vendredi 31 août 2007

Nouvelles caricatures de Mahomet, avec un corps de chien (Lars Vilks dans Nerikes Allehanda, Suède)

Une nouvelle polémique concernant des caricatures de Mahomet gonfle depuis quelques jours. Si les 12 caricatures de Mahomet qui ont tant fait couler d'encre en février 2006 venaient du Danemark, les nouvelles viennent de Suède.
C'est l'œuvre d'un artiste suédois nommé Lars Vilks. Il a réalisé une série de dessins de Mahomet, le représentant avec un corps de chien. Contrairement aux caricatures danoises représentant un Mahomet violent, qui avaient un sens politique, cela semble ici être une pure provocation. En tout cas, plusieurs galeries d'art ont refusé de présenter cette série dans leurs locaux. Pour protester contre cela, le journal Nerikes Allehanda a publié un des dessins de la série, au nom de la liberté d'expression.
Il s'agit de celle où Mahomet est représenté comme un "chien de rond-point" (depuis l'année dernière, des artistes s'amusent à placer des représentations de chien au milieu des rond-points suédois).

Samedi 25 août, des musulmans suédois choqués organisent une manifestation en guise de protestation, qui n'attirera pas plus de 60 personnes.
Mais nous sommes à une époque où différents chef d'état musulmans se disputent le leadership de la voix musulmane, et traquent la moindre opportunité pour se montrer comme le meilleur défenseur de cette religion. Et c'est l'Iran qui proteste le premier auprès de la Suèce, lundi 27. Le lendemain, dans un discours où il accuse entre autres les "sionistes" d'être "derrière toutes les crises", le président Ahmadinejad affirme avoir "la conviction personnelle qu'ils sont responsables". Aujourd'hui, c'est le Pakistan qui se dépêche de protester également contre la Suède.

Lars Vilks a publié sur son blog plusieurs caricatures de Mahomet faisant partie de sa série polémique : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9

Espérons que cela n'enflera pas comme pour les caricatures danoises…

PS : Je me demandais pourquoi le moteur de Yahoo!, qui m'envoie en moyenne 2 ou 3 visiteurs par jours, m'en envoie par centaines depuis hier, la plupart pour la recherche "caricatures de mahomet" (sur laquelle mon blog est actuellement le 3ème résultat). Je viens d'en découvrir la raison. L'une des news actuellement mis en avant dans "Aujourd'hui sur Yahoo!", en une, de ce site web, concerne la représentation de Ben Laden dans une pose christique, présentée dans un festival d'art religieux en Australie, et qui suscite la polémique dans ce pays. En dessous, un petit lien "Ça ne vous rappelle rien ?" qui mène directement sur Yahoo! Search pour la requête "caricatures de mahomet"

mercredi 29 août 2007

La démagogie anti-corrida

Je ne suis pas un aficionado de corrida. Je n'ai jamais assisté à cela, je ne sais même pas si cela me plairait. Mais ce que j'en connais ne m'a pas semblé atroce, inhumain, ou d'autres choses que je peux lire. Donc je ne suis pas de tous ces gens qui veulent interdire la corrida.

Il y a quelque chose qui m'agace beaucoup dans tous le discours anti-corrida : c'est la volonté de faire interdire des traditions, cette obsession de la modernité galopante et aseptisée qui doit vite effacer les traces pas assez lisses du passé. Je n'aime pas la corrida, mais je m'opposerai fermement à une quelconque interdiction de cette coutume.

Alain Léauthier, dans un article sur Marianne2007 parle de "gauche morale" et d'"intellectualisme marshmallow" pour désigner l'engagement anti-corrida. Une gauche morale assez vaste, des professionnels de l'indignation de gauche (Dominique Sopo de SOS Racisme et Fadela Amara de Ni Putes Ni Soumises[1], etc.), aux libertaires soixante-huitards (le meilleur exemple étant Renaud, l'une des figures majeures de ce mouvement) : il est interdit d'interdire, sauf la corrida
Mais il faut reconnaître que leur pétition ne recueille pas que des signatures de gauche : il y a aussi des célébrités au talent douteux et ne brillant pas pour leurs réflexions (Miss France 2006, madame de Fontenay, Zara Whites, Jean-Luc Lahaye, Michel Leeb, etc.) et d'autres noms étonnants (comment peut-on être content d'avoir la signature d'un mec aussi regrettable que Roger Cukierman ?)

Il y a une relativisation universelle malhonnête, qui voudrait faire croire que tuer un animal c'est comme tuer un homme, et cela me choque vraiment. Mais c'est sans doute à partir de cette idée qu'une bonne partie des anti-corrida est absolument persuadée d'avoir raison et ne respecte pas le point de vue adverse : j'ai déjà lu sur internet des débats sur la corrida, et ce sont toujours du côté des "anti" que viennent les insultes (puisqu'ils sont convaincus que la corrida est une torture, tous ceux qui ne sont pas contre sont forcément des cons)…

Je tiens à préciser que je ne fais pas de généralités, et que la plupart des gens se prononçant contre la corrida ont un discours tout à fait courtois. Tout à fois, si j'hésitais à me prononcer pour ou contre la corrida, le fait de voir des gens insulter ceux ayant un avis contraire me fait fuir ce camp-là.

De plus, il y a certaines méthodes qui me déplaisent : le "Comité Radicalement Anti Corrida" (CRAC) se félicite sur son site web que l'hebdomadaire Marianne ait "consacré (…) une double page" à leur pétition anti-corrida, comme si cela était un choix éditorial du magazine. En vérité, il s'agit d'une publicité (sobrement indiquée par "communiqué" en haut de celle-ci) : la pétition a deux pages dans Marianne uniquement parce que ses initiateurs ont payé pour cela. Sur une autre page, il jette en patûre l'adresse mail de l'Abbé de la Morandais, coupable d'avoir affirmé sur une antenne qu'il aimait la corrida.

En bref, je n'aime pas particulièrement la corrida, mais je ne supporte pas les méthodes, les propos et les argumentations de certains anti-corridas qui ne respectent pas l'avis adverse.

[1] oui, Fadela Amara n'est plus présidente de NPNS, puisqu'elle est devenue ministre, mais si NPNS était démocratique, ça saurait : elle a pris soin de placer un de ses clones à la tête du mouvement, sans concertation.

PS : comme je parle ici de commanditaires d'une publicité essayant de faire passer celle-ci pour un élément d'information cautionné par une rédaction, j'en profite pour citer le cas de Taser (les pistolets à décharge électrique) qui a publié un communiqué tellement (volontairement) ambigu à propos de la chronique publicitaire qui sera bientôt diffusée sur RTL que la radio a pondu un communiqué pour nier quelconque projet avec cette société, et dénoncer cette méthode.

mercredi 22 août 2007

La Belgique est-elle encore gouvernable ?

73 jours. Voilà déjà plus de dix semaines que les élections législatives ont eu lieu en Belgique. Et toujours pas de nouveau gouvernement (le précédent gouvernement de Verhofstadt, démissionnaire depuis le lendemain des législatives, assure encore l'intérim).

Pourquoi est-ce si compliqué de mettre en place un nouveau gouvernement ?
Les vainqueurs du scrutin ont été les démocrates du CD&V du côté flamand, et les libéraux du MR du côté francophone. Les assemblées belges étant élues à la proportionnelle, les coalitions sont nécessaires pour obtenir une majorité. La piste évoquée depuis quelques semaines est celle d'une coalition orange-bleue : les démocrates (CD&V flamand, et cdH francophone) et les libéraux (MR francophone et VLD flamand).

Généralement, ces négociations se passent assez rapidement. Mais cette fois-ci, il y a problème. Des litiges sur les points économiques, mais surtout sur les questions communautaires.
En Flandre, la parti de Leterme a dû son récent succès électoral aux promesses d'autonomie, et est allié au parti indépendantiste NVA (d'ailleurs, une majorité de flamands a voté pour des partis réclamant l'autonomie, voire l'indépendance, de leur région).
De l'autre côté de la frontière linguistique, les partis wallons représentés au Parlement défendent tous l'unité de la Belgique. De plus, l'une des principales composantes du MR (parti fort de Wallonie aux dernières élections, et donc partenaire de gouvernement incontournable pour Leterme) est le FDF (Front Démocratiques des Francophones), qu'on imagine guère céder facilement aux demandes flamandes.

La tâche de Leterme est donc de mettre d'accord des partis qui veulent éloigner le plus possible Wallonie et Flandre, et d'autres qui veulent les éloigner le moins possible.
Et ce qui complique encore les choses, c'est que pour les réformes les plus importantes, et notamment celles relatives aux compétences des différentes régions et communautés, la Constitution Belge exige une majorité aux deux tiers ; or l'"orange bleue" ne possède pas cette majorité, ce que rappelle Joëlle Milquet, la présidente du cdH, qui ne veut pas se lancer dans une telle aventure sans être sûr d'avoir des partenaires pour la réaliser (et on peut penser que certains refuseraient que l'appui les députés de l'extrême-droite flamande pour atteindre cette majorité-là).

Est-il encore possible de fonder un gouvernement assez solide pour résister aux négociations communautaires, qu'on attend comme assez rudes ? Et pourtant, la Belgique ne peut pas faire autrement : en cas de blocage au niveau fédéral, le parlement flamand pourrait alors décider de mener son avenir lui-même…

mercredi 1 août 2007

Booba, rappeur de droite ?

Il n'y a sans doute pas de personnage plus paradoxal dans le rap français que Booba, et personne qui puisse autant symboliser ce qu'est le rap français.

On l'a d'abord connu au sein duo Lunatic, monument du rap underground (produit par leur label indépendant 45 Scientific, leur album "Mauvais Oeil" n'en sera pas moins rapidement disque d'or, tout comme le premier album solo de Booba). Et pourtant, on le retrouve quelque temps plus tard signé chez Barclay, au sein d'Universal, la plus grosse des majors.

On l'a connu hardcore à ses débuts, textes trop violents pour passer en radio. On le voit ensuite se convertir au refrain r&b chanté (Kanya Samet sur Destinée) pour passer enfin sur Skyrock. On le verra même, fin 2006, sur le plateau de la Star Academy.

Pour moi, Booba est aujourd'hui le rappeur français qui sait le mieux manier la plume, qui sait le mieux faire sonner les mots. Raison de plus pour regretter qu'il gâche son talent avec des paroles glorifiant la thune et la violence.
Cela ne l'empêche pas d'avoir déjà plusieurs classiques à son actif, comme Repose en paix, Strass et paillettes, ou Boulbi. Ce dernier titre, qui représente bien la nouvelle orientation crunk de B2O, est sans doute le plus gros hymne rap français depuis Seine Saint-Denis Style (Suprême NTM, 1998) ou Art de rue (Fonky Family, 2001).

Booba symbolise bien les affrontements communautaires dans le rap d'aujourd'hui. Fils d'un sénégalais musulman et d'une marocaine juive, son métissage est source de diverses attaques à la limite du racisme.
Ainsi, quand MC Jean Gab'1 s'en prend à lui (comme à de nombreux autres rappeurs français) dans son célèbre J't'emmerde, c'est en disant que celui-ci n'est "même pas renoi (noir) même pas rabza (arabe), Juste une jaune d'oeuf mal ssé-ca". Rohff, autre rappeur à succès ira même jusqu'à déclamer dans À quoi bon sert (un morceau de Kamelancien) que "MC envers toi j'ai pas d'estime comme la race à ta mère envers la Palestine".
Mais Booba lui-même donne parfois dans ce genre d'attaque : "Les négros sont déclassés par Pokora Diam's et Sinik. La honte négro, tu rends compte négro ?" (Le D.U.C.) ; Sinik lui répondra dans L'homme à abattre "Hey, si t'es métis, t'es forcement un peu babtou (=blanc)" ; Booba précisera dans Carton rose (le nouvel épisode du clash entre les deux rappeurs) que "Ma réponse n'a rien d'ethnique, ne vous méprenez pas" et "Je ne te clashe pas car tu es blanc mais j'vais te niquer ta race".

Autre point où le parcours de Booba est assez symbolique du rap actuel, la religion. Ce sera l'une des principales raisons de la séparation de Lunatic : Booba, pas très pratiquant, jugeant que la violence du rap était incompatible avec la sagesse de la religion, avait de plus en plus de mal avec le trip religieux de son comparse Ali. Il n'y a qu'à voir les agissements de Kery James et de Rohff pour voir le paradoxe entre la sagesse censée être apportée par la religion (se traduisant par des textes donneurs de leçons) et le comportement revendiqué comme étant "hardcore".

Venons-en au dernier point sur lequel Booba est assez symbolique de certains rappeurs : le rapport à l'argent. Pour B2O, le rap c'est avant-tout un business. D'ailleurs, s'il a quitté 45 Scientific, lorsqu'il a signé chez Universal, alors qu'il en était un des fondateurs, c'était pour créer son propre label Tallac Records, essentiellement destiné à la production de ses albums distribués par la major, ce qui lui rapporte évidemment beaucoup plus d'argent. Autre source importante de revenus, la marque de vêtements ünkut, qu'il a créé en 2004. Aujourd'hui, l'ancien rappeur underground semble prêt à se vendre si cela lui permet de gagner de l'argent, telle sa participation à un titre de Tony Parker (Top of the game) qui sent plus le gros cachet que l'amour de l'art.

Surtout, l'amour qu'a Booba pour l'argent se ressent dans ses textes et ses vidéos. Il aime parler de ses grosses bagnoles, il aime se montrer dans ses clips médaillon en avant, souvent devant une voiture ou des filles plutôt dénudées.
I AM dit que les artistes hip-hop de ce type font du "rap de droite" ("Munitions, flingues et balles, c'est du rap de droite / Femmes soumises ou à poils, c'est du rap de droite…"). Je ne suis pas trop fan d'I AM d'habitude, mais je trouve qu'ils ont cette fois tout à fait raison. Le bling-bling, le besoin de montrer qu'on a de l'argent, l'individualisme, c'est cette façon d'être qui rapproche ce genre de rappeur des attitudes de droite.
J'y ai repensé il y a quelques jours en tombant sur une interview qu'a donnée Booba à Brain Magazine : "Moi, je suis pour que chacun lève son cul et essaie de s’en sortir et si t’es pas bien là où t’es et bien barre toi ailleurs, la terre elle est grande. Je suis pas resté assis sur un banc à attendre le R.M.I. Moi, j’attends rien de l’Etat. Ceux qui se reposent sur l’Etat sont des assistés. La sécurité sociale, le R.M.I, c’est très bien mais ça a créé une génération d’assistés. Les mecs ont zéro ambition, leur seule ambition c’est de gratter, de bosser six mois et de toucher le R.M.I.".
Cela ressemble beaucoup au discours de Sarko contre la France qui triche et qui lèse la France qui se lève tôt, vous ne trouvez pas ?