Russophobie ambiante

S'il est un point sur lequel se rejoignent les anti-américains et les bushistes, c'est la haine contre la Russie de Poutine, puissance impérialiste pour les premiers, puissance concurrente des États-Unis pour les seconds. Certes, le régime de Poutine connaît actuellement une dérive autocratique inquiétante, mais cela

Premier exemple de cette russophobie : en septembre dernier se déroule la tragédie de Beslan. Puisque dans l'inconscient collectif de notre société, les tchétchènes sont forcément gentils et les russes méchants, la majorité des medias français montrent du doigt, non pas les preneurs d'otages tchétchènes, mais le pouvoir russe qui a raté la négociation. Ce pouvoir coupable de faire la guerre aux terroristes islamistes tchétchènes. On excuse donc ceux qui ont mené la prise d'otage qui a mené à la mort de centaines d'enfants (comme on excuse ailleurs le fait que les terroristes palestiniens tuent des civils innocents, et notamment des enfants), et ce sont les Russes qu'on montre comme des salauds. Et je suis sûr que la majorité des gens, ne suivant que d'une oreille cette actualité tragique n'en aurons retenu qu'elle était à imputer aux Russes.

Deuxième exemple, beaucoup plus récent, la révolution orange en Ukraine. En temps que révolutionnaire, je ne peux que me féliciter de sa réussite. Il fallait bien évidemment soutenir Ioutchenko parce qu'on lui avait, à la faveur d'une fraude massive, volé sa victoire, et aussi qu'il avait été empoisonné. Mais nos medias ne s'en sont pas contentés, cherchant sans relâche à nous démontrer que Ioutchenko le pro-occidental était le gentil, et Ianoukovitch le pro-russe le méchant. On a souligné le soutien, notamment financier de la Russie, aux bleus de Ianoukovitch (qui, comble de l'horreur, parle russe !), sans remarquer que des fondations américaines financaient ouvertement les oranges. On a fermé les yeux sur les compagnonnages antisémites du leader orange. On a même cherché à nous démontrer que le programme orange était meilleur que le bleu : comment l'Ukraine pourrait-elle ne pas choisir le candidat qui nous est favorable, qui pense comme nous, nous qui sommes bien meilleurs que les russes ? (j'en profite pour remarquer que si les électeurs votaient le meilleur candidat à une élection, Jospin serait président !). Et, comme le remarque le Marianne de cette semaine (n° 403), nos medias sont restés bizarrement muets sur le fait que Ianoukovitch ait déjà abandonné ses principales promesses électorales : plus question de revenir sur les privatisations douteuses et opaques, plus question de retirer le contingent ukrainien d'Irak.

Si dans des cas similaires, comme Israël, il y a des lobbies assez fort pour rappeler les medias à la mesure de leurs propos, il n'y a ici aucun garde-fou pour lutter contre la russophobie. Mon propos n'est absolument pas de cautionner la politique russe (que je désapprouve majoritairement), mais simplement d'appeler à prendre un peu de recul, de refuser le manichéisme, afin de lutter contre cette russophobie !

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