Les pro-Carignon ont repris les méthodes du passé (coups bas, attaques personnelles contre les adversaires, de gauche comme de droite), qu'ils ont adapté à ce nouveau moyen de communication. J'avais déjà parlé des trucages de sondages internet par les carignonistes, mais cela reste finalement presque gentillet par rapport au reste. Leur cible principale est évidemment, Michel Destot, maire socialiste de Grenoble, qui a le tort d'occuper le poste que Carignon rêve de récupérer.
Un exemple ? La page "Non à Destot" (qui se veut sans doute une réponse au site "Non à Carignon"), accusant le député-maire de tout les maux (y compris d'un "scandale de Saint-Théoffrey", une commune qui n'est même pas dans la circonscription dont Destot est le député !), et illustrée avec une photo choisie pour que celui-ci ait l'air le plus ahuri possible (il me semble qu'elle a été prise lorsqu'il a tenté de grimper le Cho Oyu). Mais il y a plus grave.
J. B.* est un étudiant de 19 ans, qui animait un blog "Observatoire de la dépense publique", émanation d'un collectif du même nom, présenté comme "apolitique", dont l'autre responsable se nomme Bernard Forey. Apolitique, vraiment ? Ces deux hommes sont pourtant militants UMP pro-Carignon ; J. B. est même "délégué départemental de l'UMP Isère aux questions de sécurité et de justice".Ce dernier traque tout ce qui concerne les adversaires socialistes de Carignon (surtout Michel Destot, rival pour la mairie, et Geneviève Fioraso, rivale pour l'élection législative dans la première circonscription de l'Isère), avec l'espoir de trouver des agissements illégaux. Quel meilleur gibier que Corys, entreprise créée par Destot, et dont Fioraso fut la directrice commerciale ? Quelques semaines avant les législatives, il ressort sur son blog un dossier d'expertise judiciaire concernant Corys, où apparaissent les noms des deux socialistes. Qu'importe si une instruction judiciaire a suivi et n'a concerné ni Destot ni Fioraso, qu'importe si justice a déjà été rendue, il faut salir : il crie alors au "scandale politico-financier non résolu".
Cela devient alors un argument de campagne pour tenter de renverser la débâcle annoncée de Carignon aux législatives : à quelques jours du premier tour, l'ancien ministre glisse le lien sur son blog, et l'UMP38 réalise des tracts sur Corys qui donnent l'adresse de cet "observatoire" inféodé.
J. B. essaye de répandre sa propagande sur wikipedia : en avril, il crée des articles (rapidement supprimés) sur Corys et Geneviève Fioraso, et tente une modification de la page "Michel Destot" (qui tiendra 7 minutes) pour rajouter sa propagande. Le 7 juin, à 3 jours du premier tour, il retente de modifier la page sur Destot, et recrée une page sur Fioraso.
Une nuit de la même semaine, la majorité du personnel municipal grenoblois reçoit un mail anonyme, reprenant ces mêmes accusations contre Destot et Fioraso (et renvoyant aux sites "Observatoire de la dépense publique" et "Non à Destot"), ce qui fera dire au maire que "la ligne jaune (a été) franchie". Qui était cet expéditeur anonyme ? J. B. aurait avoué.
Destot fait poursuivre le jeune homme. Cela ne plait évidemment pas à l'UMP38. Que lui répondent-ils ? Ils l'accusent de "transforme(r) Grenoble en cloche merle et cité de la rumeur et de l’amalgame" (alors qu'ils passent leur temps à réclamer que Destot s'explique sur la rumeur Corys, dont ils sont les instigateurs !), tout en minimisant ce qui est reproché à l'un des leurs.
C. A.* est un autre cas intéressant : il est l'un des responsables de "Grenoble avenir 2014" (les "états-généraux" de l'UMP38). Caricature de militant pro-Carignon, il a ouvert son blog début juillet : moins de 3 mois, mais cela vaut déjà le détour.
Cela a commencé tout en finesse, à propos des militants anti-Carignon de la droite grenobloise : "en tant que petit fils de résistant déporté en camp de concentration car il a refusé de se soumettre à une collaboration passive, je m’opposerai farouchement à toute propagande vichyssoise faite par des collaborateurs de la mairie actuelle" ; cela a continué, avec le même niveau, à propos des poursuites judiciaires engagées par le maire contre J. B. : "M. le maire voudrait mettre des statuts de lui dans Grenoble pour compléter sa vision Stalinienne de la justice et de la gestion de la ville. Après, il condamnera un jeune militant UMP de 19 ans à la peine capital pour avoir envoyé quelques emails".
En une semaine de blog, il avait donc déjà assimilé le maire au stalinisme, la mairie aux nazis, la droite Cazenave/Chamussy (les anti-Carignon) au régime vichyste collaborateur (Chamussy à qui il reproche aussi, entre autres, d'avoir un frère à la CGT)…
Mais ce n'était qu'un début. Le 20 juillet, cela vire à des menaces politiques assez ignobles, toujours concernant J. B. et Corys :
M. le Maire, il est vrai qu'utiliser des fichiers qui appartenaient à la mairie est interdit.Ces propos me semblent parfaitement rentrer dans la définition du chantage de l'article L-312-10 du Code Pénal.
Cependant réfléchissez un peu, si nous diffusions sur tous les sites UMP et blogs politiques de France le rapport d'expertise judiciaire de CORYS SA, imaginez l’impact sur votre crédibilité déjà bien affaiblie depuis quelques années.
M. le maire vous nous poursuivriez tous pour diffamation ?
M. le maire soyez raisonnable, retirez votre plainte et justifiez vous ou nous commencerons cette diffusion au niveau local et national, dans chaque commentaire vous pourriez trouver ce dossier compromettant !
Ne gâchez pas l’avenir de ce jeune ou nous vous rendrions la vie impossible.
JB on est avec toi.
D'ailleurs, le même jour, ce jeune homme va poster de nombreux commentaires sur des blogs de droite, leur demandant (après leur avoir fait des compliments) de faire de la publicité à "l'affaire Corys" présentée comme "affaire de détournement", voire "de détournements de fonds".
Mais, quand C.A. se rend sur des blogs de gauche, il est nettement moins amical. Les 22 et 23 juillet, il poste "vous etes tous de gros con on a gagné! vous avez perdu!" en commentaire sur plusieurs blogs plutôt de gauche. La classe, le respect de l'adversaire…
Diffamation, chantage, insultes, voici les méthodes des pro-Carignon…
* éditions 07/11/08 et 14/09/10 : au nom du droit à l'oubli, j'ai accepté d'anonymiser cet article.
