Les subventions et l'incompétence communautariste

J'ai commencé à écrire un article sur le sujet, il y a quelques mois, en revenant avec recul sur le fiasco de l'Europride marseillaise. Article pas fini, peut-être pas envie d'accabler encore plus l'organisation que je ne l'avais déjà fait. Mais comme l'affaire rebondit encore…

Après tout, ce qui m'intéresse tant dans cette histoire, ce n'est pas l'échec, mais ce qu'il a révélé. La façon dont les associations communautaires ne réfléchissent qu'en subventions (ou presque).

L'organisation de l'Europride marseillaise a clairement été beaucoup trop ambitieuse. Par naïveté, sans doute : ils croyaient que le simple label Europride allait ramener des milliers de touristes gays de tout le continent.
Et ils ont réussi à convaincre des partenaires que cela génèrerait aussi un succès commercial. Sur le papier le programme était alléchant : belle cérémonie d'ouverture devant le MuCEM, festival Get A Kool, village gay-friendly sur les plages du Prado (Europride Beach), la Friche de la Belle de Mai investie pour de nombreuses rencontres, ateliers, conférences.


Les articles évoquaient une capacité de 15 000 personnes dans les 6000 m² de l'Europride Beach, affolant le maire de secteur (le très droitier Dominique Tian) des dix soirs de tapage annoncé . La présidente de l'asso organisatrice fanfaronnait, annonçant « 200 000 participants à la marche du 20 juillet et 400 000 personnes lors du dernier week-end » (les estimations hautes allaient même jusqu'à 600 000 personnes).

À public (attendu) élevé, subventions élevées. 100 000 € de la seule Ville de Marseille, et il fût évoqué des subventions du Conseil Général et du Conseil Régional de 80 000 euros chacune.

Mais les organisateurs ont oublié le principal : communiquer. On n'a pas « vendu » l'événement à la population locale …ni aux communautés gays européennes (censées amener des centaines de milliers de personnes).


Résultat : faute de monde, la cérémonie d'ouverture est supprimée au dernier moment, Get A Kool annule la plupart de ses concerts, l'Europride Beach Club attire 500 personnes par jour (au lieu de 15 000), le village associatif de la Belle de Mai reste désespérément vide. (« Coraline Delebarre du Kiosque Info Sida déplore que seules trois filles aient trouvé le chemin jusqu'à la salle de la Friche où avait lieu un atelier sur la sexualité entre femmes. Un autre atelier, consacré aux femmes et au BDSM, a été annulé car personne n'est venu. »).
Et le dernier jour ? 400 000 personnes ? 200 000 ? 130 000 ? (estimations revues à la baisse au fur et à mesure que la date fatidique approchait). Non, 7 500. Et le grand concert de fin sur les plages du Prado ? « Annulé, faute de moyens pour assurer sa sécurité ».

Que l'instigateur de Get A Kool annule des soirées, c'est normal : après tout, il tente de perdre le moins d'argent possible. Mais, que l'organisation de l'Europride annule au dernier moment des événements annoncés depuis des mois, cela est bien plus troublant.

L'argument qui revient toujours, c'est « on n'a pas eu les subventions ».

Exemples :

Du côté de la LGP, structure organisatrice de l’Europride, on fait profil bas. Et l’on déplore le « manque de moyens financiers » : le budget de 600 000 euros présenté à l’EPOA n’a jamais pu être réuni. Seule une subvention de 100 000 euros a été versée par la Ville de Marseille. Une somme venue s’ajouter aux 120 000 euros réunis auprès de partenaires privés. « La LGP avait déposé des demandes de subventions au conseil général et à la région PACA, mais elles n’ont pas été votées à temps, nous les attendons toujours, explique Stéphane Corbin, coordinateur de la marche. Ce fut fatal aux cérémonies d’ouverture et de clôture. Nous avons dû réduire la voilure de l’ensemble de la manifestation.»
(Télérama)


Sur le concert de Boy George prévu pour la soirée de clotûre : Deux semaines avant le concert, le contrat n'avait pas été signé et les billets de l'artiste et des personnes qui l'accompagnent n'avaient pas été payés. «Ils me disaient qu'ils attendaient de l'argent de la ville de Marseille, qu'ils ne pouvaient pas me payer tout de suite, mais qu'il fallait me détendre. Nous ne leur faisions pas confiance.» (…). Là encore, Suzanne Ketchian se justifie: «La première fois que j'ai été contactée par Marc Vedo, c'était le 8 juillet. Avant cela, j'étais en relation avec Michael Bizet, qui m'a lui-même contactée le 20 juin en tant que représentant de Boy George en France. Et je lui ai indiqué que j'attendais des subventions de la région Paca
(Yagg)


Six mois plus tard, l'affaire rebondit encore, cette fois à cause de l'exposition Corps et Histoire à la Belle de Mai dans le cadre de l'Europride : les œuvres n'ont pas été renvoyées à leurs auteurs (et la LGP est apparemment injoignable), le commissaire de l'exposition affirme même que « personne n’a été payé : commissaires, régisseurs, artistes, fournisseurs… », et la Friche de la Belle de Mai qui « attend toujours les 100 000 euros dus pour la location des espaces ».

On apprend alors que «Le Conseil général et le Conseil régional avaient promis chacun 80.000 euros, et nous avons fabriqué notre budget sur cette promesse. Ce budget n'a pas été voté et n'a donc pas été versé à la LGP. Cela explique pourquoi personne n'a été payé.» Voilà, la LGP n'a pas tout simplement pas les moyens de renvoyer les œuvres.
Sa présidente, qui sort enfin du bois, explique :
«Les promesses n'engagent que ceux qui y croient, résume amèrement Suzanne Ketchian. On ne les a pas rêvés, ces financements, on nous les a assurés. Quand un directeur de cabinet du président de la région vous regarde droit dans les yeux et dit qu'il va vous soutenir, vous y croyez. Quand on a su que les subventions n'arriveraient pas avant octobre ou novembre, on a réduit la voilure. Ce n'est pas de gaîté de cœur que nous avons dû tronquer l'événement.»

Résumons.
Nous sommes dans une caricature à l'extrême des associations communautaires subventionnées. On organise des événements dont le budget dépend en très grande partie des subventions …qu'on surestime largement. On prévoit des dépenses avec de l'argent qui n'est pas en caisse (et certaines de ces dépenses font jaser). Et, quand vient le moment de payer, on rejette la faute sur les collectivités qui n'ont pas donné assez.
Et le Conseil Général explique ne pas avoir versé l'argent promis parce qu'il n'a  « pas eu l’ombre d’un justificatif de frais engagés ». Amateurisme, quand tu nous tiens.

Oui, à Marseille, le clientélisme électoral est plus répandu qu'ailleurs. Mais cela n'explique pas tout : on est vraiment dans une situation où le communautarisme est biberonné par les subventions, aux associations qui finissent par les considérer comme un dû.

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