dimanche 30 septembre 2007

Les méthodes carignonistes sur internet : diffamation et chantage

L'internet est un bel outil pour suivre la communication politique locale, surtout à Grenoble, où une part importante de la communication de la droite s'effectue sur ce media (y compris pour se déchirer entre pro- et anti-Carignon).

Les pro-Carignon ont repris les méthodes du passé (coups bas, attaques personnelles contre les adversaires, de gauche comme de droite), qu'ils ont adapté à ce nouveau moyen de communication. J'avais déjà parlé des trucages de sondages internet par les carignonistes, mais cela reste finalement presque gentillet par rapport au reste. Leur cible principale est évidemment, Michel Destot, maire socialiste de Grenoble, qui a le tort d'occuper le poste que Carignon rêve de récupérer.

Un exemple ? La page "Non à Destot" (qui se veut sans doute une réponse au site "Non à Carignon"), accusant le député-maire de tout les maux (y compris d'un "scandale de Saint-Théoffrey", une commune qui n'est même pas dans la circonscription dont Destot est le député !), et illustrée avec une photo choisie pour que celui-ci ait l'air le plus ahuri possible (il me semble qu'elle a été prise lorsqu'il a tenté de grimper le Cho Oyu). Mais il y a plus grave.


J. B.* est un étudiant de 19 ans, qui animait un blog "Observatoire de la dépense publique", émanation d'un collectif du même nom, présenté comme "apolitique", dont l'autre responsable se nomme Bernard Forey. Apolitique, vraiment ? Ces deux hommes sont pourtant militants UMP pro-Carignon ; J. B. est même "délégué départemental de l'UMP Isère aux questions de sécurité et de justice".
Ce dernier traque tout ce qui concerne les adversaires socialistes de Carignon (surtout Michel Destot, rival pour la mairie, et Geneviève Fioraso, rivale pour l'élection législative dans la première circonscription de l'Isère), avec l'espoir de trouver des agissements illégaux. Quel meilleur gibier que Corys, entreprise créée par Destot, et dont Fioraso fut la directrice commerciale ? Quelques semaines avant les législatives, il ressort sur son blog un dossier d'expertise judiciaire concernant Corys, où apparaissent les noms des deux socialistes. Qu'importe si une instruction judiciaire a suivi et n'a concerné ni Destot ni Fioraso, qu'importe si justice a déjà été rendue, il faut salir : il crie alors au "scandale politico-financier non résolu".

Cela devient alors un argument de campagne pour tenter de renverser la débâcle annoncée de Carignon aux législatives : à quelques jours du premier tour, l'ancien ministre glisse le lien sur son blog, et l'UMP38 réalise des tracts sur Corys qui donnent l'adresse de cet "observatoire" inféodé.

J. B. essaye de répandre sa propagande sur wikipedia : en avril, il crée des articles (rapidement supprimés) sur Corys et Geneviève Fioraso, et tente une modification de la page "Michel Destot" (qui tiendra 7 minutes) pour rajouter sa propagande. Le 7 juin, à 3 jours du premier tour, il retente de modifier la page sur Destot, et recrée une page sur Fioraso.

Une nuit de la même semaine, la majorité du personnel municipal grenoblois reçoit un mail anonyme, reprenant ces mêmes accusations contre Destot et Fioraso (et renvoyant aux sites "Observatoire de la dépense publique" et "Non à Destot"), ce qui fera dire au maire que "la ligne jaune (a été) franchie". Qui était cet expéditeur anonyme ? J. B. aurait avoué.
Destot fait poursuivre le jeune homme. Cela ne plait évidemment pas à l'UMP38. Que lui répondent-ils ? Ils l'accusent de "transforme(r) Grenoble en cloche merle et cité de la rumeur et de l’amalgame" (alors qu'ils passent leur temps à réclamer que Destot s'explique sur la rumeur Corys, dont ils sont les instigateurs !), tout en minimisant ce qui est reproché à l'un des leurs.


C. A.* est un autre cas intéressant : il est l'un des responsables de "Grenoble avenir 2014" (les "états-généraux" de l'UMP38). Caricature de militant pro-Carignon, il a ouvert son blog début juillet : moins de 3 mois, mais cela vaut déjà le détour.
Cela a commencé tout en finesse, à propos des militants anti-Carignon de la droite grenobloise : "en tant que petit fils de résistant déporté en camp de concentration car il a refusé de se soumettre à une collaboration passive, je m’opposerai farouchement à toute propagande vichyssoise faite par des collaborateurs de la mairie actuelle" ; cela a continué, avec le même niveau, à propos des poursuites judiciaires engagées par le maire contre J. B. : "M. le maire voudrait mettre des statuts de lui dans Grenoble pour compléter sa vision Stalinienne de la justice et de la gestion de la ville. Après, il condamnera un jeune militant UMP de 19 ans à la peine capital pour avoir envoyé quelques emails".
En une semaine de blog, il avait donc déjà assimilé le maire au stalinisme, la mairie aux nazis, la droite Cazenave/Chamussy (les anti-Carignon) au régime vichyste collaborateur (Chamussy à qui il reproche aussi, entre autres, d'avoir un frère à la CGT)…

Mais ce n'était qu'un début. Le 20 juillet, cela vire à des menaces politiques assez ignobles, toujours concernant J. B. et Corys :
M. le Maire, il est vrai qu'utiliser des fichiers qui appartenaient à la mairie est interdit.
Cependant réfléchissez un peu, si nous diffusions sur tous les sites UMP et blogs politiques de France le rapport d'expertise judiciaire de CORYS SA, imaginez l’impact sur votre crédibilité déjà bien affaiblie depuis quelques années.
M. le maire vous nous poursuivriez tous pour diffamation ?
M. le maire soyez raisonnable, retirez votre plainte et justifiez vous ou nous commencerons cette diffusion au niveau local et national, dans chaque commentaire vous pourriez trouver ce dossier compromettant !
Ne gâchez pas l’avenir de ce jeune ou nous vous rendrions la vie impossible.
JB on est avec toi.
Ces propos me semblent parfaitement rentrer dans la définition du chantage de l'article L-312-10 du Code Pénal.
D'ailleurs, le même jour, ce jeune homme va poster de nombreux commentaires sur des blogs de droite, leur demandant (après leur avoir fait des compliments) de faire de la publicité à "l'affaire Corys" présentée comme "affaire de détournement", voire "de détournements de fonds".

Mais, quand C.A. se rend sur des blogs de gauche, il est nettement moins amical. Les 22 et 23 juillet, il poste "vous etes tous de gros con on a gagné! vous avez perdu!" en commentaire sur plusieurs blogs plutôt de gauche. La classe, le respect de l'adversaire…

Diffamation, chantage, insultes, voici les méthodes des pro-Carignon…

* éditions 07/11/08 et 14/09/10 : au nom du droit à l'oubli, j'ai accepté d'anonymiser cet article.

mercredi 26 septembre 2007

Quant elysee.fr devient sarkozy.fr

Vu sur le blog de Valerio Motta :

Découvrez la nouvelle version du site de la Présidence de la république : http://www.elysee.fr/accueil/
Comparez avec l'ancienne version du site, une présentation sobre héritée de l'ère Chirac.
Et surtout avec Sarkozy.fr, le site de campagne de Sarkozy pour la campagne présidentielle passée.

Oui, elysee.fr et sarkozy.fr, c'est la même charte graphique !
La tête du président en haut à gauche, une télé du président (PR-TV) qui est une copie conforme de la télé du candidat (NS-TV). Quoique vous fassiez, vous verrez au moins une photo de Sarkozy, voire deux, trois, pour bien vous rappeler qui est le chef.

Je trouve ça particulièrement choquant. Que diriez-vous si le site de votre ville affichait en gros la tête de votre maire ? Qu'il utilise ce site pour faire sa promotion personnelle...

édit : voir des copies d'écran sur lefigaro.fr

mardi 25 septembre 2007

Belgique : la franchise des socialistes wallons

Est-ce parce que, suite à leur défaite historique aux législatives, ils ne participent pas aux négociations pour la formation du gouvernement qui n'en finissent plus (déjà plus de 15 semaines !), que les socialistes wallons se lâchent et brisent le tabou de la scission de la Belgique ?
En tout cas, ils dépeignent une situation beaucoup moins rose pour l'avenir de la Belgique que celle qu'on peut souvent entendre du côté wallon.

Philippe Moureaux, vice-président du PS, dans une interview au Soir :
Ecoutez, il y a un côté pathétique : les médias interrogent tous les deux jours un Flamand qui est pour le maintien de la Belgique ; on va chercher les Martens, les De Croo ; on sort les drapeaux ; on défile pour la Belgique Tout ça face au bulldozer flamand. Extraordinaire.
Moi, je suis très heureux dans la Belgique fédérale, et je ne demande rien d'autre. Mais cela n'empêche pas d'ouvrir les yeux sur la réalité flamande.
(…)
Le projet de Leterme et du CD&V reste le projet central au Nord : vider au maximum l'Etat fédéral mais en maintenant une structure légère afin de conserver Bruxelles et le poste de Premier ministre.
Bruxelles : car ils se rendent compte que leur idée fumeuse de condominium ne sera jamais acceptée par les francophones.
Le « seize » : parce que l'étiquette Belgique a de la valeur sur la scène internationale.
Dans l'immédiat, ils vont rassurer les francophones par quelques déclarations émouvantes sur le maintien de la Belgique, tout en commençant à racler l'os. Ils sont en train d'obliger les francophones à discuter de matières qui sont des matières d'« essence » pour un Etat. Voilà leur cap. Mais ils y vont par étapes, en grignotant.
(…)
Si l'on prend conscience de l'évolution de la Flandre telle que je l'ai décrite – et je pense qu'intellectuellement, l'analyse est partagée bien au-delà du PS –, alors, il faut être cohérents. D'ailleurs, mon analyse est cruelle pour tous les francophones, pour tous ceux qui croient que rien ne se passe, et il y a des socialistes, bien sûr.
Les francophones doivent se préparer au confédéralisme. Et avoir à l'esprit que si, en Flandre, la minorité des fameux 40 %, l'« aile agissante », approche des 50 %, il faudra se préparer au splitsing. Il paraît qu'on ne peut pas le dire

Élio Di Rupo, président du PS, dans une interview au Soir Magazine :
C'est vrai que dans l'opinion publique francophone, en Wallonie, on sent bien que le fait que les Flamands veulent scinder le pays induit une sorte de tristesse indicible parce que nous aimons notre pays. Mais nous devons faire preuve de lucidité: il arrivera un moment, même si on ne le souhaite pas, où la Flandre voudra voguer de ses propres ailes. Et ce ne sera pas, alors, la peine de dire: ah le bel avion, j'aurais bien voulu être dedans. Ce sera trop tard. Quand l'avion s'en va, il s'en va

Je ne sais qui a raison sur l'avenir de la Belgique. Mais j'étais tellement frappé par ce décalage entre les discours flamands et francophones que je trouve très intéressant que des responsables politiques prennent acte de ce que disent les flamands, au lieu d'espérer que tout finira par se modérer. Si la formation du gouvernement échoue, c'est bien parce que Leterme refuse de modérer son discours, son programme, ce qui le rend (pour l'instant) inacceptable pour ses partenaires francophones au sein d'une coalition "orange bleue".

Je rejoins surtout Moureaux sur l'idée que les Flamands autonomistes/indépendantistes veulent "racler l'os" Belgique. C'est ce que je disais à propos de la N-VA : ces responsables flamands ne veulent maintenir la Belgique pour l'instant qu'afin de profiter de ses avantages, et en aucun cas pour continuer de vivre avec les Wallons.

mercredi 19 septembre 2007

Les intégristes de "Belgique et Chrétienté" contre une publicité de Plug TV


Plug TV est la chaîne belge du groupe RTL à destination des jeunes francophones : séries américaines, recyclage des télé-réalité de M6 (qui n'émet pas en Belgique et appartient au même groupe), Cauet, etc.
Pour cultiver son image jeune, elle diffuse depuis début septembre, sur les autres chaînes belges francophones de RTL (RTL-TVI, Club RTL) et dans les cinémas, un spot publicitaire décalé mettant en scène Jésus.

Un Jésus fêtard, dôté de super-pouvoirs (qu'il déclenche en dessinant une croix devant lui avec son doigt) utilisés pour rentrer en boîte de nuit. Tout se passe bien pour lui jusqu'à ce que, assis dans une limousine en compagnie de deux charmantes diablesses, il veuille regarder Plug TV. Cela lui vaut d'être rappelé immédiatement dans les cieux par son père (Dieu) qui lui passe un savon : "Plug TV et puis quoi encore ? Tu sais très bien que tu peux tout te permettre sur terre, mais pas ça !"

Mais cela ne plaît pas évidemment pas à tout le monde. "Belgique et Chrétienté" (B&C) est une association catholique intégriste d'extrême-droite [1] qui agit par lobbying, appelant à boycotter des entreprises dont les publicités ont été jugées trop peu respectueuses de la morale catholique. Dès le 9 septembre, son président Alain Escada mobilise ses troupes : fustigeant ce "Jésus baba-cool, ventripotent et hirsute qui utilise notamment ses pouvoirs pour s'entourer... de deux jeunes femmes démoniaques en tenues érotisées et prenant des poses suggestives", et criant au "racisme anti-chrétien", il incite ses membres à inonder de protestations les adresses mails et les numéros de téléphones qu'il donne. Le message est clair : "Faisons pression sur tous les acteurs économiques liés à RTL Group.".
Mais la pression ne s'effectue pas que par mail ou par téléphone. Escada menace RTL : s'ils ne retirent pas leur publicité, B&C organisera une "manifestation devant le siège de la société RTL Tvi à Bruxelles (tous les renseignements suivront) afin de dénoncer fermement ce racisme anti-chrétien, le seul racisme qu'on pratique aujourd'hui en toute impunité !".

Deux jours, plus tard, le "Jury d'Éthique Publicitaire", l'un des destinataires des pressions, répond en ne rendant qu'un avis de réserve : il concède à B&C que l'utilisation de Jésus et du signe de croix "ne témoigne pas de bon goût", mais estime que "l'humour et la caricature sont utilisés dans ce spot d’une telle manière qu’ils ne sont pas de nature à dénigrer ou à jeter le discrédit sur des convictions religieuses".
RTL, sans doute pour éviter que la polémique n'enfle plus et soit reprise par des chrétiens plus modérés, cherche à calmer le jeu en ne diffusant désormais la publicité qu'après 22 heures. Cela ne suffit évidemment pas à B&C, qui appelle ses "membres et sympathisants à maintenir la pression", et rappelle sa menace d'organiser une manifestation devant le siège de RTL-TVI.

Il reste à espérer que RTL tienne bon face aux menaces des intégristes. Dans le cas contraire, cela serait bien une mauvaise nouvelle pour la liberté d'expresison.

[1] Un long dossier a été réalisé par ResistanceS, association belge de lutte contre l'extrême-droite, sur "Belgique et Chrétienté" et sur le procès (perdu) que celle-ci leur avait intenté : http://www.resistances.be/belgchret01.html

Affaire Alexis Debat : son doctorat inventé

J'ai découvert, via un billet de versac, l'affaire Alexis Debat (sortie par Rue89) ce consultant français qui a trompé beaucoup de monde (notamment ABC News) en gonflant son CV et en publiant des interviews de grands de ce monde, dans la revue Politique Internationale, totalement fausses.

Et il semblerait que Debat ait inventé jusqu'à son doctorat, bien qu'il s'en défende. Il y a quelques jours, il répondait ainsi à David Henderson, un blogueur américain, qui l'a contacté sur cette polémique :
"PhD
On the subject of the legitimacy of my PhD, the article once again mentions inaccurate and incomplete information. I was indeed recently made aware of an administrative problem with regard to the completion of my PhD, which I am in the process of sorting out through legal means. My thesis was completed in 1999, and is registered at the Sorbonne, as indicated in this website:
http://edoc-histoire.univ-paris1.fr/EDvieux/html/doctot.htm."

"Au sujet de la véracité de mon doctorat, l'article mentionne une fois de plus des informations inexactes et incomplètes. En fait, j'ai été récemment averti d'un problème administratif à propos de l'achèvement de mon doctorat, que je suis en train de résoudre avec des moyens légaux. J'ai achevé ma thèse en 1999, et celle-ci est enregistrée à la Sorbonne, comme le montre ce site web : http://edoc-histoire.univ-paris1.fr/EDvieux/html/doctot.htm"

Suivons donc ce lien. En utilisant la fonction recherche du navigateur, on trouve en effet très rapidemen une ligne :
Debat Alexis, C.I.A. et perceptions de sécurité aux Etats-Unis, 1947-1962 (André Kaspi).
...mais dans une section "Sujets de thèse proposés en 1996-1997 ". Cela prouve seulement que Debat a, comme tout doctorant, déposé le sujet de sa thèse lors de sa première année de doctorat. Ce lien qu'il donne pour justifier l'obtention de son doctorat ne le prouve donc pas du tout. Pire, aucune thèse avec le nom de Debat n'apparait dans les sections "thèses soutenues" des années suivantes.

Que dit André Kaspi, censé avoir dirigé cette thèse, sur son ancien étudiant ? Là encore, la réponse vient de Rue89 :
"Il a fait son DEA, mais il a fabriqué son doctorat. J'ai eu le document qu'il avait fabriqué entre les mains", raconte André Kaspi, professeur d'histoire de l'Amérique du Nord dans cette université
Une fausse interview d'Obama dans Politique internationale, Pascal Riché, Rue89, 5 septembre.
"Alexis Debat est un imposteur qui a réussi", nous déclarait André Kaspi, professeur d'histoire américaine à la Sorbonne, qui devait initialement être son directeur de thèse.
Comment Alexis Debat a trompé tout Washington, Guillemette Faure et Pascal Riché, Rue89, 14 septembre.

Cette histoire montre qu'on peut, pendant des années, usurper des titres, inventer de la fausse information pour une revue prestigieuse, sans que cela ne se fasse remarquer. C'est assez effrayant.

lundi 17 septembre 2007

Belgique : Quel jeu joue la N-VA ?

La Nieuw-Vlaamse Alliantie (alliance néo-flamande, NVA) est un parti flamand séparatiste, fondé en 2001 sur les ruines de la Volksunie, le parti nationaliste flamand historique. Il est allié au sein d'un cartel électoral avec le CD&V (parti démocrate flamand), qui est arrivé en tête aux dernières élections législatives.

Ces derniers temps, je m'interrogeais sur la douceur de la N-VA dans les négociations pour la formation d'un gouvernement. Pourquoi diable une formation dont le seul but, ou presque, est la dislocation de l'état belge, dont certains jeunes militants brûlent le drapeau du royaume, ne met-il pas plus de mauvaise volonté dans les négociations ? Pourquoi, au parlement flamand, n'a-t-il pas soutenu la proposition du Vlaams Belang ("bloc flamand", extrême-droite), qui demandait l'urgence sur une proposition visant à effectuer un référendum en Flandre sur la question de l'indépendance ?

En clair, pourquoi la N-VA ne cherche-t-elle pas à obtenir le plus vite possible la souveraineté de Flandre ?
Cela m'apparaît désormais clair. La N-VA veut cette indépendance, mais pas tout de suite. Elle veut encore faire tenir la Belgique quelques années, dans un système confédéraliste, pour préparer l'avenir de la Flandre indépendante :
  • si la Flandre était indépendante aujourd'hui, elle ne serait à coup sûr pas prête, notamment aux niveaux des relations internationales (il lui faudrait par exemple négocier son adhésion à l'Union Européenne avec les autres pays, y compris avec ce qui subsiterait de la Belgique)
  • ce revers de la médaille séparatiste, exposé aux électeurs flamands indépendentistes, risquerait de décourager une partie d'entre eux au moment d'un référendum (et en cas d'échec, il faudrait sans doute attendre au moins dix ou quinze ans pour en organiser un nouveau)
Les flamingants ont donc tout intérêt à continuer de pomper la Belgique pendant quelques années pour préparer à la fois les institutions et les électeurs flamands à la séparation.

Les partis francophones semblent refuser la division de la Belgique. Mais en même temps, ceux-ci poussent pour l'élargissement de Bruxelles (les flamands ne veulent pas de gouvernement sans scission de la circonscription Bruxelles-Hal-Vilvorde, les francophones refusent des négociations sur BHV s'il n'y en a pas sur l'agrandissement de la région-capitale).
Rappel : la région de Bruxelles, francophone à 85%, est enclavée dans la région flamande. Les francophones veulent élargir la première aux quelques banlieues (flamandes, donc) où les francophones sont majoritaires. Et notamment Rhode-Saint-Genèse, ville-clé.
Majoritairement peuplés de francophones (venus de Bruxelles), Rhode-saint-Genèse est en Flandre. Au nord, elle touche Uccle, commune de la région capitale. Au sud, elle voisine Waterloo et Braine-l'Alleud, communes wallones. Si Rhode est rattachée à la région de Bruxelles-Capitale, cette dernière ne sera plus enclavée en Flandre, et il y aura continuité territoriale entre Wallonie et Bruxelles-capitale.
Pourquoi donc les partis francophones se pressent-ils tant de vouloir coller Wallonie et Bruxelles, si ce n'est parce qu'ils considèrent comme un risque important le fait que la région flamande pourrait prendre son indépendance ? Et le désenclavement de Bruxelles ne fera-t-il pas sauter un des derniers verrous ?

samedi 15 septembre 2007

Caricatures de Mahomet : Lars Vilks menacé de mort

Lars Vilks est un artiste suèdois, auteur de nouvelles caricatures de Mahomet (où le prophète musulman est représenté avec un corps de chien) qui font polémique depuis un mois.
On apprend aujourd'hui qu'un responsable de la branche irakienne d'Al-Qaïda appelle aux meurtres de Lars Vilks et du directeur de la rédaction du Nerikes Allehanda (le journal qui a publié ces caricatures) :
"Nous exhortons à la liquidation de l'auteur de la caricature, Lars (Vilks), pour avoir offensé notre prophète" et "nous annonçons une récompense de 100.000 dollars pour celui qui tue ce criminel infidèle", dit cheikh Abou Omar Al-Baghdadi dans son message mis en ligne sur des sites islamistes consultés samedi.
"Cette récompense sera portée à 150.000 dollars si (Lars Vilks) est égorgé (…), et nous annonçons une récompense de 50.000 dollars pour celui qui tue le directeur de la rédaction du journal ayant publié la caricature", ajoute-t-il dans son message, dont l'authenticité ne peut être confirmée.
Le message contiendrait également un appel au boycott des produits suédois.

Il ne s'agit pas ici de discuter de la pertinence et du goût de la réalisation de Lars Vilks.
Il faut défendre le principe selon lequel la religion est une opinion comme les autres et, à ce titre, le fait qu'on puisse utiliser librement des symboles liés à une religion, quelle qu'elle soit, dans une oeuvre artistique. Et donc défendre ceux qui, comme Lars Vilks, sont menacés à cause de leurs créations.

vendredi 14 septembre 2007

Tiens, un négationniste chez les Ogres !

Je découvre ce soir un article sur les Ogres (site dieudonniste) intitulé "La France, c’est Israël, et Israël c’est la France". Rien qu'au titre, ça promet.
En descendant, je vois que ce texte, dont le vrai nom est "Douce France, fausse amie des Arabes" et qu'il a en fait été écrit par un certain Mondher Sfar.

Mondher Sfar. Vous ne connaissez pas ? Moi si. Pour cause, j'en parlais dans un article que j'ai écrit en août 2006, qui n'avait pas trop plu aux dieudonnistes. Il faut dire que j'expliquais que les auteurs de plusieurs articles du site de campagne de Dieudonné étaient des négationnistes notoires (certains articles incriminés ont été depuis retirés du site en question).

Voilà ce que j'expliquais alors à propos de Mondher Sfar :
Autre nom apparaissant sur le site de Dieudonné : Mondher Sfar, comme co-auteur d'un article avec Ginette Hess Skandrani sur les rabbins de la Neturei Karta (des juifs ultra-intégristes considérant la création d'Israël par l'homme comme impur, et s'affichant auprès de tous ceux favorables à la destruction d'Israël, et notamment Dieudonné). Sfar est un négationniste, lui aussi. Son principal coup d'éclat est la publication du "Manifeste judéo-nazi d'Ariel Sharon", un faux (les propos relatés n'ont pas été tenus par Sharon), d'ailleurs co-édité par l'association La Pierre et l'Olivier de Skandrani.
Il est facile de trouver sur internet des articles de Serge Thion et de Mondher Sfar dans la Revue d'Histoire Révisionniste (interdite) d'Henri Roques.

Les dieudonnistes crient au scandale dès qu'on les accuse d'antisémitisme. Mais ils publient un texte d'un auteur qui a écrit des articles ouvertements révisionnistes, dans lesquels il prétendait que le génocide juif dans les chambres à gaz était un mythe ou, au mieux, une "thèse". À force de ramasser n'importe quoi pour dire du mal d'Israël, ils font souvent de belles conneries.

jeudi 13 septembre 2007

Mise au point sur quelques délires dieudonnistes

Une des choses qui m'énervent, c'est la relativisation des opinions, qui est malheureusement présente dans le mythe libéral de l'internet.
Non, toutes les opinions n'ont pas la même importance, et ne doivent pas avoir la même médiatisation. Les créationnistes voudraient que le darwinisme ne soit présenté que comme une théorie parmi d'autres. Les conspirationnistes voudraient que leur théorie (très fantaisiste, sans aucune preuve) aient au moins la même exposition que la version officielle (qui a quelques zones d'ombre mais est mille fois plus crédible que leurs délires).
Ce n'est pas parce qu'un media est alternatif qu'il se doit de colporter des choses fausses. Il s'agit de donner un autre éclairage, pas de faire la promotion de choses fausses.

Je ne suis ni pour la censure ni pour la liberté totale d'expression. Je crois en une certaine conception de l'éducation : il faut poser des barrières, des interdits. Il y a des idées inacceptables qu'il faut, dans une certaine limite, laisser s'exprimer pour mieux les combattre (je crois que l'intolérance vient souvent de l'ignorance, et donc je crois aux vertus éducatives des dialogues). Je n'ai jamais appelé à censurer quelqu'un parce qu'il pense le contraire de moi.

Il se trouve qu'un blogueur dieudonniste (dont j'ai déjà parlé), venant faire il y a quelques jours sa publicité sur un blog que je fréquente régulièrement, n'a pas accepté que j'y dénonce les idées qu'il défend. Ne supportant guère la contradiction, il publie plusieurs articles m'attaquant (qui vont franchement dans la diffamation). Et puis, soudain, il affirme que tous ses opposants seraient en fait que des pseudonymes que je prendrais, ne pouvant manifestement pas envisager que plus d'une personne le contredise. Depuis lors, toute personne venant le contredire est accusée d'être moi.

Ce n'est pas la première fois que les dieudonnistes affirment des choses fausses sur moi, sans preuve évidemment. J'en profite pour rétablir certaines vérités, simplement pour qu'on ne puisse considérer que les informations soient vraies en l'absence de démenti de ma part :
  • À les entendre, j'encouragerais le piratage des sites dieudonnistes. Une preuve ? Cela sera dur à trouver, parce que je n'ai jamais dit cela.

  • Ils affirment que je censurerais sur mon blog les messages me contredisant. Ceux qui disent ça n'ont évidemment jamais tenté de laisser un commentaire sur mon blog : si ça avait été le cas, ils auraient constaté que je valide tous les messages pour peu qu'il n'y ait ni diffamation, ni insulte, ni intolérance. J'ai validé des dizaines et des dizaines de commentaires favorables à Dieudonné sur mon blog…

  • Enfin, j'utiliserais différentes identités pour inonder les sites dieudonnistes de commentaires. Là, il suffirait de comparer les adresses IP correspondantes pour se rendre compte de la fantaisie d'une telle affirmation (ce qu'ils ne feront pas, bien entendu, c'est tellement plus valorisant pour ces petits fachos de s'inventer des ennemis qui seraient obsédés par eux)

lundi 3 septembre 2007

Nom du nouveau stade de Grenoble : ce sera bien "Stade des Alpes"

Et oui, comme je l'avais prévu il y a un mois, la consultation populaire de la Metro (communauté d'agglomération grenobloise) sur le nom du nouveau stade n'a servi qu'à donner une caution "démocratie participative" en avalisant le nom choisi de longue date, "Stade des Alpes".
C'est sans doute le meilleur nom pour un stade dans la capitale des Alpes, mais on aurait pu se passer d'une consultation bidon.
Pour info: les résultats de la consultation
merci à Citrouille38 pour m'avoir signalé l'annonce officielle