jeudi 31 août 2006

On a les soutiens qu'on mérite

1967, élection législative à Grenoble :
Quel candidat n'a jamais pu se prévaloir de cautions aussi éclatantes et diverses ? Quatre prix Nobel (François Jacob, Jacques Monod, André Lwoff et Alfred Kastler) et Jean Rostand, Jean Vilar, Daniel Mayer, Maurice Duverger, Jacques Brel, Serge Reggiani, Marie Dubois, Jacques Martin… Plusieurs d'entre eux viennent parler ou chanter à Grenoble : et Mendès, qui fréquente très peu l'Olympia, découvre Jacques Brel avec ravissement
Jean Lacouture, Pierre Mendès France, p.631 de la version poche (collections "Points", le Seuil).


2007, élection présidentielle :
Trois membres de la famille Hallyday, parmi les plus célèbres -Johnny, Laeticia et David- ont adhéré au parti de Nicolas Sarkozy, a confirmé mardi la députée UMP de Meurthe-et-Moselle Nadine Morano. (…) Johnny Hallyday "soutient l'action de Nicolas Sarkozy, c'est un chanteur populaire que j'apprécie énormément, que beaucoup de Français apprécient, comme d'autres artistes, comme Jean Reno, comme Christian Clavier, j'en aurais beaucoup d'autres à citer qui ont rejoint Nicolas Sarkozy", a indiqué Nadine Morano
dépêche AP, 29 août 2006

Le scrutin présidentiel

Jean-Marie Le Pen était au second tour en 2002 à la place du candidat socialiste..
Mais pour moi, le vrai problème, ce n'est pas que Le Pen soit au 2ème tour, c'est plutôt que les candidats traditionnels fassent moins de 20% (effectivement, avec un Le Pen entre 15 et 17%, cela a des conséquences fâcheuses). Comment être un président rassembleur quand on n'arrive même pas à rassembler son camp alors qu'on en est le seul leader ?

Pourquoi les gros candidats font-ils des scores si moyens ? Et surtout, pourquoi les candidats alternatifs, non issus de partis de gouverment font-ils des scores si élevés ?
Essentiellement parce qu'une bonne partie des électeurs se sent oubliée. Qu'on ne lui parle pas de ses préoccupations.
Parce que l'élite de la France est globalement néolibérale alors que le peuple est majoritairement anti-néolibéral. Les principaux médias privés appartiennent à des très grand groupes industriels, donc néolibéraux. Et ils ne donnent le plus souvent la parole qu'à ceux qui pensent comme eux. Fabius est quasiment tricard à la télé depuis qu'il s'est prononcé pour le non à la Constitution il y a 2 ans, et pire encore, depuis qu'il a gagné ce référendum.

Une bonne partie des français a du mal à vivre dans une telle situation économique. Quand la droite s'aligne sur le MEDEF, et que la gauche parle du mariage gay et des sans-papiers, une partie d'entre eux va vers ceux qui leur disent "oui, nous, nous avons compris votre problème, le pouvoir d'achat, le chômage". En 2007, Le Pen n'aura même plus besoin de jouer sur la fibre raciste, il n'a qu'à se présenter comme le candidat de ceux que les autres n'écoutent plus. C'est quand même dramatique. Parce que Le Pen reste un gros raciste.
Un autre problème est le nombre toujours plus élevé de candidats. Le nombre de parrainages d'élus à obtenir a déjà été relevé par le passé, de 100 à 500, pour l'élection de 1981, afin de limiter le nombre de candidats, mais ça ne suffit plus. L'élection présidentielle est si importante que tous les partis veulent présenter leur candidat. Finis les accords entre partis de gouvernement (en 2002, chaque parti de la gauche plurielle a présenté son candidat), quant aux accords entre partis alternatifs, ils semblent impossibles (les partis veulent l'union, à condition que ce soit leur candidat qui la mène)

Tristan compare l'élection présidentielle à une élection de real-tv, je trouve ça très pertinent. On vote pour une personne, plus que pour son talent. On décide souvent d'éliminer au moins un des grands favoris avant la finale. A la Star Académy, on se retrouve avec Magalie en finale, qui ne sait pas chanter mais paraît proche des gens parce qu'elle est grosse, elle a même gagné. A la Présidentielle Academy, les conséquences sont plus graves (Le Pen au second tour).

La Vème république était un régime à la fois présidentiel et parlementaire. L'adoption regrettable du quinquennat a conduit à faire des élections législatives une simple amplification des présidentielles, et on voit mal pourquoi un président prendrait en cours de route le risque de dissoudre la majorité qu'il détient jusqu'à la fin de son mandat
Quand au côté parlementaire… Je ne suis pas fan des assemblées élues à la proportionnelle intégrale, qui peuvent renverser trop vite un gouvernement. Je n'aime pas non plus l'assemblée au scrutin uninominal par circonscription, on se retrouve avec des majorités bien trop grandes, où jamais un gouvernement n'est renversé. Finalement je préfère les résultats de cette proportionnelle par grandes circonscriptions, comme pour les élections européennes ou régionales, quitte à avoir un bonus pour la formation de tête comme dans la seconde (ce qui rend l'élection totalement incompréhensible, et toute estimation en sièges très hasardeuse). On arrive à une majorité assez stable mais pas écrasante, des petits partis représentés sans qu'il ait un poids trop lourd...

Faut-il donc pour autant changer les règles, faire élire le président par le Parlement, comme le propose Tristan ? Je ne sais pas.
Pas dans une Vème République en tout cas. Enlever au peuple le pouvoir de désigner directement le président (avec l'importance qu'a le président actuellement), ça serait lui envoyer le message "vous êtes trop cons, vous votez n'importe comment, laissez-nous faire". Pas terrible.
Une nouvelle République, celle de Montebourg ? La C6R (convention pour une sixième république) propose en effet cela "Le président de la République est élu par les deux assemblées parlementaires réunies en Congrès à la majorité absolue de ses membres". Là, ça m'intéresse plus. Bon, il faudra attendre 15-20 ans minimum, le temps que Montebourg devienne un éléphant du PS (et pour moi, il faudrait des assemblées où soient aussi représentés les "contestataires)". Mais arriver à cette proposition fondamentale de la C6R, il faudra que le peuple accepte un tel changement dans la Constitution, le fait que le président n'ait plus le rôle primordial. Comment ça, après avoir eu Chirac comme président, c'est facile ? ;)

Je ne sais pas. J'ai encore 20 ans pour réfléchir.

lundi 28 août 2006

Belgique : Yves Leterme insulte les francophones

Yves Leterme, ministre-président de la région flamande (néerlandophone) en Belgique, a accentué les tensions communautaires entre francophones et néerlandophones, en déclarant que "les francophones ne sont pas en état intellectuel d'apprendre le néerlandais".

Le parti flamand d'extrême-droite Vlaams Belang est de plus en plus populaire, grâce à ses idées séparatistes : ils veulent l'indépendance de la Flandre, et ont déposé en ce sens une proposition à la Chambre des représentants de Belgique, dont la prise en considération a été acceptée par tous les partis flamands. La droite traditionnelle perdant régulièrement des électeurs, elle commence à verser elle aussi dans le séparatisme : le parti conservateur CD&V a donc noué en 2004 un accord électoral avec le parti N-VA (Alliance Neo-Flamande), parti nationaliste flamand de droite, issue de droite de l'implosion de la Volksunie, qui milite pour une république belge ; quand à la branche de gauche de la défunte Volksunie, elle se regroupa quant à elle au sein de SPIRIT et s'allia avec les socialistes flamands du sp.a.

Mais à trop vouloir draguer les nationalistes, les responsables politiques dépassent parfois les bornes.
C'est le cas d'Yves Leterme, membre du parti conservateur CD&V, ministre-président de la région Flandre. Dans une interview publiée le jeudi 17 août par le journal Libération, Leterme s'emporte contre les communes à facilités. Ce régime a été instauré lors de la transformation de la Belgique en état fédéral en 1962, afin de permettre dans certaines communes de protéger les minorités linguistiques, en leur permettant d'obtenir des papiers administratifs dans leur langue plutôt que dans la langue de leur région (il existe ainsi des communes néerlandophones à facilités en français, des communes francophones à facilités en néerlandais et d'autres en allemand, et des communes germanophones avec facilités en français). Le problème porte plus précisément sur les communes néerlandophones à facilité en français : les francophones considèrent comme un droit acquis le fait de pouvoir parler français en Flandre, alors que pour les néerlandais, ce n'est qu'un système transitoire, qui doit permettre d'intégrer les francophones à la Flandre, et ensuite disparaître.
De plus, certaines communes flamandes à facilités en français, situées au sud de Bruxelles (francophone à 90 %) et au nord de la Wallonie francophone, sont elles-même majoritairement francophones, comme Rhode-Saint-Genèse par exemple. Cela pose de nombreux problèmes, notamment en ce qui concerne l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Cet arrondissement est composé de la région bilingue de Bruxelles-Capitale et de proches cantons néerlandophones (comportant notamment des communes à facilité en français). Les francophones refusent la scission de l'arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde, parce qu'ils sont plus attachés à l'union belge que les néerlandophones (cet arrondissement est une des dernières choses qu'ont en commun les deux nations), et aussi parce que les francophones des communes flamandes (à facilité) du sud de Bruxelles se plaisent dans cet arrondissement bilingue, et ne veulent donc pas se retrouver dans un arrondissement unilingue flamand.

Au journaliste de Libé qui lui demandait s'il ne fallait pas modifier la frontière linguistique pour tenir compre du cas des communes majoritairement francophones de Flandre au Sud de Bruxelles, Leterme répond catégoriquement qu'"il n'est pas question de toucher à cette frontière !", mettant en avant l'argument flamand sur le caractère prétendument temporaire des communes à facilités. Bien qu'il ait un père francophone, Leterme défend clairement le point de vue néerlandophone. Il s'énerve contre ces francophones qui ne veulent pas apprendre le néerlandais. Et là, Leterme dérape.

Il est cependant exact qu'il y a des communes en territoire flamand qui sont à 70 ou 80 % francophones. Mais l'usage du français y est toléré : c'est ce qu'on appelle les communes à facilités. Cela étant, au départ, l'idée était que beaucoup de francophones allaient s'adapter à la nouvelle réalité linguistique. Mais apparemment les francophones ne sont pas en état intellectuel d'apprendre le néerlandais, d'où la prolongation de ce statut d'exception.
Une fois relayés par la presse francophone belge, ces propos créent le scandale dans la Communauté Française de Belgique : le leader du parti socialiste belge francophone, Elio Di Rupo, ministre-président de la Wallonie, joue les faux naïfs en déclarant ne pouvoir croire "que son collègue ministre-président d'une région de qualité qu'est la Flandre puisse tenir des propos insultants à l'égard de francophones".

Leterme hors-la-loiLeterme se défend comme il peut. Il affirme d'abord que cela vient d'une erreur de traduction, ce qui sera démenti par le journaliste de Libération, Jean Quatremer, qui fera de plus remarquer que le ministre a pu relire l'article et qu'il n'a pas modifié cette phrase. Leterme essaye ensuite de minimiser ses propos.
Trop tard. Des plaintes sont déjà déposées contre lui. Par Olivier Maingain le président du FDF (Front démocratique des francophones) , et par plusieurs citoyens.

Cela a été remarqué par quelques blogueurs, Leterme s'affiche désormais sur son blog comme un hors-la-loi recherché mort ou vif, tout ça parce que Laurette Onkelink, ministre socialiste de la Justice et vice-premier ministre du gouvernement fédéral belge (représentée avec un pistolet sur le dessin en question), a effectivement dit qu'Yves Leterme était un homme dangereux.
Un homme politique d'une telle importance (ministre-président de la Flandre) peut il se laisser aller à publier des montages médiocres sur son site officiel ?

samedi 26 août 2006

Ségolène Royal, désignée par les medias

Quatre grands noms semblent se détacher pour l'investiture socialiste : Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et Ségolène Royal. Lionel Jospin aimerait également se mêler à la partie, mais seulement si on vient le chercher comme un sauveur, mais les socialistes l'ont déjà rangé dans le passé.

Jusqu'en 2005, on pensait que le rôle de candidat socialiste à la présidentielle 2007 se jouerait entre DSK et Fabius. Ce dernier était alors favori, au vu de son succès lors du référendum (il avait été le présidentiable socialiste à défendre le non, et 55% des français et 60% des sympathisants socialistes ont voté dans le même sens).

Et puis Ségolène Royal est arrivée. La nouveauté qu'elle apporte séduit les medias.

Un exemple ?

Dimanche 20 août, Ségolène Royal entre en campagne à la fête de la Rose avec un discours mitterandien.
Voici les unes des journaux nationaux publiés lundi :
Liberation 21 aoutLe Monde 22 aoutLe Figaro 21 aoutLe Parisien/Aujourd hui en France 21 aoutFrance Soir 21 aout

Mardi 22 août, Laurent Fabius lançait officiellement sa candidature, lançant son site internet de campagne, et allant répondre aux questions d'Harry Roselmack dans le journal télévisé le plus regardé d'Europe, proposant notamment une majoration du smic de 100€ dès juillet 2007 s'il est élu.
Les seules fois où le nom de Laurent Fabius apparaîtra en une des journaux nationaux cette semaine, c'est parmi la liste des challengers de Ségolène Royal :
Le Parisien/Aujourd hui en France 22 aoutLe Monde 24 aoutLiberation 25 aout

Pourquoi les medias parlent-ils tant de Royal et si peu de Fabius ?
N'allez pas me dire que les medias dominants considèrent Fabius comme un paria depuis qu'il a soutenu le non à la Constitution Européenne alors que 95% des medias étaient pour… Je ne vous croirai pas : je sais bien que la presse française est objective ;)

(sources couvertures : le kiosque d'imedias)

jeudi 24 août 2006

www.2007lagauche.fr - Laurent Fabius

Le site officiel de soutien à la candidature de Laurent Fabius :
http://www.2007lagauche.frPour "relancer et redresser la France".

mardi 15 août 2006

Dieudonné et ses amis négationnistes

Dieudonné n'en fait pas la publicité, mais son site officiel de campagne pour les présidentielles publie des articles de la fine fleur des négationnistes français et étrangers : Ginette Hess-Skandrani, Maria Poumier, Serge Thion, Mondher Sfar, Israël Shamir. Comment en est-on arrivé là ?

Le flirt de Dieudonné avec les négationnistes a commencé en 2004, lorsqu'il s'est rapproché de la sulfureuse Ginette Hess-Skandrani. Une négationniste prudente, ne proférant jamais de propos condamnables, mais connue pour ses amitiés avec le reste des négationnistes français. Certains mouvements pro-palestiniens proches de Dieudonné, commencent alors à s'en inquiéter. En octobre 2004, le mouvement EuroPalestine/CAPJPO exclut Dieudonné, lui reprochant de s'afficher avec Alain Soral et "Ginette Skandrani, antisémite et négationniste connue, qui se répand en propos dégoûtants sur des sites internet".
Ginette Hess Skandrani sera définitivement exclue des Verts en 2005 pour avoir publié des textes sur le site négationniste Aaargh (interdit en 2005 par la justice française) et collaboré au journal L'Audace du négationniste Mondher Sfar.

Skandrani ne restera cependant pas longtemps loin de la politique, puisqu'elle a rejoint le bureau de campagne de Dieudonné dès que celui-ci a annoncé sa candidature pour l'élection présidentielle de 2007. Elle déclare soutenir Dieudonné notamment parce qu'il est "un candidat impertinent qui dénonce toutes les atteintes à la liberté de pensée, d’expression et de recherche pour tous les historiens", se décrit comme faisant partie des "acharnés de la liberté d’expression, y compris dans la recherche historique". Liberté totale de pensée pour les historiens : elle s'oppose à la loi Gayssot qui condamne la publication de propos négationnistes.
Skandrani fait depuis publier sur le site officiel de campagne de Dieudonné des articles écrits par ses amis négationnistes. Petit tour d'horizon.

Deux articles de Maria Poumier sont publiés sur le site de Dieudonné (1, 2). Qui est-elle ?
Elle est proche du négationniste Roger Garaudy : elle l'a invité dans son université, et est même la secrétaire de rédaction de sa revue "A Contre Nuit". Elle traduit également des articles du négationniste Israël Shamir (sur lequel nous reviendrons plus tard), un d'eux étant même sur le site de Dieudonné.

Continuons la liste. Pas moins de 5 articles du site officiel de Dieudonné (1, 2, 3, 4, 5) sont signés d'un certain Serge Noith. Il n'est pas très difficile de déchiffrer que sous ce pseudonyme se cache Serge Thion, négationniste spécialisé dans l'internet, souvent considéré comme l'un des pères, avec Pierre Guillaume, du site négationniste Aaargh. Les écrits négationnistes de Thion lui vaudront d'être révoqué du CNRS (où il était chargé de recherche) en 2000.

Autre nom apparaissant sur le site de Dieudonné : Mondher Sfar, comme co-auteur d'un article avec Ginette Hess Skandrani sur les rabbins de la Neturei Karta (des juifs ultra-intégristes considérant la création d'Israël par l'homme comme impur, et s'affichant auprès de tous ceux favorables à la destruction d'Israël, et notamment Dieudonné). Sfar est un négationniste, lui aussi. Son principal coup d'éclat est la publication du "Manifeste judéo-nazi d'Ariel Sharon", un faux (les propos relatés n'ont pas été tenus par Sharon), d'ailleurs co-édité par l'association La Pierre et l'Olivier de Skandrani.

Il est facile de trouver sur internet des articles de Serge Thion et de Mondher Sfar dans la Revue d'Histoire Révisionniste (interdite) d'Henri Roques.

Concluons avec Israël Shamir. Deux de ses textes sont traduits sur le site de Dieudonné : l'un par Maria Poumier, dont nous avons déjà parlé, l'autre par Marcel Charbonnier (qui a démissionné de l'Association médicale franco-palestinienne de Marseille lorsque celle-ci a condamné la parution d'un article antisémite de Shamir qu'il avait traduit). Israël Shamir publie régulièrement des articles anti-sionistes dépassant la limite de l'antisémitisme. Il s'est distingué notamment par sa tentative de réhabilitation du fameux faux antisémite des Protocoles des Sages de Sion (il admet que c'est un faux, mais explique que le contenu est vrai), mais reprend également nombre de poncifs antisémites (le pouvoir aux mains des juifs, les juifs responsables de la Seconde Guette Mondiale). Converti au christianisme, il reprend l'accusation antisémite classique selon lesquels les Juifs sont les assassin du Christ. Si certains militants pro-palestiniens acharnés reprennent ses articles anti-israéliens, nombreux sont ceux qui, dans les milieux pro-palestiniens, jugent Shamir infréquentable de par son antisémitisme.

Ginette Hess Skandrani, Maria Poumier, Serge Thion, Mondher Sfar, Israël Shamir, tous ont au moins deux points communs : tous sont des négationnistes (et antisémites) célèbres et tous ont des articles publiés sur le site officiel de campagne Dieudonné.



Trackbacks à la main :
  1. Le fil d'Ariane, 17 août 2006 : Dieudonné et ses amis négationnistes
  2. Mémoire-Vive.org, 19 août 2006 : Mémoire Courte : blog, politique et citoyen

vendredi 11 août 2006

Belgique : la fin approche ?

Cela est passé relativement inaperçu, mais le 1er juin dernier, la quasi-unanimité des députés flamands à la chambre des représentants de Belgique ont voté la prise en considération d'une proposition du Vlaams Belang visant au démembrement de l'état belge.

La fin de la BelgiqueLes tensions communautaires entre wallons et flamands, entre francophones et néerlandophones ne sont pas nouvelles en Belgique : le nationalisme flamand existe depuis de nombreuses décennies, si bien qu'en 1977, Jacques Brel, flamand francophone, s'en prit en chanson aux flamingants (les nationalistes flamands).
Mais, peut-être à cause d'un désir inspiré par l'autonomie de la Catalogne en Espagne et l'indépendance du Montenegro en Serbie, ces tensions viennent de prendre un tournant historique.

En effet, le 18 mai dernier, deux députés fédéraux du Vlaams Belang (extrême-droite, désormais premier parti de Flandre dans les sondages) ont déposé à la chambre des représentants de Belgique une "proposition de résolution relative au démembrement de l'Etat belge en vue d'accorder l'indépendance au peuple flamand et au peuple wallon souverains" (DOC 51 2494/001).

38 pages de rancoeur anti-française, anti-wallonne, contre l'Armée Belge accusée d'être "antiflamande", l'état Belge accusé d'être responsable de "l'amputation de Bruxelles", de l'"oppression linguistique et culturelle de la Flandre", et de "francisation forcée", etc.
La proposition en elle-même est la suivante :
PROPOSITION DE RÉSOLUTION

LA CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS,
A. considérant que la révolution belge a été une tragédie qui a mis prématurément fin à l’unité des Pays-Bas regagnée en 1815 sous la famille d’Orange-Nassau;
B. considérant que la Flandre n’a jamais voulu la séparation d’avec les Pays-Bas du nord et que la révolution belge fut principalement le fait de Wallons et d’étrangers francophones;
C. considérant que le régime belge a inauguré pour la Flandre une période d’oppression linguistique et culturelle et de déclin économique qui a duré plus de cent ans;
D. considérant qu’il n’existe pas de peuple ni de nation belges, mais qu’un peuple flamand, un peuple wallon et une partie du peuple allemand coexistent sur
le territoire belge;
E. considérant que la Flandre et la Wallonie sont des sociétés totalement différentes ayant des sensibilités, des visions et des préférences différentes, et que ces sociétés ont de moins en moins de choses en commun;
F. considérant que le fait belge a abouti à ce que Bruxelles est aujourd’hui une ville essentiellement francophone et à ce que la Flandre et Bruxelles s’éloignent de plus en plus l’une de l’autre;
G. considérant que la Belgique n’est pas un État démocratique, étant donné que la minorité wallonne y a autant de pouvoir que la majorité flamande;
H. considérant que le fédéralisme belge n’a conféré qu’une autonomie de façade aux Flamands et que ce fédéralisme est une arme dont se sert l'establishment belgo-francophone pour neutraliser la majorité flamande;
I. considérant que la Flandre doit chaque fois payer un prix pour acquérir plus d’autonomie, ce qui constitue une violation du principe d’autodétermination des peuples;
J. considérant que la Flandre n’a aucun intérêt au maintien de l’État belge et que ce maintien signifie une saignée financière annuelle pour les Flamands;
K. considérant qu’il n’existe pas d’intérêt belge général, de sorte que la Belgique ne peut pas davantage être une démocratie;
L. considérant que la Belgique est un État artificiel et que le moment est venu d’accorder aux peuples flamand et wallon leur indépendance;

DEMANDE AU GOUVERNEMENT FÉDÉRAL:

de prendre sans délai les mesures nécessaires afin de préparer le démembrement de l’État belge, pour que les trois communautés – Flamands, Wallons et Allemands – puissent suivre leur propre voie.
Tous les députés flamands (à l'exception du président de l'assemblée Herman De Croo), qu'ils soient de gauche ou de droite, ont voté la prise en considération de cette proposition, qui sera donc débattue à la Chambre ; tous les députés francophones ont voté contre.

Les partis démocratiques flamands prétendent qu'il ne s'agit que d'une question de forme, qu'ils permettent que cette proposition soit débattue mais qu'ils n'y sont pas favorables. Certes, mais le cordon sanitaire est rompu.
Voici ces partis qui, après la tuerie d'Anvers, déclaraient qu'ils ne laisseraient jamais faire le Belang, permettre quelques semaines plus tard au même Vlaams Belang de présenter à la Chambre des représentants de Belgique un texte anti-wallon prônant le démantèlement de la Belgique. La fin de la Belgique n'est donc même plus un tabou.

Les états binationaux (Tchécoslovaquie) ou multinationaux (Yougoslavie) finissent toujours par se séparer. Le seul contre-exemple est la Confédération Helvétique, mais celle-ci existe depuis 7 siècles. Il est dur de fonder un sentiment national commun en Belgique qui dépasse la famille royale, alors que les deux principales communautés ont une population du même ordre de grandeur (les néerlandophones sont un peu plus nombreux), et que chacune a un voisin illustre de même langue.

Le Vlaams Belang connaît un succès grandissant, non pas à cause de ses idées racistes, mais grâce à sa volonté séparatiste. Le scénario apparaît désormais inéluctable : les négociations communautaires de 2007 accorderont toujours plus d'autonomie aux régions ; dans quelques années (dix ? vingt ?), le séparatisme aura atteint un tel point en Flandre qu'un référendum y sera organisé, et celui-ci conduira vraisemblablement à l'indépendance de la région.

La question ne semble même plus être le maintien de la Belgique, mais davantage l'avenir des régions qui la forment.

La Flandre, avec ou sans Bruxelles ?
Si les extrémistes du Belang rêvent d'une Flandre incorporant Bruxelles (qui en serait la capitale) et même la Flandre française (la région de Dunkerque), les Flamands accepteront sans doute de lâcher Bruxelles si cela leur permet de faire accepter aux francophones la scission de la Belgique. Il serait de toute façon surprenant que la population de Bruxelles, très majoritairement francophone, accepte d'être rattachée à la Flandre. De fait, la capitale de la Flandre sans Bruxelles serait Anvers. La Flandre étant une région riche, elle peut subsister seule, et il est donc très peu probable qu'elle cherche ensuite à être rattachée aux Pays-Bas.

Bruxelles et la Wallonie, indépendantes ou rattachées à la France ?
S'il existe des mouvements "rattachistes", comme le Rassemblement Wallonie-France, la majorité des Belges francophones refusent pour l'instant la séparation de Belgique (ne voulant pas être lâchés par les Flamands), et donc plus encore un éventuel rattachement à la France ensuite. Il y a toujours eu une relation compliquée entre la France et la communauté Française de Belgique : les Belges ont un certain complexe d'infériorité : le monde fait plus attention à la France qu'à la Belgique, alors que les Français ne sont pas mieux qu'eux ; ils sont également énervés par un patriotisme jugé arrogant, sentiment renforcé par les fameuses "blagues belges" que racontent les Français. Alors que la France accueillerait sans problème la Wallonie et même Bruxelles, cette éventualité est pour l'instant ressentie comme une annexion, ce qui la rend impopulaire.
Cela ne permet toutefois pas de présager de l'avenir. La Wallonie est une région plus pauvre que la Flandre : elle pourrait être tentée de rejoindre la France pour maintenir son train de vie. Certains imaginent même de faire de Bruxelles, qui resterait alors seule, un district européen, sur le modèle de Washington aux États-Unis d'Amérique. Beaucoup d'hypothèses mais encore rien de tout à fait sérieux.