vendredi 25 novembre 2005

Finkielkraut, Haaretz et les "black-black-black"

Généralement, je n'aime pas écrire d'article sur le vif, je préfère avoir du recul sur les choses. Mais voilà, il se trouve que depuis que le Monde a consacré un article aux propos limites de Finkielkraut dans Haaretz, il y a presque deux fois plus de monde que d'habitude qui vient sur ce blog (la raison étant que si vous tapez "finkielkraut blog" dans Google, je suis actuellement numéro 2).
Dommage pour ces gens, ils ne tombent alors que sur un vieil article que j'avais consacré à Finkielkraut, alors qu'ils aimeraient sûrement lire un avis sur l'"affaire".

Tout d'abord, je vous recommande, si vous parlez anglais, de lire l'article original du Haaretz, plutôt que le résumé totalement biaisé qu'en a fait l'article du Monde. Et aussi de lire les excuses de Finkielkraut (script entier par le nouvel Obs), où il reconnait avoir cru, "pour trouver le vrai", "devoir déchirer le rideau des discours convenus (...) au risque de (se) tromper".

Donc voici ce que j'en pense : Finkielkraut a bel et bien pété les plombs. Il avait été très bon sur les émeutes jusqu'ici, que ce soit dans le traquenard que fut l'émission Ripostes sur les banlieues (où il était le seul à défendre des valeurs républicaines -Julliard n'arrivant pas à en placer une- face à de nombreux communautaristes) ou dans l'interview qu'il a donné au Figaro sur "l'illégitimité de la haine".

Mais là, Finkielkraut, parlant à un journal étranger, qui plus est israélien (qui doit être le pays étranger, avec la Croatie, qui aime le plus Finkielkraut), a dû se dire quelque chose comme "oui, vous, vous me comprenez, je vais vous confier ce que j'ai sur le cœur". Et malheureusement, lui qu'on ne peut suspecter de racisme, a tenu des propos qui peuvent choquer.

Ca m'embête beaucoup, parce que je suis d'accord avec 95% de ce que dit Finkielkraut dans cette interview.

Il a raison quand il dit qu'il y a une haine de la République chez une partie des Français d'origine immigrée, en prenant l'exemple du match France-Algérie, où des Français d'origine maghrébine ont sifflé la Marseillaise, le chant de l'équipe black-blanc-beur (à leur image donc) emmenée par Zidane !!!

Il a raison de se plaindre de la falsilfication de l'histoire qui est faite dans les cours d'histoire. Si on enseigne quelque chose, il faut être objectif. Dire que, oui la colonisation a provoqué des choses affreuses, mais que quelqu'un comme Jules Ferry, l'inventeur de l'école gratuite, y voyait un moyen humaniste d'apporter la culture à ceux qui n'avaient pas la chance de l'avoir.
Dire qu'il n'y a pas que les Européens qui ont mis en esclavage les Noirs, mais que les Arabes aussi l'ont fait. Dire que cette monstruosité que fut la traite des Noirs, ce sont des esclaves noirs amenés aux Etats-Unis, des esclaves qui étaient achetés par les Blancs à des rois noirs.
L'école ne doit pas participer à cette haine de l'Occident.
La haine de l'Occident est tout aussi à vomir que la haine de l'Orient...

Il a raison quand il dit que Dieudonné "est aujourd'hui, le vrai patron de l'antisémitisme en France, et pas le FN de Le Pen".

Tout ça, je suis d'accord.
Mais il y a aussi vraiment des trucs choquants. Comment le passionné de football qu'est Finkielkraut peut-il sortir une aussi énorme stupidité que "l'équipe de France d'aujourd'hui est black-black-black" ? Comment lui, qui ne rate jamais un match de l'équipe de France peut-il dire ça d'une équipe où évoluent aussi Barthez, Coupet, Sagnol, Rothen, Zidane, etc. ???
Je ne l'ai pas compris, et pourtant ce n'est pas faute d'avoir cherché à le faire !

Autre phrase dérangeante, sa conclusion selon laquelle, "L'antiracisme sera au XXIe siècle ce que fut le communisme au XXe". Pour connaître la pensée de Finkielkraut, je comprends ce qu'il veut dire. Mais résumer soi-même sa pensée à une telle phrase n'en est pas moins hallucinant ! Ce qu'il veut dire, c'est que l'antiracisme est utilisé par certains pour s'en prendre à une communauté en particulier : on accuse tout ce qui est lié à la culture judéo-chrétienne de racisme, pour faire passer le racisme anti-juif ou anti-occidental pour un anti-racisme. Le MRAP et la Ligue des Droits de l'Homme sont complices de cette dérive en ne voyant le racisme que quand il vient de la culture judéo-chrétienne.

Dernier point sur lequel je suis en désaccord, quand il ne voit dans ces émeutes qu''un conflit ethnico-religieux" : pour moi, si les différences de culture peuvent en effet faire augmenter la violence de la révolte, ces émeutes ne sont dues à la base qu'à des raisons sociales. Ce ne sont pas des Arabes et des Noirs qui se révoltent, ce sont avant tout des pauvres.

Intéressons nous maintenant aux raisons de ce dérapage de Finkielkraut, de sa voix "très déviante".

La première étant que Finkielkraut est un réactionnaire de gauche, un antimoderne (je ne cache pas être moi-même réac de gauche et antimoderne, c'est d'ailleurs pour ça que je m'intéresse tant à ce qu'il peut raconter).
Plus les jours passent, plus monte dans son discours la détestation du monde d'aujourd'hui, et du sens dans lequel ce monde va, plus monte chez lui une paranoïa. Ce qu'il a exprimé dans l'article de Haaretz, c'est toute sa détestation du monde d'aujourd'hui.

L'autre raison est que Finkielkraut est un des penseurs français les plus connus, et qu'au nom des valeurs républicaines qu'il chérit, il s'est opposé au communautarisme de Tariq Ramadan ou de Dieudonné. Finkielkraut est devenu l'homme (avec Alain Pétré-Grenouilleau) l'homme à abattre des amis de Dieudonné. Lisez les sites où s'expriment les soutiens de Dieudonné (les Ogres ou autres sites communautaires noirs ou arabes). Sa moindre intervention y est décortiquée pour essayer d'y voir le mal. Il y est l'objet d'une véritable haine de gens qui le renomment Finkiel-crotte !! Cette haine dont il est victime peut permettre de comprendre en partie qu'il ait ainsi pété les plombs.

Pour conclure, tout ceci est bien triste. En racontant de telles conneries, Finkielkraut a jeté le discrédit sur le reste de son discours républicain, et sur tout le reste de ses idées, qui sont très intéressantes à entendre (et spécialement sur l'école).

dimanche 13 novembre 2005

C'est ça la France - MARC LAVOINE

En ces temps de tension entre la France et certains de ses jeunes d'origine étrangère, il m'est revenu une très belle chanson de Marc Lavoine qui nous rappelle que la fraternité est une valeur essentielle de notre pays. Liberté, égalité, fraternité. "Faut jamais les oublier, les trois mots qui terminent en Té" !

Ça boit le petit noir ou le petit vin blanc
Ça cherche la bagarre et du boulot souvent
Ça lève le poing, ça bouge, ça manifestationne
Ça sort tous les samedis dépenser son pognon

C'est ça la France
Du chili dans les gamelles et du vin dans les bidons
C'est ça la France
Du laguiole à l'opinel, partager les saucissons
C'est ça la France
On est tous des frères selon les déclarations
Enfin, je pense, faut jamais les oublier
Les trois qui terminent en Té


Ça fait de l'huile d'olive et du couscous poulet
Ça trinque à la pétanque, au comptoir, chez marseille
Ça Brassens à tout va, c'est beau les seins d'une fille
Ça camembert, le chinois, ça frise à la bastille

C'est ça la France
Du chili dans les gamelles et du vin dans les bidons
C'est ça la France
Du laguiole à l'opinel, partager les saucissons
C'est ça la France
On est tous des frères selon les déclarations
Enfin, je pense, faut jamais les oublier
Les trois qui terminent en Té


Ça avale son vichy et ça Dreyfus la joie
Jean Moulin Rouge aussi, Pierre Bérégovoy
Sa liberté de la presse, c'est pas qu'une impression
Le plus souvent ça O.S. chez renault, chez citron

C'est ça la France
Du chili dans les gamelles et du vin dans les bidons
C'est ça la France
Du laguiole à l'opinel, partager les saucissons
C'est ça la France
On est tous des frères selon les déclarations
Enfin, je pense, faut jamais les oublier
Les trois qui terminent en Té


Ça flique quand même pas mal, ça repasse à tabac
Ça chauffe un peu dans les bals, je rentre à la casbah
Ça bouche sur les périphs, ça rôde encore la nuit
Ça fait des hiéroglyphes et ça fait des petits

C'est ça la France
Du chili dans les gamelles et du vin dans les bidons
C'est ça la France
Du laguiole à l'opinel, partager les saucissons
C'est ça la France
On est tous des frères selon les déclarations
Enfin, je pense, faut jamais les oublier
Les trois qui terminent en Té

dimanche 6 novembre 2005

Oui à la Croatie ! (et non à la Turquie !)

Depuis quelques semaines, les négociations sont enfin ouvertes pour l'adhésion de la Croatie à l'Union Européenne, dont je suis un fervent supporter.

Malheureusement, on a un peu l'impression que cette adhésion est considérée par tout le monde comme un gadget : il a d'ailleurs fallu toute l'influence de l'Autriche pour que les négociations débutent enfin.

En effet, l'Union Européenne a longtemps refusé d'ouvrir les négociations avec la Croatie, le dernier argument était que la Croatie refuser de livrer un criminel de guerre au Tribunal Pénal International. Pur prétexte (d'ailleurs, après la pression autrichienne, la présidente du TPI, Carla Del Ponte, assura que la Croatie collaborait parfaitement). Surtout que dans le même temps, on ne voit aucun problème à intégrer la Turquie, qui refuse de reconnaître Chypre, qui nie le génocide arménien, et donc le pouvoir est totalement contrôlé par l'armée.

Mais l'Europe préfère clairement la Turquie à la Croatie. Pourquoi ?
Parce que, comme le disait Finkielkraut, l'Europe actuelle est "exclusivement réglée par la morale, par le droit et par l'économie", et qu'elle est "d'autant plus immorale qu'elle se veut exclusivement morale".
L'Union Européenne se moque en effet éperduement de la géographie (souhaitant accueilir la Turquie, état d'Asie) et de l'histoire : dans les années 1990, elle a laissé les Croates se faire massacrer par les Serbes sans réagir, et aujourd'hui on leur dit à nouveau qu'on ne veut pas d'eux... C'est indigne !
Et c'est donc vrai que l'Union Européenne d'aujourd'hui n'est motivée que par l'économie : on préfère la Turquie, pays asiatique négationniste qui a de forts débouchés commerciaux, à la Croatie, pays tout à fait européen mais n'intéressant pas les économistes...