jeudi 25 octobre 2007

Suisse : la proportionnelle avec apparentements

…ou comment, à Genève, le PS envoie plus de députés que l'UDC, en ayant reçu moins de suffrages.

Discutant l'autre soir avec une amie genevoise des résultats électoraux dans son pays, et de son canton en particulier, j'ai été surpris de voir que le PS y avait obtenu 3 députés pour 18,04% des voix, quand l'UDC n'en avait que 2 pour 19,81%.
J'ai essayé de comprendre le système en vigueur et j'y suis arrivé !
En fait le système suisse permet l'apparentement : des partis peuvent décider de s'allier, et ne compter que pour un seul bloc lors de la répartition des sièges.

Le plus simple est de prendre un exemple : celui du canton de Genève aux élections pour le Conseil National, dimanche dernier.
Environ 110 mille électeurs qui doivent attribuer 11 sièges, ça fait au total 1 164 923 suffrages. Pour la répartition, il faut calculer un nombre électoral, et on prend l'entier supérieur au quotient obtenu : 1 164 293/(11+1), ça donne un "nombre électoral" de 97 025 pour obtenir un siège lors de la première répartition.
Ensuite, on attribue les sièges restant en calculant le quotient électoral de chaque liste : (nombre de suffrages)/(nombre de sièges déjà obtenus+1) : ça correspond au nombre de voix moyen que "consommerait" le parti. On attribue le siège au parti ayant le plus gros nombre électoral, et on recommence les calculs pour attribuer le siège suivant jusqu'à ce qu'ils aient été tous distribués

Voilà ce qu'aurait donné le scrutin sans les apparentements : 1 député pour les partis ayant entre 90 et 120 mille suffrages, 2 pour ceux entre 170 et 210 mille, et 3 pour le parti ayant le plus de voix (UDC, environ 230 mille). Rien de très surprenant (le résultat aurait été similaire si le PS et l'UDC n'avaient présenté qu'une seule liste).

On peut constater qu'en additionnant les voix des listes solidaritéS, Communistes Nouvelle Génération et Parti du Travail Genevois, on arrive plus de 87 000 voix (presque le seuil pour avoir un député), qui ne serviraient à personne puisqu'en-dessous du seuil.
C'est là l'intérêt de l'apparentement : permettre à des coalitions de partis d'espérer récolter plus de députés que le total de ce que les listes indépendantes pourraient obtenir.
Ensuite, la distribution des sièges au sein d'un apparentement (ou d'un sous-apparentement) se fait de la même manière qu'au niveau précédent (1ère répartion d'après le nombre électoral de l'apparentement, 2ème répartition avec les quotients électoraux).
Au sein d'un apparentement, il peut y avoir des sous-apparentements, typiquement 2 listes d'un même parti (le PS et sa branche jeune) ou d'une union électorale (Union Libérale-Radicale, À Gauche Toute ! - solidaritéS et les communistes NG-) qui ne comptent que pour une seule formation lors de la répartition des sièges au sein des apparentements.

Voilà maintenant ce qui s'est passé grâce aux apparentements :
Vous vous souvenez des 87 mille voix communistes qui ne servaient à rien ? Et bien, là elles servent : elles permettent à l'apparentement de gauche d'obtenir 5 députés, là où les partis seuls n'en auraient eu que 4. Et l'UDC, apparentée seulement avec sa branche internationale, fait les frais de cet isolement, ne récoltant plus que 2 sièges.
Dans l'apparentement de gauche, 2 sièges vont aux Verts et 2 au PS lors de la première répartition, le dernier siège étant également récupéré par le PS (quotient électoral de 74 171 contre 65 641 à l'union À Gauche Toute !).

Le sytème de répartition par apparentement paraît donc ainsi mieux refléter le poids politique de chaque sensibilité. Mais ces calculs compliqués aboutissent à des résultats bizarres.
Les Verts sont en progression de plus de 5 points par rapport à 2003, alors que les socialistes reculent de près de 6 points. Cela permet aux Verts de gagner 1 siège. Aux dépens du PS ? Non, à ceux de solidaritéS, pourtant en bien plus faible recul que les socialistes.
C'est même grâce aux voix des partis situés à sa gauche que le PS se maintient (à travers les systèmes d'apparentements) comme le premier parti du canton en terme de députés, alors même qu'il ne l'est plus en terme de suffrages !

L'obsession anti-juive des Ogres

Que peut-on lire aujourd'hui sur tous les sites et blogs dieudonnistes, grâce au "TeleScriptOgres" qu'ils affichent ?
Ceci…
Pour ceux qui ne suivent pas l'émission, Sevan est le fils du réalisateur Henri Verneuil (La Vache et le Prisonnier, Mélodie en sous-sol, Le Clan des Siciliens, Peur sur la ville, etc.), d'origine arménienne.
Mais pour les Ogres, un garçon au visage moyen-oriental qui habite le 16ème arrondissement de Paris, ce ne peut être qu'un juif.
Et sioniste, bien sûr, pour tenter de tempérer l'antisémitisme de la remarque. Même s'ils ignorent tout des opinions de ce garçon, mais ils le décrètent forcément sioniste, pour la simple raison qu'ils le croient juif. J'ose même pas imaginer ce qu'ils penseront d'Alexandra (Cohen)

Pas surprenant venant d'un réseau de sites affirmant régulièrement qu'il y a 70% de juifs et 90 % de néosionistes à la télé : les dieudonistes voient des juifs partout.

lundi 22 octobre 2007

Suisse : la droite nationaliste (UDC) remporte largement les législatives

Projection résultats des législatives suisses du 22 octobre 2007 - Le tempsLes résultats des législatives suisses (qui se déroulaient aujourd'hui) sont assez désepérants : l'UDC, le parti de la droite nationaliste suisse, approcherait les 29% des voix, le plus gros score d'un parti suisse depuis 1919 !
Le parti qui s'était d'abord développé dans la Suisse allémanique, progresse aussi en Suisse romande (francophone).

En même temps, le Parti Socialiste Suisse (PSS) perd plus de 6 points par rapport à 2003 (au profit notamment des Verts), dépassant à peine les 19%. S'il conserve la deuxième place, il est désormais à presque 10 points de l'UDC.
Après la France et la Belgique, c'est un nouvel échec pour les socialistes francophones.

Cela se traduit au niveau du Conseil national (la chambre basse de l'Assemblée : le PS perdrait 9 sièges alors que l'UDC en gagnerait 7. S'il jouait jusqu'ici un rôle de contrepoids (avec 52 députés contre 55 à l'UDC), le parti socialiste n'est aujourd'hui plus du tout en mesure de disputer le leadership : il a désormais 19 sièges de moins que l'UDC.

Le centre de gravité politique de la Suisse s'est encore plus déporté vers la droite nationaliste. Relativement inquiétant. Affaire à suivre d'un œil attentif !

samedi 20 octobre 2007

Suisse : élections législatives fédérales le 21 octobre 2007

Après vous avoir expliqué le système législatif belge, je vais tenter de vous expliquer rapidement celui de la Suisse, où se dérouleront demain les élections législatives fédérales.

La Suisse est un état fédéral, actuellement divisé en 26 cantons jouissant d'une forte autonomie. Jusqu'à la nouvelle constitution adoptée en 1999, 6 d'entre eux étaient considérés comme des demi-cantons, étant issus de la scission de cantons historiques.

Chaque canton a sa propre constitution, son propre parlement (appelé le plus souvent "Grand Conseil" dans les cantons francophones), son propre gouvernement ("Conseil d'état" dans la plupart des cantons francophones) et son propre pouvoir judiciaire.

Ces cantons servent de circonscriptions électorales pour les élections législatives. Il y a deux chambres qui exercent le pouvoir législatif en Suisse.

La chambre basse de l'Assemblée Fédérale Suisse est le Conseil National. Chaque canton envoie un nombre de députés proportionnel à la population qui y réside (de 1 pour les plus petits à 34 pour Zurich). Lorsqu'un canton doit envoyer plusieurs députés, c'est le scrutin proportionnel qui s'applique.

La chambre haute est le Conseil des États : chaque canton envoie 2 représentants, ou 1 seul s'il s'agit d'un ancien demi-canton. Là, les cantons sont assez libre dans le mode de désignation : généralement au scrutin majoritaire et le jour des élections pour le conseil national, mais certains utilisent le scrutin proportionnel (Jura), d'autres font cela avant (Zoug, Appenzell Rhodes-Intérieures). Il est à noter que la chambre haute du parlement suisse a un pouvoir plus grand que son homologue française (le Sénat) : en Suisse, un texte de loi fédéral ne peut être adopté que s'il est ratifié par les deux chambres.
Cette répartition permet de restreindre le poids de partis dont l'influence serait trop localisée ; c'est le cas par exemple avec l'UDC (droite nationaliste), plus fort en Suisse Allémanique qu'ailleurs, qui n'est que le 4ème parti au Conseil des États alors que c'est le premier au Conseil national.

Enfin, la démocratie directe suisse permet d'organiser un référendum facultatif sur l'entrée en vigueur d'une loi votée par le parlement fédéral (il faut pour cela recueillir 50 000 signatures de citoyens suisses -sur plus de 7 millons- le réclamant). La loi n'est retirée que si un referendum est organisé et que le non à la loi l'emporte.

Il y a 4 gros partis dans la confédération : le Parti Socialiste Suisse (PSS, gauche), le Parti Démocrate-Chrétien (PDC, centre), le Parti Radical-Démocratique (PRD, droite libérale), et l'Union Démocratique du Centre (UDC, droite nationaliste).
Au début des années 90, l'UDC était encore un parti agrarien, loin derrière les 3 autres en terme de suffrages. Mais, suite à la radicalisation nationaliste de son aile zurichoise (qui a ensuite contaminé l'ensemble du parti), l'UDC est devenu le premier parti au Conseil National, d'abord en terme de suffrages exprimés en 1999, puis en nombre de représentants en 2003.
La plus grosse conséquence s'est déroulée à l'exécutif fédéral suisse, le Conseil Fédéral. Depuis 1959, une règle tacite, appelée la formule magique, répartissait les 7 sièges de ce conseil entre les 4 grands partis, en fonction de leur poids politique d'alors : 1 pour l'UDC, 2 pour chacun des 3 autres. En 2003, l'UDC a contraint le PDC (en perte de vitesseau niveau électoral) à lui céder un de ses sièges. C'est le leader zurichois Christophe Blocher, artisan de la radicalisation de l'UDC, qui y est allé.

L'enjeu pour l'UDC est donc de conserver sa position de leader de la politique suisse. Le parti joue donc le populisme en s'attaquant aux étrangers accusés d'être responsables de la délinquance, à l'islam, mais aussi en basant sa communication sur son leader Blocher, et en prétendant que les autres partis complotent contre lui.

Espérons que cela ne sera pas le cas…

mercredi 10 octobre 2007

Grenelle de l'environnement sur Second Life : ridicule

Il paraît que le ministère de l'écologie et du développement durable, qui organise ces temps-ci le Grenelle de l'environnement, a fait une opération de comm sur Second Life ce soir.

Le communiqué de presse est un modèle de foutage de gueule du genre "on peut raconter ce qu'on veut, c'est de l'internet avec une couche de Second Life par-dessus, les journalistes qui le liront n'y comprendront rien, de toute façon".

Ça commence fort, en disant qu'a lieu mardi 9, une rencontre débat "entre Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'état, chargée de l'écologie, et les 50 blogueurs influents de la toile". LES 50 blogueurs influents, attention ! Là, on s'imagine que ça va être l'événement dans la blogosphère politique, que tout le monde ne parle que de ça et rêverait d'y être. En lisant ça, on imagine qu'il y aura embruns, versac, koztoujours, eolas, etc. Bon, en fait non, pas du tout. Qui sont ces "blogueurs influents", alors ? Peut-être les mêmes quelques blogueurs qui étaient au ministère le 29 septembre ? Parmi ces derniers, je connaissais Luc Mandret, Mémoire-Vive, Mry, et… c'est tout (si je n'ai jamais entendu d'un blog politique, il n'est pas si influent que ça).
Google peut-il m'aider à les trouver ? Non, le buzz autour de cette opération est proche du zéro (et pourtant, les blogueurs influents aiment bien se vanter).

Le pire, c'est le "prolongement sur le site Secondlife". Là, je trouve ça totalement ridicule. Ça fait moderne, mais c'est tout. Un minimum de bon sens suffirait pourtant, pour se rendre compte que, si on veut vraiment échanger avec les internautes, une webcam, une banale interface de chat et un modérateur suffiraient. Ouais, mais ça fait beaucoup moins hype, on va passer pour des ringards si on met ça dans le communiqué de presse. Alors on va sur Second Life. Le truc à la mode… il y a six mois, déjà sur le déclin. Pour accéder à Second Life, il faut télécharger puis installer le logiciel, commercial. Honnêtement, PERSONNE ne va perdre des dizaines de minutes à installer ce programme pour les beaux yeux de NKM.
Le B.A.BA de la communication politique, ça devrait être de s'intéresser à tout le monde, non ? Alors n'utilisez SURTOUT PAS Second Life ou Facebook, des réseaux fermés !
Mais, apparemment, mieux vaut pour le ministère discuter avec dix geeks qu'avec une centaine d'internautes lambdas. Puisqu'ils recherchent les "prescripteurs" (ceux qui vont, ils l'espèrent, créer du buzz autour de l'opération).

Le dernier paragraphe du communiqué est un régal. Ça s'appelle garder le meilleur pour la fin. "Cette opération de live-blogging permettra d'optimiser au mieux l'impact de la consultation publique auprès des communautés d'internautes en s'appuyant sur les prescripteurs de la toile et en initiant une nouvelle génération de débats participatifs dans la dimension virtuelle". Une enfilade de clichés, quatres lignes totalement creuses. Ça aurait été plus simple de dire "nous expérimentons, pour trouver la meilleure manière d'interagir avec les internautes", mais bon, fallait mettre plein de mots que personne comprend, ça fait moderne !

Il serait temps que les politiques arrêtent d'être fascinés par la modernité, qu'ils arrêtent de croire qu'internet n'est pas un espace merveilleux où le monde entier serait à leur écoute.
Et qu'ils comprennent que sur l'internet, le client est roi : c'est le producteur de contenu qui doit s'adapter à l'internaute, pas le contraire. En l'occurrence, jamais Second Life ne sera un moyen d'échange efficace.

édit : la vue des comptes-rendus (Humains Associés, F.-M. Chevalier) me conforte dans mon opinion sur l'inutilité d'une telle opération (d'ailleurs on nous annonce 40 participants sur chaque île, moi j'en verrais plutôt 25 environ sur l'île verte -avec un bonne partie d'Humains associés- et une quinzaine sur celle de l'UMP). Ça fait moderne, ça fait de jolies images, mais ça n'a aucun intérêt.

samedi 6 octobre 2007

Dieudonné, avec des soutiens comme ça…

Ces derniers temps, Dieudonné a été condamné pour diffamation publique à caractère racial dans l'affaire de la "pornographie mémorielle" (il aurait fait appel) et contre Arthur (Dieudonné ayant renoncé à faire appel, la condamnation devient définitive).
Il passera devant la cour d'appel le 11 octobre prochain, pour avoir déclaré "Ce sont tous ces négriers reconvertis dans la banque, le spectacle et aujourd’hui l’action terroriste", accusé d'incitation à la haine raciale.

Et là, que nous explique Allain Jules Menye, blogueur dieudonniste dont les juifs sont la cible favorite ?
Tout le monde vous dira qu'il a été condamné pour racisme et/ou antisémitisme or, il n'en est rien...pas encore, jamais même.
Sait-on au moins ce que représente le procès du 11 octobre ? Lisez plutôt :
"Dieudonné en appel contre la décision du TGI le condamnant pour provocation et incitation à la haine raciale"
Il y a donc escroquerie à la marchandise. Pourquoi les médias désinforment l'opinion publique en parlant d'antisémitisme ?(…)
Comprenez donc que, malgré le tintamarre médiatique, Dieudonné ne sera jamais condamné pour antisémitisme car, il ne l'est pas et ne le sera pas. Les rêves de certains s'écrouleront définitivement le 11 octobre prochain.
Ne soyez pas surpris quand les médias ne mentionnent pas PROVOCATION ET INCITATION A LA HAINE RACIALE, même comme Dieudonné ne s'adressait qu'à un groupuscule de nervis extrémistes
En clair, il nous explique que Dieudonné n'est pas antisémite, parce qu'il n'a jamais été condamné pour antisémitisme, mais seulement pour diffamation à caractère racial, et (en première instance) pour incitation à la haine raciale.
Incroyable !
La justice a donc estimé que Dieudonné diffamait des gens parce que juifs, qu'il incitait à la haine contre des juifs. Mais, selon les dieudonnistes, cela ne veut pas dire qu'il est raciste ! Ça veut dire quoi, alors ?

vendredi 5 octobre 2007

Grenoble : Alain Carignon renonce

Je ne m'y attendais pas. Alain Carignon renonce à briguer la mairie de Grenoble l'an prochain.

Reprendre la mairie de Grenoble (qu'il avait dû laisser en 1995 à cause de ses problèmes judiciaires) au socialiste Michel Destot en 2008, c'était son but depuis des années. Il avait placé patiemment ses pions.
Il avait réussi à revenir dans l'UMP et à prendre la fédération iséroise. Mais son retour électoral a, lui, été un échec : moins de 37% des voix au second tour de l'élection législative, contre plus de 63% à sa rivale socialiste Geneviève Fioraso ! Le pire score de la droite iséroise en 2007, dans une circonscription pourtant réputée de droite.

Si sa prise de contrôle de l'UMP Isère avait déjà divisé la droite grenobloise, de nouvelles voix se sont élevées contre lui suite à cet échec électoral retentissant, pour ne pas que cela se répète aux municipales, notamment celle d'Hervé Gerbi, qui propose sa propre candidature.

On sait que Carignon est un homme ambitieux, et nul doute qu'il a dû beaucoup lui en coûter de retirer sa candidature, de se sacrifier pour la droite grenobloise. Accepter que les électeurs, qui vous aimaient il y a 20 ans, ne veulent plus de vous, ce n'est pas facile.
Lui qui se considérait le seul capable d'affronter (et même de battre) Destot ne retrouvera sans doute jamais de mandat électif (j'imagine mal un ancien ministre, battu aux législatives, forfait aux municipales, se battre pour un poste de conseiller général…), ce qui signe sans doute la fin de sa carrière politique "active".

Ce qui me dérange chez Carignon, ce n'est pas l'homme (d'une grande intelligence), ce n'est pas son casier judiciaire (j'ai toujours défendu la réinsertion des prisonniers), ce sont ses méthodes, son côté roblard, truqueur, même après son retour : la prise de l'UMP grâce à des centaines d'adhésions cachées aux responsables de l'époque, le truquage minable d'un sondage de Greblog , et plus grave, les tracts diffamatoires sur Corys, etc.

Voici comment j'analyse l'échec du retour d'Alain Carignon :
  • le rejet populaire n'est, je pense, pas dû qu'à son casier judiciaire (Balkany a montré qu'on peut reprendre une mairie après avoir été condamné, il est vrai plus faiblement)

  • c'est pluôt parce qu'il ne soit pas apparu comme un homme nouveau aux yeux des électeurs : voir Carignon multiplier les roublardises pour revenir au pouvoir ne leur a pas donné l'impression qu'il avait changé, que le Carignon d'aujourd'hui était différent du Carignon d'hier dont ils ne veulent plus
Plusieurs noms circulent pour la tête de liste UMP aux prochaines municipales : Hervé Gerbi, Henri Baile, et Fabien de Sans-Nicolas. Il ne faut pas non plus oublier les exclus de l'UMP (pour dissidence aux législatives), Richard Cazenave et Mathieu Chamussy.

Si la droite grenobloise veut ne pas être trop ridicule l'an prochain (ils n'y croient plus eux-même, pensant déjà à 2014, comme dans le titre de leurs états-généraux), quels choix doivent faire ses responsables ?
  • L'UMP fera-t-elle revenir Cazenave et Chamussy, ou au moins négocier leur ralliement ? Ne pas le faire, c'est s'exposer fortement à une candidature dissidente (ce qui offrirait un fauteuil à Destot…) de Chamussy (Cazenave a lui beaucoup moins de raisons de se présenter depuis que son rival Carignon s'est retiré).

  • Dans une ville réputée de gauche, leur seule chance est de présenter un candidat jeune et neuf face à un Destot qui tentera d'obtenir un 3ème mandat de maire (c'est un Carignon de 34 ans qui s'était imposé en 1983 face à Hubert Dubedout qui briguait un 4ème mandat). Qui ? out Henri Baile, de toute façon trop proche de Carignon pour rassembler.
    Restent Gerbi (37 ans) et Sans-Nicolas (30 ans).
Gerbi a pour lui l'ancrage local, une prise de position contre Carignon avant les législatives (cela convaincra-t-il Chamussy, qui s'est présenté comme candidat dissident contre l'UMP Nathalie Béranger, dont le suppléant était… Hervé Gerbi ?). Sans-Nicolas a pour lui la médiatisation, le rôle national, l'appui de Sarkozy.

Mais, quel qu'il soit, le candidat de la droite grenobloise devra avant tout tirer un trait sur les méthodes actuelles des pro-Carignon.

jeudi 4 octobre 2007

Fabe et la démocratie participative

Fabe, vous ne connaissez sans doute pas ce nom. C'est un ancien rappeur qui a sorti 4 albums dans les années 90, à classer dans le haut du tableau du rap français, avant d'arrêter la musique. Un message intéressant, s'attaquant par exemple dans "Des durs, des boss, des dombis" (1996) à notamment Stomy Bugsy et à Booba, en leur reprochant de jouer les gangsters qu'ils ne sont pas[*].

Fabe, j'ai découvert en 1998, grâce à "L'impertinent", extrait de son 3ème album. À l'époque, j'étais un adolescent commençant à m'intéresser la musique et au rap, je connaissais seulement les rappeurs médiatisés, comme NTM, I AM, Doc Gynéco, Stomy Bugsy, Passi.
Et, un matin, en regardant le "Boulevard des Clips" sur M6, j'ai vu le clip de ce jeune homme. Une vidéo efficace, un sample très bon, et surtout de sacrés textes. "Si Jean-Marie courrait aussi vite que je l'emmerde, il serait tellement loin / Avant je les détestais mais aujourd'hui je les aime tellement moins".

Comme beaucoup d'amateurs de rap, j'aimerais bien savoir ce qu'est devenu Fabe. J'ai essayé de demander ça à Google, grâce à qui je suis tombé sur cette question sur un blog "Désirs d'avenir éthique" (pro-Ségolène Royal), à la fin d'un commentaire d'un ségoléniste citant une chanson de ce rappeur :

Je ne sais pas ce qu'est devenu fabe mais j'aimerai bien savoir ce qu'il pense de la démocratie participative ... et de l'ordre juste ...

Énormissime !



[*] Pour la petite histoire, une des rimes de cette chanson de Fabe, qui dit "C'est tellement bas que pour en parler/Faudrait qu'j'me fasse mal au dos…" sera la source d'une des plus célèbres répliques de Booba, au sein de Lunatic dans la chanson, La lettre : pour vanner son ennemi Fabe, Booba sort "J'suis tombé si bas, qu'pour en parler faudrait qu'j'me fasse mal au dos / Putain quelle rime de bâtard". Ol'Kainry samplera le "bâtard" pour son titre Scènes de bâtards et Mc Jean Gab'1, dans J't'emmerde, conclut les attaques consacrées à Booba (où il imite la voix de celui-ci) par "putain, quelle rime de bâtard"

mardi 2 octobre 2007

Une journée de recherche

Suivant l'idée de Celui, voici un "rapport de gendarmerie" pour essayer d'expliquer en quoi peut consister une journée d'un doctorant.

10h15 Arrivée au labo. Lecture des nouveaux mails : du spam et des mailing-lists de recherche. Ma technique de gestion des mails : je ne lis que si cela me semble intéressant, et je ne tiens compte des mails administratifs qu'en cas d'urgence (si quelque chose est important, on aura toujours un mail de rappel).
10h30 Je constate que Celui a déjà bien avancé son rapport de gendarmerie.
10h40 Consultation de mon Netvibes : lire des blogs, ça permet de se détendre un peu, ce qui n'est pas négligeable vu le stress qu'occasionne la recherche.
10h45 Pas grand chose à lire, tant mieux, ça évite de perdre trop de temps avant de se mettre vraiment au boulot. Je suis dans une période programmation. Comme mon domaine de recherche est le TALN (traitement automatique des langues naturelles) du point de vue informatique, j'ai pas mal programmé en Perl ces dernières années (et oui, les expressions régulières, c'est très pratique pour les problèmes linguistiques), mais ce n'est pas ce qu'il y a de mieux pour faire un vrai projet. Une part importante du travail, c'est de chercher les outils existants qui faciliteront la résolution du problème : j'ai trouvé une très bonne librairie C++, il reste à l'utiliser. Mais cela fait 4 ans que je n'avais pas utilisé ce langage, donc là, je galère.
11h10 #@!&* de langage fortement typé !
11h24 Je n'entends que le bruit des ventilos des PC (on travaille quasiment tous sur Mac, mais on a aussi des PC Linux). Entre ceux qui enseignent et ceux qui, comme moi, préfèrent travailler la porte à peine entrouverte (pour dire "je suis là mais ne venez pas me déranger pour rien"), ça fait un peu mort.
11h36 Quand son collègue de bureau n'est pas là, ça permet de lâcher à haute voix les gros mots qui viennent à l'esprit quand on n'arrive pas à résoudre son problème.
11h58 On tape à ma porte : quelqu'un souhaite trouver un chercheur dont je ne connais pas le nom, on comprend vite la méprise : il est au bon étage du bon bâtiment, mais pas au bon UFR (informatique au lieu de chimie).
12h03 Mon labo, résultat d'une fusion récente, compte plusieurs centaines de chercheurs (permanents ou en doctorat). Donc on a une bonne équipe qui s'occupe des ressources informatiques et de leur sécurité.
12h18 Je consulte les stats de mon blog, je vois quelqu'un est venu de celui de Valerio Motta, j'en profite pour le visiter. Comme Valério ou cet affreux ségoléniste de Dagrouik, mon blog a été visité jeudi dernier par une machine du réseau de la présidence de la République, mais je n'ai pas trouvé qu'il y ait un intérêt à en faire une note.
12h47 J'ai faim.
14h11 Retour au labo. Il fait grand soleil dehors, aucun nuage devant les montagnes. Vue sur les Alpes (massif de Belledonne) par la fenêtre, c'est un des avantages de Grenoble. "Au bout de chaque rue une montagne" disait Stendhal sur cette ville qui l'a vu naître (le revers de la médaille, c'est que cela forme une cuvette qui retient la pollution). Le confort du travail, ça compte aussi.
14h53 Toujours pas grand monde ici. La plupart des doctorants de l'équipe sont étrangers (Chine, Thaïlande, Vietnam, Tunisie, Pakistan, et sûrement d'autres), le plus souvent avec des bourses de leur pays d'origine. Les doctorants français peuvent avoir une bourse du ministère de la recherche (c'est mon cas), mais le nombre est relativement limité. Les autres font une thèse CIFRE, financée par une entreprise, où ils travaillent une bonne partie de la semaine.
Généralement, les doctorants étrangers rentrent dans leur pays après avoir obtenu leur doctorat, c'est pourquoi il n'y a qu'une seul chercheuse permanente étrangère (japonaise).
15h27 Je maudis le C++.
16h00 Un chercheur doit savoir identifier précisément le problème ou l'erreur, et doit toujours garder à l'esprit qu'il y a au moins 97% de chance d'en trouver la solution sur internet (dans des articles, des documentations, ou des listes de discussion) ; il retrouve alors un problème habituel : savoir trier les informations. Là, je trie.
16h27 Deux doigts coupe faim pour tenir jusqu'à la fin de la journée.
16h31 Quand on ne comprend pas, autant imprimer le truc et faire des petits dessins à côté (non, pas des petits dessins comme quand on s'ennuie en cours, mais des petits dessins pour avoir une vue concrète du problème). Et ne venez pas m'embêter avec les arbres coupés pour ça, moi j'imprime toujours 2 par page et recto-verso.
17h31 Ca avance, youpi !
17h49 Je viens de passer quelques secondes en mode "réflexion en regardant par la fenêtre". En ramenant mon regard vers la pièce, je me rends compte d'un certain contraste. On utilise des ordinateurs relativement récents, mais les vestiges du XXème siècle s'empilent dans les armoires : vieux rapports, disquettes, câbles obsolètes, etc. Et même un Apple Powerbook 170 plein de poussière. Quant aux locaux, ils doivent dater de la construction du campus de Grenoble au début des années 60.
18h06 Je devrais remplir ma charte de thèse pour cette nouvelle année. Mais, de toute façon, mes encadrants sont absents. Cela attendra donc demain, même pour le blabla purement administratif.
18h16 Oh, tiens, au fait, ça fait deux ans et un jour que je suis doctorant. Donc, plus qu'un an de financement. Cela incite à bosser, même si des fois j'ai peur de ne pas arriver à finir dans les temps. C'est pas facile de se dire un jour "bon, j'arrête de réfléchir sur le problème, maintenant je ne fais plus que de la mise en œuvre", mais il faut le faire, sinon on n'a jamais rien de vraiment concret à présenter. Cela doit faire deux semaines que je ne réfléchis plus.
18h43 Derniers efforts de la journée pour avancer.
18h58 Désolé, je ne ferais pas une fin si spectaculaire que celle de Celui. Pas d'explosion, rien. Je pars d'habitude aux alentours de 18h30. Si c'est une journée où je désespère et j'ai l'impression de ne plus avancer, je pars plus tôt. Si je suis content de moi, que je sens que j'avance, je traine un peu... C'est le cas aujourd'hui, coup de chance, ça me permet de faire plus sérieux ^^