Gauche, le nouvel ordre moral

Quand Frédéric Mitterrand est devenu ministre, j'ai très vite repensé à son livre La mauvaise vie.
Je n'ai pas lu ce livre. Le seul souvenir que j'en avais était une discussion avec ma grand-mère, qui nous expliquait avoir été choquée par l'émission de Mireille Dumas dans laquelle il était venu parler de son livre (et de ses expériences sexuelles particulières) ; choquée moins par ces expériences que par le fait qu'il vienne en parler en prime-time à la télévision.

Donc, quand Mitterrand a été nommé, j'ai cherché à en savoir plus, à fouiller toutes les critiques disponibles sur internet concernant ce livre. Ce qui en ressortait, c'est qu'il s'agissait de la confession douloureuse d'un homme qui n'a jamais trouvé l'amour, et qui en était réduit aux situations les plus glauques, payant jeunes thaïlandais ou marocains pour avoir du plaisir.
Décrire sa propre misère est quelque chose qui me touche, parce que je le trouve courageux… et au niveau artistique, parce que les sexualités particulières, les misères intenses, que l'on peut croiser sur internet, constituent un des sujets que j'aimerais aborder dans un roman.

Je me suis alors demandé combien de temps Frédéric Mitterrand pourrait travailler tranquillement sans qu'on lui ressorte cette histoire. Quatre mois. Je me doutais bien que ce serait de l'extrême-droite que viendrait la polémique.
Mais je ne pensais pas que cela ferait si grand bruit. Pas un instant j'imaginais que des responsables socialistes reprendraient l'histoire, et exigeraient même la démission du ministre !

Dans toute cette histoire, il y a une manipulation, transformant une « profusion de garçons » excitant Mitterrand (il utilise garçons pour désigner les hommes en général) en une « profusion de jeunes garçons », pour le faire passer pour un pervers pédophile.
Que Marine Le Pen, invitée reprenne les ragots d'internet sans vérifier, passe encore : on ne va pas demander à des fachos d'être honnêtes… Que des responsables politiques reprennent cela sans vérifier, c'est vraiment honteux.

Cette polémique a d'ailleurs montré que Marine Le Pen a bel et bien réussi son but : être une frontiste respectable, qu'on peut citer sans problème (alors qu'on vomissait la moindre parole de son père). Le nombre de blogs socialistes ayant repris la vidéo de Marine Le Pen à Mots Croisés, la plupart d'ailleurs sans distance, m'a sidéré.

Plus généralement, ce qui m'énerve, c'est quand la gauche veut être la championne de l'ordre morale (on en avait déjà eu un aperçu lors de l'affaire Orelsan).
Pourquoi ces socialistes participent-ils si facilement à la cabale contre Mitterrand ? Parce qu'il est ministre de Nicolas Sarkozy. Ce sont les mêmes qui défendaient Dany Cohn-Bendit, aux des propos autrements plus clairs et plus graves, lorsque ceux-ci avaient ressurgi au début du siècle.

Je crois en la dignité du débat politique. Se faire le relais d'une manipulation venant de l'extrême-droite dans le seul but de nuire au gouvernement de droite, c'est vraiment indigne et honteux.

Commentaires

  1. Le simple fait qu'un Ministre se soit livré au tourisme sexuel, en ayant pleine conscience de l'horreur de ses actes, du traffic auquel il participait, me suffit à demander sa démission. Et franchement, dédramatiser tout ça en disant "ça peut arriver à tout le monde des trucs de ce genre", c'est à gerber.

    Tout le reste (les exagérations de Le Pen, le soit disant mamalgame pédophilie-homosexualité, etc ...) m'indiffère.

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  2. Tourisme sexuel, c'est un bien grand mot. Il ne s'est pas tapé des enfants, mais simplement des jeunes hommes. Il n'y a pas de "traffic" là-dedans.

    Et depuis quand un ministre devrait avoir une vie sexuelle qui respecte la morale ?

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  3. A mon sens, le terme "tourisme sexuel" ne concerne pas que la prostitution des enfants. Et le fait que l'économie de certains pays repose principalement sur la prostitution, et que Frédéric Mitterrand y ait contribué en pleine conscience, c'est grave pour moi.

    Et trafic il y a, FM en convient :
    "je sais ce qu'il y a de vrai dans leurs enquêtes à sensation ; l'inconscience ou l'âpreté de la plupart des familles, la misère ambiante, le maquereautage généralisé où crapahutent la pègre et les ripoux, les montagnes de dollars que cela rapporte quand les gosses n'en retirent que des miettes, la drogue qui fait des ravages et les enchaîne, les maladies, les détails sordides de tout ce trafic."

    Je ne sais pas ce qu'est la "morale", mais agir ainsi en étant si conscient de l'horreur de ses actes, en ne pouvant se maîtriser, et bien oui, c'est contraire à l'éthique que l'on doit pouvoir attendre du personnel politique.

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  4. Merci Marine ! Bien jouée . Ce type est la honte de votre pays. A vomir.
    Chez nous, les gens sont vraiment choqués; on a honte du comportement de votre gouvernement qui soutient un bonhomme aussi abominable !
    La France est le seul pays démocratique qui accepte et soutient ce genre de gens dans un gouvernement. Nous triste de voir la passivité des Français.Vous n'avez plus de dignité !?
    Ana Paula

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  5. Bonjour Ana Paula,
    en vous lisant j'imagine que vous habitez un pays où aucun homme politique n'est susceptible d'inspirer la honte...
    Sinon, je suis plutôt d'accord avec VinZ.
    Je vote pour des hommes politiques non pas en fonction de leur vie privée (cela regarde la justice quand les pratiques sont répréhensibles), mais en fonction de ce qu'ils réalisent pour le peuple.
    Dans cette histoire, j'ai encore une fois l'impression que l'on occupe le consommateur de people, afin de ne surtout pas se préoccuper du citoyen.
    B

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  6. De toute façon, en France, on est très tolérant envers la vie privée des politiques.

    François Mitterrand, l'oncle de Frédéric, faisait bien protéger son amante et sa fille cachée aux frais de l'état, et personne ne lui en a voulu... tout le monde a même trouvé très bien que les deux "familles" soient présentes à l'enterrement.

    Ce qui est grave, dans cette histoire, c'est d'avoir sali l'honneur d'un homme à travers une accusation très infâmante. Et que des socialistes aient participé à ce délire.

    Quand je lis que Hamon dit que, finalement, vu les explications de Mitterrand, il n'y a plus lieu de réclamer sa démission... Bon sang, tu n'aurais pas pu te renseigner un peu avant sur ce que Mitterrand avait vraiment écrit, au lieu de suivre Marine Le Pen ?

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  7. Il a vraiment écrit "garçon", et les a défini comme étant jeune.

    Ouvre un dico, et tu verras que ce qu'il a écrit, c'est qu'il baisait des jeunes garçons.

    Il l'a vraiment écrit. Même si ce n'est pas nécessairement la vérité, c'est ce qu'il a écrit.

    ------------------

    Il y aurait aussi beaucoup à dire sur la honte dont il parle.

    T'as vraiment l'impression que l'homosexualité est honteuse dans la sphère culturelle parisienne ? Quand l'a-t-elle été ?

    Parle-t-il de l'homosexualité ? Est-ce logique ?

    Bref, beaucoup de chose mettent le doute sur ces écrits...

    Et que Cohn Bendit vienne à son secours, c'est presque pire...

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  8. Il a écrit "garçon". Oui.
    Et alors ? Tout le monde dit "garçon" et "fille" pour dire "homme" et "femme"… Tout le monde.

    Et ils sont "jeunes". Oui, sans doute aux alentours de 18-20 ans, personne ne croit aux "boxeurs de 40 ans"… Alors, oui, ce n'est pas très moral, le vieux de 50 ans qui se payent des petits jeunes. Mais la morale sexuelle m'emmerde profondément.

    "Garçons" + "jeunes" n'a pas le même sens que "jeunes garçons". Prétendre le contraire, c'est de la malhonnêteté intellectuelle. Et comme ça porte sur lui une accusation infâmante, je trouve ça odieux


    Je suis plutôt réactionnaire sur les sujets de société. Mais je suis hyper-libéral sur tout ce qui concerne la sphère privée, en particulier sur le plan sexuel. Tant que la personne n'essaye pas d'imposer cela aux autres et que ça reste quelque chose de légal, ça ne me pose aucun problème.
    Qu'il se paye des prostitués dans les 4 coins du monde, je m'en fous. Qu'il le raconte dans un livre, je salue l'artiste.

    Il y a un seul truc qui me choque chez Frédéric Mitterrand, c'est qu'il soit au-dessus des lois en Tunisie parce que c'est un ami de la dictature de Ben Ali.

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  9. A 20 ans, on est un jeune homme, et non un garçon, et encore moins un garçon jeune.

    Le vocabulaire est choisi pour laisser planer le doute ! Si tu préfères fermer les yeux, tant pis pour toi.

    Tu es pour l'abandon de toute moralité apparement...

    Pour moi il y a des limites, le tourisme sexuel (ou la "consommation" de la prostitution forcées) et la pédophilie sont les deux plus notables.

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  10. C'est pas Mitterrand qui choisit un vocabulaire pour laisser planer le doute. Encore une fois, c'est un vocabulaire très courant.

    Je ne suis évidemment pas pour l'abandon de toute moralité. Je dis juste qu'on fait ce qu'on veut de son cul tant que ça reste dans les limites de la loi.

    Et faire mentir des écrits pour salir un homme, c'est nul.

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  11. Il n'a pas vu le flou de ce passage à la relecture ?

    Tu le crois à ce point incompétent ?

    Le Français est une langue au vocabulaire institutionnalisé. Garçon = enfant de sexe masculin.
    C'est tout !

    Ce n'est pas une phrase qu'il a eu sur un plateau, c'est une livre, relu certainement plusieurs fois avant d'être publié.

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  12. Et tu oublies que mes messages par de la pédophilie ET du tourisme sexuel.

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  13. "Garçon = enfant de sexe masculin. C'est tout !"
    Hum, hum…

    D'après le Dictionnaire de l'Académie Française :
    GARÇON, n. m.
    ☆ 1. Enfant de sexe masculin, par opposition à Fille.
    ☆ 2. Se dit familièrement d'un jeune homme et, parfois, d'un homme dans la force de l'âge.
    ☆ 3. Se dit d'un homme qui est demeuré célibataire.
    ☆ 4. Commis, aide qu'on affecte à des tâches subalternes ou au service de la clientèle.

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  14. Aller dans des pays pauvres se taper des enfants, ça c'est grave.

    Y aller pour se payer de jeunes prostitués, c'est pas très moral, mais ça n'a rien de scandaleux.

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  15. T'as lu son livre apparemment.

    Tu trouves que le passage est familier ?

    Non, il ne l'est pas. On n'est pas dans un registre familier.

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  16. Le tourisme sexuel reste scandaleux, car c'est l'exploitation d'une pauvreté, qui force ces jeunes la prostitution.

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  17. Dire "les garçons" pour "les hommes", y a un côté affectif là-dedans.

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  18. Bonjour, je suis tombée par hasard sur votre blog, je vous rejoins sur bien des points concernant l’affaire F. Mitterrand, bonne continuation…

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