sont blog rtbf, rtbf blog, et de nombreuses autres variations (majuscules, pluriel) sur lesquelles je suis dans les 4 premières réponses.
Rappelons qu'à cette heure-là, le site de la RTBf, comme tous ceux des medias belges d'importance, était inaccessible… 18 heures, c'est la publication (à l'étranger) des premiers sondages (sorties des urnes). Donc pic. 20 heures, les bureaux de vote étant tous fermés, les télévisions françaises révèlent le résultat du premier tour. Plus besoin d'aller le chercher sur internet. Donc fin du pic.

Au delà de l'anecdote, cela me donne l'occasion de donner des conseils sur l'utilisation de Google.

Comment trouver les résultats de l'élection en avance sur le web ?

Si vous cherchez de l'information très fraîche sur les blogs, n'utilisez pas Google !
Petite explication technique. Google ne parcourt pas tous les sites du web à chaque requête d'un utilisateur, ce serait bien trop long. Il utilise par contre un index (qui modélise les pages web). Quand vous tapez votre requête, Google parcourt les modèles des pages web, pas les pages web originales.
Cet index, Google le met à jour régulièrement, mais pas instantanément. Le délai se compte en heures, voire en jours, pour une page donnée. Donc, dimanche à 19 heures, il n'y a quasiment aucune chance que Google ait rajouté dans son index les pages web ayant donné les résultats des présidentielles dimanche à 18 heures.
Par contre, vu la prime que donne Google aux nouvelles pages, vous tomberez sur des pages vieilles de deux ou trois jours. C'est ainsi que, par exemple, le blog de ¥€$, qui de par sa longévité et son talent, a un très bon PageRank (un score de confiance calculé automatiquement par Google, qui rentre en compte dans le classement des résultats) a pu attirer à lui près de 100 000 visiteurs dimanche, en publiant des résultats (fantaisistes)… vendredi.

Le délai de la mise à jour de l'index est donc un problème pour les blogs qui complètent fréquemment leur contenu. Mais, à chaque problème sa solution. Sur la plupart des plateformes de blogs, quand vous publiez un article, votre plateforme envoie une notification (un ping) à des services web de mise à jour. C'est ainsi que les moteurs de recherche spécialisés dans les blogs, comme Technorati ou Google recherche de blogs, sont avertis qu'il faut venir indexer rapidement votre nouvel article.

On pouvait donc, dimanche soir, peu après 18 heures, trouver les résultats des sondages sortis des urnes sur des blogs. Mais, attention ! Tout le monde peut ouvrir un blog, notamment des plaisantins qui peuvent diffuser de fausses informations. Ne faites confiance qu'à une information sourcée : un lien vers un site (étranger, évidemment) crédible au niveau journalistique.

Le problème, dimanche soir, fut que des millions de gens étaient au courant que les médias belges ou suisses allaient donner les résultats sur leurs sites internet. Et qu'une bonne partie a voulu y aller. Résultat : quasiment tous les sites internet de médias belges, suisses, ou même québécois, étaient inaccessibles. Celui du quotidien belge Le Soir était même déjà difficilement accessible des dimanche matin !

Seul 20minutes Suisse a à peu près tenu le choc dimanche, et Le Temps qui avait prévu le coup en affichant une simple page d'accueil avec les résultats, sans images, afin de soulager ses serveurs. On peut penser que les autres sites seront plus prévoyants le 6 mai.

Mais, si cela se reproduit dans deux semaines, pensez aux sites non-francophones. Si le 6 mai, vers 18h-19h, vous voyez sur le site d'un média allemand, italien, espagnol, etc. un titre commençant par "Ségolène Royal", accompagné de la photo de la candidate socialiste, vous n'aurez pas besoin de connaître la langue pour comprendre qui est le vainqueur ;)

dimanche 22 avril 2007

Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy au second tour : ma réaction

Aujourd'hui, étant au Japon, j'ai voté par procuration. Cela fait bizarre : je ne sais pas à quelle heure ma mère a placé mon vote dans l'urne, je n'ai pas donc pu me dire "a voté".

Je me suis couché tôt, j'ai dormi deux ou trois heures. Histoire de pas être trop crevé par la nuit que je vais passer : il y a 7 heures de décalage horaire. Les résultats de 20h, je les entendrai à 3h du mat.

À 1h (18h en France), dur de résister à la tentation de chercher les résultats sur les sites internet étrangers. Pas facile : la plupart sont inaccessibles, leurs serveurs étant surchargés à cause de l'évènement.

Je finis par les trouver. Comme prévu, Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy au second tour, François Bayrou et Jean-Marie Le Pen loin derrière.

Je pense aux camarades bayrouistes qui nous expliquaient que François Bayrou pouvait devancer Ségolène : je ris doucement, même si je sais que c'est mal ;)

Participation record. Tant mieux. Le peuple de gauche s'est mobilisé pour Royal, grâce a la peur du 21 avril et des sondages donnant Bayrou pas très loin. Et puis surtout, les têtes sont nouvelles : ni ancien président, ni ancien premier ministre. Les Français s'abstenaient en se plaignant de voir toujours les mêmes têtes ; ayant été entendus, ils retournent aux urnes.

Petits candidats, petits scores. C'est la fin du fameux vote-sanction.

Buffet. Il y a 5 ans, avec le score de Hue, on donnait déjà le parti communiste mort. Buffet a fait pire. Là, c'est fini. Les prochaines années verront sûrement une grosse recomposition de la gauche "anti-libérale", ça promet un gros bordel.

Voynet. Elle fait bien moins que Mamère en 2002, que Voynet en 1995, que Waechter en 1988, que Lalonde en 1981. Les Verts repassent même derrière le PCF. Ce n'est pas du qu'au vote utile ou au bruit créé par Nicolas Hulot. Les Verts payent leurs errements du début du siècle : en passant leur temps à s'entre-déchirer, et à parler de tout sauf d'écologie (mariage gay), ils se sont décridibilisés, passant au statut d'espoirs déçus. Gros échec électoral, mais on avait vu les premiers signes aux européennes en 2004. Seule satisfaction : elle reste tout de même devant Nihous, le candidat anti-écolo de CPNT.

Laguiller. Pire score de toutes ses candidatures, loin de 1995 ou 2002. Loin derrière Besancenot, seul petit candidat à confirmer sa performance de 2002 (score similaire, mais plus de voix). Arlette est tout simplement passée de mode. Tant mieux : la LCR est quand même bien plus fréquentable que LO.

Le Pen. 5 millions de voix, comme d'habitude. Comme pour Laguiller, le fait que ce soit sa dernière participation l'a sans doute range inconsciemment dans le cerveau des Français comme un candidat du passé, et l'a empêché de recruter de nouveaux électeurs. Il souffre surtout de la hausse du corps électoral et de la grosse participation, perdant mécaniquement plusieurs points. On avait peur qu'il augmente encore avec la respectabilité cherchée par sa fille. C'est raté. Moins bon score qu'en 2002, 1995, 1988. Tant mieux.

Bayrou. Très bon score, mais la dynamique centriste a eu des limites. Loin, loin de la seconde place. Bayrou ne peut appeler à voter Sarkozy, alors que la rupture entre UDF et UMP est la base de sa candidature. Mais pour Royal non plus : il ne s'est pas libéré de l'UMP pour se se vendre tout de suite au PS.

Royal. 25,7%. Elle est soutenue par le Parti Socialiste, le Mouvement Républicain et Citoyen, et le Parti Radical de Gauche. Les candidats de ces 3 partis en 2002 ont fait 24% au total. Les voix récupérées grâce au vote utile permettent de compenser celles parti chez Bayrou.

Y aura-t-il un accord Bayrou-Royal ? Je n'y crois pas. Bayrou veut son indépendance. Et puis son programme, de droite, n'est pas du tout compatible avec celui du PS pour créer un éventuel accord. Par contre les Kouchner ou Rocard, en appelant a un tel accord, peuvent permettre de faire le lien entre PS et UDF, comme Borloo peut le faire entre UDF et UMP.

Sarkozy. Très bon score. Mais aucun autre candidat de droite (Bayrou, De Villiers, Le Pen) n'appelle à voter pour lui, alors que toute la gauche et l'extrême-gauche (même Laguiller !) se range derrière Royal par anti-sarkozysme. De toute facon, les voix de ces candidats ne lui sont pas du tout acquises : une bonne partie des bayrouistes votera sans doute Royal (surtout si la campagne se transforme en un "tout sauf Sarkozy"), et les lepenistes auront du mal à se reporter sur un candidat issu de l'immigration.

En conclusion, Sarkozy n'est pas si assuré que ça de gagner. Ouf.

Le débat télévisé le 2 mai sera déterminant. Royal a battu les redoutables Fabius et DSK. Face à Sarkozy, le candidat qui monte une partie de la France contre une autre, elle peut gagner en étant la Marianne, celle qui rassemble.

mardi 17 avril 2007

Votez Ségolène Royal !

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Ségolène Royal est la seule candidate qui peut faire avancer les combats progressistes.
Et ceux qui sont tentés par le vote Bayrou doivent bien se rendre compte que le programme du candidat centriste est du Sarkozy light.

Au niveau social :
  • Ségolène Royal est pour la hausse du Smic, pour l'abrogration du CNE, Bayrou est contre, comme Sarkozy.
  • Le programme économique de Bayrou, comme Sarkozy, est néo-libéral : moins prendre aux riches (forte baisse de l'ISF, réduction des droits de succession), et compenser en prenant plus aux moins riches (hausse de la TVA). Celui de Ségolène Royal est contre toutes ces mesures de droite.
Au niveau sociétal :
  • Pour la liberté de l'orientation sexuelle : Ségolène Royal est la seule candidate qui mettra en place une égalité totale de droits entre couples homosexuels et couple hétérosexuels.
    Rappel: Bayrou, comme Sarkozy, avait voté contre le Pacs.
  • Pour la laïcité. Ségolène Royal, après quelques erreurs, a pris conscience de son importance. Bayrou, non. Quand Bayrou était ministre de l'éducation nationale, il voulait favoriser l'école privée (catholique) contre l'école publique (laïque) : il a mis 1 millon de personnes dans la rue contre lui, et le conseil constitutionnel a censuré la loi parce qu'elle allait contre le principe constitutionnel de laïcité. Et lui n'a pas changé : il y a moins de 3 mois (le 25 janvier), il déclarait "Personne ne peut soupçonner en moi un ennemi de l’enseignement privé. J’ai pris suffisamment de risques pour être objectif et compréhensif en la matière pour pouvoir prétendre que je suis partisan de la liberté de l’enseignement". Le pire reste Sarkozy, l'homme qui a offert aux intégristes de l'UOIF une place préponderante dans l'islam français.
    Rappel : Bayrou a refusé de voter en faveur de la loi sur les signes religieux (contrairement à Royal).

La seule personne, parmi les principaux candidats, qui porte les valeurs des combats progressistes, c'est Ségolène Royal.

samedi 14 avril 2007

"Oui, nicolas sarkozy est dangereux"

Je n'aime pas qu'une campagne se joue sur la peur. Cela a été fatal à Jospin en 2002.

Mais là, on ne peut rester sans rien dire. Alors qu'un homme dangereux comme Nicolas Sarkozy risque d'être élu à la présidence de la République. Il faut que les Français qui hésitent encore entre lui et un autre candidat sachent ce à quoi cela nous exposerait s'ils portent leur voix sur le petit César.

Je l'ai déjà dit, je ne suis pas du genre à taper bêtement sur Sarkozy, à le traiter de facho alors qu'il n'en est pas un.
Je pourrais taper sur les idées de Sarkozy, mais je suis convaincu que cela joue très peu dans une élection présidentielle, qu'en fait tout se joue sur la personnalité des candidats.
Il faut donc dénoncer la personnalité dangereuse du candidat de l'UMP.

Achetez le Marianne de cette semaine, avec ses 12 pages qui démontrent que Sarkozy est dangereux, fou.
Lisez-le, faites-le lire. Les gens qui ne suivent pas en détail la campagne apprendront plein de trucs.
Il faut vraiment que les gens puissent prendre conscience du danger sarkozyste.

Pour conclure, je reproduis ici un excellent éditorial du quotidien belge Le Soir, fait avec le recul de l'étranger
Oui, nicolas sarkozy est dangereux
Joëlle Meskens

Jusque-là, nous ne l'avions pas écrit. Parce qu'il demeure exceptionnel que Le Soir prenne position dans une élection, comme il l'avait fait pour soutenir John Kerry face à George Bush aux Etats-Unis.

Cette fois pourtant, on ne peut plus rester sans le dire. Oui, Nicolas Sarkozy est dangereux. Parce que le candidat de l'UMP à l'Elysée a franchi la ligne rouge. Ses propos sur le caractère inné de la pédophilie ou de la tendance suicidaire bouleversent tous les principes de l'humanisme. La société ne servirait donc à rien ? A quoi bon alors l'éducation, la famille, l'amour, l'apprentissage de la tolérance, si le seul destin décide de faire d'un homme un héros ou un monstre ? Ses propos sur l'Allemagne, prédisposée à s'abandonner au nazisme, sont tout aussi écoeurants. Et que dire de cette phrase, entendue en meeting : « La France n'a pas à rougir de son Histoire. Elle n'a pas inventé la solution finale. » Aurait-il oublié que la France a collaboré ? Que Vichy a livré des Juifs aux nazis ? Jacques Chirac a beaucoup de torts. Mais il a eu ce courage, lui, de reconnaître la responsabilité de l'Etat français pour la collaboration.

Ce virage complète chez Nicolas Sarkozy une posture résolument populiste. Combien de fois, lorsqu'il était à l'Intérieur, n'a-t-il pas accusé les juges de ne pas en faire assez, violant ouvertement la séparation des pouvoirs ? Sa mainmise sur les médias ne laisse pas d'inquiéter, elle aussi, obtenant ici le limogeage d'un directeur dérangeant, discutant là de l'embauche d'un journaliste chargé de couvrir l'UMP. Et que dire de ses déplacements de campagne ? Non seulement il ne peut plus se rendre en banlieue, là où Jean-Marie Le Pen se promène désormais, mais même dans des quartiers moins chauds comme la semaine dernière à la Croix-Rousse à Lyon, il doit reculer par crainte des manifestants.

« Prendre des voix au Front national, est-ce mal ? », interroge Nicolas Sarkozy. Non, bien sûr, au contraire. Mais à condition de ne pas séduire ses électeurs avec les mêmes mots. Au soir du premier tour, le candidat de l'UMP se félicitera peut-être d'avoir asséché le terreau électoral de Jean-Marie Le Pen. Mais à quel prix ? Celui, affolant, d'une lepénisation des esprits.

vendredi 13 avril 2007

Cristallisation

Ces derniers jours sont déterminants.
C'est maintenant que les indécis vont faire leur choix.

À mon avis, les dérapages répétés du petit César (gènes de la pédophilie et du suicide, une excessive anti-repentance), tous les dossiers qui ressortent (son appartement, ses actes en faveur de la scientologie, etc.) vont faire peur aux modérés indécis, tout comme ses discours pointant du doigt une France supposée être profiteuse.
Je l'ai déjà dit plusieurs fois sur ce blog, je considère qu'il y a un risque de dérive autoritaire si Sarkozy devient président. L'actualité récente me conforte encore plus dans cette idée, dans cette peur.
J'ai réellement peur de l'élection éventuelle de Sarkozy. Beaucoup plus que si cela avait été un autre candidat de droite. Et je pense que je ne suis pas le seul à avoir peur.

Je pense qu'il sera au second tour face à Ségolène Royal. Qu'entre la figure maternelle rassurante que represente la candidate socialiste, et la folie de Nicolas Sarkozy, les électeurs se reporteront davantage sur Royal. Ce n'est pas ce que disent les sondages actuellement. Mais les sondages sur le second tour n'ont guère de sens avant le premier tour, surtout lorsqu'on ne sait pas qui sera au second tour.

jeudi 5 avril 2007

La honteuse démagogie divisante du petit César

S'il y a une chose que je ne supporte pas en politique, c'est lorsqu'un homme utilise des raccourcis scandaleux pour faire passer ses adversaires pour des dangereux ennemis de la nation. C'est cette phrase stupide de George W. Bush qui disait que "ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous".

C'est ce que fait Sarkozy depuis longtemps. Mais là, dans la campagne, cela devient carrément honteux.

Ça avait commence par des sous-entendus, lorsqu'il était allé à Rungis "parler à la France qui se lève tôt", pour faire comprendre que lui était le candidat de ceux qui bossent, pas comme ces socialistes qui défendent les branleurs.

Ça a continué par sa réaction aux attaques de Royal et Bayrou sur son bilan comme ministre de l'Intérieur suite aux émeutes de Rungis. Sarkozy, qui n'a pourtant pas de quoi la ramener (les chiffres de la violence contre les personnes ne cessent d'augmenter), a le culot d'affirmer que ses adversaires "ont pris le parti des émeutiers et des fraudeurs", que "si certains sont du côté des fraudeurs, moi je suis du côté de tous ces honnêtes gens qui payent leur billet".

Ça continue encore, il y a quelques jours par cette phrase "Je veux dire aux Français qu’ils auront à choisir entre ceux qui aiment la France et ceux qui affichent leur détestation de la France" qui vient quelques minutes après cette phrase stupéfiante "Je suis de ceux qui pensent que la France n’a pas à rougir de son histoire. Elle n’a pas commis de génocide. Elle n’a pas inventé la solution finale". Nos voisins allemands apprécieront. Dire que, de tous les candidats, c'est le plus fervent partisan de l'Europe dans sa version actuelle (libérale).


Sarkozy se fait passer pour le candidat de "la France qui se lève tôt", des "honnêtes gens qui payent leurs billets", de "ceux qui aiment la France", en montrant du doigt une autre France, qui se lève tard, fraude et déteste la France, et qui serait défendue par ses adversaires. Quand il s'affirme être le candidat de la France honnête, il sous-entend que ceux qui ne voteront pas pour lui sont du côté des malhonnêtes.
Cela est tout simplement honteux.

J'ai déjà dit que je pensais qu'il y avait un "risque de dérive autoritaire si Sarkozy devient président". Ce genre d'interventions de Sarkozy me confortent dans cette crainte.

Votez pour une candidate qui veut rassembler tous les Français, pas un candidat qui nous divise en bons et mauvais Français.