Tour de France et dopage

Depuis quelques années, le Tour de France était à la pointe de la lutte contre le dopage. Ses dirigeants, en particulier Patrice Clerc, avaient compris que l'épreuve ne conserverait de crédibilité sur le long terme qu'en chassant tous les dopés.

C'est ainsi qu'on a pu démasquer Landis, Rasmussen, Vinokourov, Schumacher, Kohl, etc.
Mais des coureurs du Tour de France dopés, c'est mauvais pour l'image. Les diffuseurs râlaient, la télé allemande menaçait de ne plus diffuser l'épreuve.

Marie-Odile Amaury, nouvelle patronne du groupe Amaury depuis le décès de son mari, a court-circuité A.S.O. (la filiale du groupe Amaury organisant le Tour), allant négocier la paix avec l'Union Cycliste Internationale (il y avait conflit sur la liberté de choix des équipes par A.S.O.), et promettant aux diffuseurs un Tour sans affaires. Patrice Clerc, opposé à ce revirement, sera d'ailleurs débarqué quelques mois plus tard.

Comment assurer avec tant de certitude que le Tour ne sera plus accompagné d'odeurs de soufre ?
En faisant directement pression sur l'Équipe, autre filiale d'Amaury : on écarte les journalistes trop soucieux de dénoncer le dopage (ou le racisme dans le football), pour laisser la place à d'autres qui ne parlent que de sport et de résultats sans se poser de questions.
Et en convaincant les diffuseurs comme France Télévisions, soucieux de leurs audiences, de retourner à l'hypocrisie sur le dopage.

En 2005, on était soulagé du départ d'Armstrong, de tourner la page de ce dopé qu'on arrivait pas à coincer. En 2009, on se félicite du retour du grand champion, lui consacrant même bien davantage d'exposition médiatique qu'à Alberto Contador, le vainqueur du Tour.

En 2007, on s'interroge sur les performances de Rasmussen, Gérard Holtz allant même jusqu'à les qualifier de "stupéfiantes". En 2009, on gobe la transformation de Wiggins, passé du grupetto à la 4ème place du Tour, ou la puissance phénoménale de Contador dans la montée de Verbier. Aucun rappel des relations de Fränk Schleck avec le sulfureux docteur Eufemiano Fuentes.

Soyez en sûrs, ce ne sont pas les anciens champions consultants pour la couverture des ces épreuves qui dénonceront le dopage. Ils laissent ce soin aux journalistes qu'ils accompagnent ; il faut dire qu'ils seraient mal placés pour s'en prendre au dopage.
Sur France Télévisions, Laurent Jalabert (jamais contrôlé positif, mais il était le meilleur coureur du monde à une époque où tous ses rivaux prenaient de l'EPO…), puis Laurent Fignon (deux fois positif aux amphétamines en 1987 et 1989, il a reconnu récemment avoir également pris de la cortisone) ont succédé à Bernard Thévenet (qui a avoué en 1979 avoir pris de la cortisone pendant 3 ans). Les téléspectateurs d'Eurosport ont droit à Richard Virenque (a avoué, lors du procès de l'affaire Festina, avoir eu recours au dopage) et Jacky Durand (contrôlé positif deux fois en 1996 : nandrolone aux 4 jours de Dunkerque, anabolisants à la Côte Picarde).


Une fois pris par la patrouille, les coureurs dopés reviennent généralement dans des équipes de seconde zone (les sponsors des grandes équipes ne voulant pas associer leurs noms aux leurs).
Mais l'équipe Astana, qui a survolé le Tour de France 2009, a été fondé par et pour Alexandre Vinokourov. Suspendu deux ans pour dopage, il compte revenir dans cette équipe et pas ailleurs.

Comment réagiront les organisateurs et les diffuseurs, l'an prochain, quand Contador, toujours chez Astana, viendra défendre son leadership sur le tour… en compagnie de Vinokourov ?

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