samedi 23 mars 2013

Le viol et le voile

Il y a quelques semaines, un matin. Dans le bus, je m'assieds comme habituellement au fond, à l'avant-dernière rangée. Un trajet plutôt dans des beaux quartiers, tranquille, avec des passagers calmes.

Je ne suis pas du genre à écouter les conversations des autres, je ne suis pas curieux pour ces choses-là. Je remarque vaguement que l'homme derrière moi est au téléphone
Mais j'entends alors :
-T'es obligé de les violer.
Ai-je bien compris ? Mélange d'incrédulité et de peur. Me serais-je assis juste devant un criminel ?

-Les femmes, quand elles sont belles, tout ça, t'es obligé… On est des hommes… T'es obligé de les violer.
Ah, j'avais bien entendu. Merde.
-Les chrétiens, les juifs, ils font rien… Nous, on les protège. Comme ça, on n'a pas la tentation.

Le mec est clairement en train de faire de la propagande religieuse musulmane, assez flippante, à son interlocuteur. Il lui fait une liste d'interdits. De ce que je me souviens :
-Les tatouages, ça tue. Le porc aussi, ça tue… Quand ils le tuent, ça va dans le corps, c'est pas bon, ça tue. T'as vu les vidéos sur mon ordi ? Tu regarderas, c'est sur mon ordinateur. Y a un hindou, là, qui explique… Les autres vidéos aussi, ils disent tout ça.

Le bus arrive à destination, et je peux enfin enlever cette conversation de mes oreilles.

Que faire dans ce cas-là ?
Dans l'idéal, sans doute se retourner, remettre la personne à sa place.
Mais en fait, j'avais peur. Entendre le mec de derrière justifier un crime comme étant quelque chose de normal, cela donne juste envie de t'éloigner de lui le plus rapidement possible. Et ne surtout pas tenter de discuter avec lui.

Que penser de tout cela ?
Alors, oui, il faut tenir compte du contexte. Et, comme le montre la suite, il s'agit avant tout de propagande religieuse balourde.

Cela relativise-t-il les propos ?
Non, il n'y avait ni provocation ni gêne dans la voix de l'homme au téléphone. Cela semblait lui être naturel, les deux fois. Il n'a pas changé de ton, il n'a pas baissé la voix. Et comme il ne s'est pas ensuite justifié de ses propos, sans doute cela était naturel pour son interlocuteur lui aussi.
Mais, en réalité, qu'il s'agisse d'un vrai détraqué, un criminel utilisant la religion pour justifier ses instincts, ou d'un crétin au prosélytisme débile, ces propos sont infâmes.

Cet épisode m'a pas mal travaillé. J'évolue dans un monde calme, fait de gens plutôt tolérants. J'ai tendance à croire trop souvent que "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil".
Que, même si les blagues machistes perdurent, plus personne ne croit sérieusement que les femmes sont inférieures.
Et que le crime est quelque chose de, fort heureusement, honteux.


La piqûre de rappel fût assez effrayante. Ce n'était pas un crétin en djellabah, pas une racaille, pas un gros beauf, pas une mine patibulaire. Mais un jeune noir comme on en voit plein dans cette ville métissée. Bref, monsieur tout le monde.

Et donc, oui, en prenant son bus, on peut se retrouver à proximité d'un monsieur tout le monde pour qui un crime comme le viol est quelque chose de normal, et pour qui une femme est bonne à ça dès lors qu'elle ne porte pas le voile.
Et pour un qui l'exprime à haute voix, combien qui le pensent sans le dire ?

Mettre cela sur le manque d'éducation ? Mais, bordel, éducation ou non, comment peut-on arriver à croire à de telles horreurs ?

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