La nation est une valeur de gauche !

Oui, je sais, on est à deux mois des présidentielles, c'est un moment où la gauche doit se réunir, pas se chamailler.
Mais bon, à un moment, il faut arrêter les conneries.
Je lis sur le blog d'un militant à la Confédération étudiante (un syndicat étudiant social-démocrate centriste monté par la Cfdt à partir d'une tendance minoritaire de l'Unef), un argumentaire haineux contre l'Unef (précision : j'ai quasiment toujours voté pour l'Unef-Id, puis pour l'Unef, aux élections étudiantes). La seule critique qui me semble justifiée est celle de la plus grande perméabilité aux discours gauchistes depuis la fusion avec l'Unef-Se (et encore… les motions "gauchistes" sont très minoritaires).

Je passe sur le fait que, oh c'est affreux !, l'Unef ait soutenu le non au référendum (comme la majorité du peuple de gauche, d'ailleurs)… Non, le pire, c'est de faire carrément passer l'Unef pour un parti à la limite pour de la xénophobie. Pourquoi ? Parce que c'est l'union nationale des étudiants de France, et que ces mots semblent être horribles pour ce sans-frontiériste : "il existe à ce jour un parti qui se revendique du national et il n’est guère progressiste, il serait plutôt malheureux d’en être la succursale syndicale étudiante...", "L’honnêteté politique aurait du déjà pousser les dirigeants de l’UNEF à abandonner ce N pour national dans le sigle." Pour résumer, on aurait presque Unef=FN.

Mais, franchement, le pire arrive : "Tout le monde à gauche vous le dira lorsqu’on met les pieds dans le national, on finit toujours par le nationalisme" " La nation n’a pas sa place à gauche".
Cela est totalement faux !!! C'est de la pure malhonnêteté intellectuelle de dire ça !!! Je suis de gauche, et je passe mon temps à dire le contraire !! (voir mon article "Vive la nation !").
La nation à la française, c'est la volonté de vivre tous ensemble, quelque soit sa couleur de peau, sa religion, ses origines, etc. Qu'on vienne me dire que ceci n'est pas une notion de gauche !!.
La nation, c'est l'héritage de la Révolution Française. L'événement fondateur de la République que je chéris, c'est la bataille de Valmy, pour les valeurs des Lumières, aux cris de "Vive la nation" ! Et la nation est un ciment essentiel de l'intégration : Les jeunes français d'origine étrangère revendiquent d'être considérés comme Français, pas citoyens du monde !

Alors non, cher camarade, toute la gauche ne dit pas que "lorsqu’on met les pieds dans le national, on finit toujours par le nationalisme", bien au contraire. Laurent Fabius, éléphant parmi les éléphants du PS, disait exactement le contraire en octobre dernier : "Il ne faut jamais laisser croire, laisser dire, par je ne sais quelle dérive de la parole ou de la pensée, que la nation pourrait dériver vers le nationalisme (…) Nous aimons notre patrie, nous aimons la République, mais nous ne voulons pas de dérive". Il est loin d'être le seul patriote à gauche, on peut citer également Jean-Luc Mélenchon au sein du PS (et je pense que ce sont les convictions républicaines des deux hommes qui les ont rapproché) ou Jean-Pierre Chevènement en dehors… Et puis aussi ReSPUBLICA, la gauche républicaine, qui arbore fièrement une Marianne brandissant le drapeau tricolore.
C'est quand la gauche chante la République laïque et la nation métissée qu'elle est la meilleure.

Ne pas comprendre l'attachement des Français, y compris de gauche, à la République, à la Patrie, à la Nation, est une grave erreur. Car tout le problème actuel de la construction européenne vient de la souveraineté : on demande aux Français de renoncer à une grosse partie de leur souveraineté, sans contrepartie ; autant les Français seraient tout à fait prêts à renoncer à leur souveraineté au profit d'une République Européenne réellement démocratique qui serait le premier pas vers une nation européenne, autant ils n'acceptent plus de faire que leurs concessions soient faites au seul profit d'un pouvoir économique technocratique, sans légitimité, se battant pour le dogme du libre-échange, cherchant à détruire les nations et risquant ainsi le retour des tensions ethniques.

Commentaires

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  3. Écoute, ce qui m'a vraiment choqué, c'est la façon dont tu dis nation=nationalisme.
    Si pour toi l'UNEF est à la limite du nationalisme parce qu'elle a "national" dedans… Alors que depuis l'intégration des gauchistes de l'Unef-Se, j'ai plutôt peur qu'y émerge des discours trop "citoyens du monde", sans-frontiériste. Moi qui suis sans doute bien plus attaché au concept de nation que l'Unef, j'ai eu l'impression d'être traité de nationaliste en te lisant.

    Et puis ce qui m'a vraiment agacé, c'est que tu dises "tout le monde dit ça à gauche"… Non, tout le monde dit peut-être ça dans ta petite sphère, mais à gauche, y a plein de gens qui disent le contraire, même au PS : Fabius est quand même un éminent socialiste !

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  4. C'est Léon Blum qui disait en réaction à Déat et aux néo-socialistes qu'il ne pouvait y avoir deux socialismes, l'un qui serait internationaliste et l'autre qui ne le serait pas. Blum avait vu qu'un socialisme national deviendrait un anti-socialisme.

    L'homme d'abord, non pas la Nation ! Il faut replacer celle-ci à sa place, qui est un cadre ni bon ni mauvais en soi où peut s'exercer le débat démocratique. La pertinence du cadre dépend des enjeux à affronter.

    Aujourd'hui, face à un capitalisme financier sans frontières qui sait jouer via le dumping social et fiscal de la fragmentation du pouvoir du politique (cf l'affaire Johnny), face à des problèmes qui dépassent les frontières (réchauffement climatique, immigration, ), la souveraineté nationale est un puissant frein à la souveraineté populaire. C'est en réalité le droit de véto accordé à chaque gouvernement face à la volonté d'une majorité des européens. C'est le véto du gouvernement du Luxembourg contre la lutte pour l'harmonisation fiscale. C'est le véto de la Suisse contre la lutte contre les paradis fiscaux. C'est le véto du gouvernement de la France contre une agriculture moins productiviste. C'est le véto du gouvernement de Malte contre la régulation des pavillons poubelles. C'est le véto du gouvernement d'Angleterre contre une limitation du travail. La liste peut être allongée à l'infinie...

    A l'inverse, d'autres sujets sont mieux traités dans le cadre régional.

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  5. Il faut arrêter de tout confondre. Aimer la nation ne veut pas dire être contre l'internationalisme, bien au contraire.

    L'internationalisme, c'est quoi, sinon, quelque chose entre nations ? Il n'y aura jamais d'internationalisme sans nation.

    Les nations sont basées sur une volonté commune et une histoire commune.


    Les régions… L'Europe des régions, ce sera le retour des ethnies (corses, bretons)… et à terme le retour des tensions ethniques en Europe

    Un flamand français est sûrement plus proche d'un flamand belge ou néerlandais que d'un catalan français, qui lui même est certainement plus proche d'un catalan espagnol. Mais ils veulent vivre ensemble au sein de la nation française.

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  6. A lire l'interview de Gallo et Finkielkraut sur la question de la nation... Intéressant.
    http://www.lefigaro.fr/litteraire/20070315.WWW000000471_comment_peut_on_etre_francais.html

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  7. L'une des principales explications de la perte de vitesse de la gauche modérée est précisément son positionnement sur la question de la nation. Plus qu'ailleurs, la gauche française s'est obstinée à confondre nation et nationalisme, au profit d'une utopie internationaliste.

    L'argument selon lequel l'échelon de décision international est plus pertinent dans un contexte mondialisé est de la pure foutaise. Outre qu'il procède d'une vision anti-libérale primaire, il perd de vue le fait que l'utopie internationaliste a été un puissant soutien de la mondialisation et de ses excès, notamment en s'attaquant systématiquement à toute forme d'affirmantion de souveraineté. Il est consternant de venir maintenant proposer l'internationalisme comme solution. Suivez un peu les débats en cours à à la Commission, à l'OMC, au FMI ou à la Banque mondiale, vous comprendrez pourquoi le seul échelon de décision encore opérant est celui de la nation.

    Les peuples se sont notamment exprimés en ce sens à l'occasion du référendum sur la constitution européenne. Dans ces conditions, s'obstiner dans l'internationalisme est une sorte de fascisme intellectuel insupportable, qu'incarne parfaitement la génération Jospin.

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