Québec : printemps érable et loi 78

Cela fait quelques semaines que la lecture d'Embruns me permet de suivre, un peu et de loin, l'agitation étudiante au Québec.

En France, pour étudier dans une université publique, un étudiant en licence doit débourser 174€ de frais de scolarité, un étudiant en master 237€.
Nous sommes particulièrement bien lotis. Certes, certains pays (notamment les scandinaves) appliquent la gratuité. Mais il suffit de se comparer avec nos voisins Belges ou Suisses : ceux-ci doivent dépenser quelques centaines d'euros supplémentaires. Les Italiens et les Espagnols doivent payer encore davantage.

Mais ils restent encore loin du racket anglo-saxon, où les frais dans les universités publiques se comptent en milliers de dollars.
Les étudiants québecois étaient encore plutôt protégés. Mais le Parti Libéral Québecois (centre-droit) n'aime pas payer pour l'éducation. Au début des années 1990, il avait fait passer les frais de 540 à 1668 $CAN. Puis entre 2007 et 2012, sous de le gouvernement de Jean Charest (à raison de 100 dollars par an), à 2168 $CAN.
Aujourd'hui, les libéraux veulent se rapprocher de la moyenne nord-américaine, et veulent une augmentation de près de 75%, vers 3793 $CAN.

Résumé par ce graphique provenant de Wikipedia (les périodes de gouvernement PLQ sont en rouge) :
En France, nous avons l'habitude des mouvements étudiants durs, des grands blocages. C'est ainsi que nous avons eu la peau des mauvais projets de la droite (loi Devaquet en 1986, Smic-Jeunes en 1994, CPE en 2006). Au Québec, moins…

Le mouvement part de l'Université Laval (à Québec) le 13 février, s'étend lentement mais sûrement à toute la Belle Province, frappe les esprits avec une grande manifestation à Montréal le 22 mars. Mais rien ne bouge : ni le gouvernement ni les étudiants ne veulent céder.
Des négociations début mai ne mènent pas à grand chose. Le conflit est dans l'impasse, et la ministre québecoise de l'éducation (Line Beauchamp) démissionne.

Comment sortir de cette impasse, justement ? Le gouvernement Charest dérape. Choisit la force. Les "libéraux" n'aiment guère qu'on ait la liberté de les contester.

Une loi spéciale, la loi 78 (Loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu'ils fréquentent), sous prétexte de résoudre le blocage, limite donc grandement la liberté de manifester, menaçant les contrevenants de lourdes amendes.

Vite surnommée loi-matraque. À côté de cela, l'augmentation des frais de scolarité ne parait plus grand chose. Indignation à gauche. « Infâmie », « abus de pouvoir ».
Charest veut écraser le mouvement étudiant. Réussira-t-il ? La désobéissance civile s'annonce…

On attend encore les communiqués des partis de gauche français pour soutenir nos cousins d'outre-Atlantique…

Les corrompus liberticides du PLQ feraient bien de songer à la phrase prononcée par François Mitterrand à l'Assemblée Nationale le 8 mai 1968 :
Si la jeunesse n'a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort.

Commentaires

  1. « On attend encore les communiqués des partis de gauche français pour soutenir nos cousins d'outre-Atlantique… »

    Oui... cependant il y en a au moins déjà un ici :
    http://jeunes.udb.over-blog.fr/article-lettre-de-soutien-aux-etudiants-du-quebec-105667958.html

    :-)

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Modération des commentaires sur les articles de plus de deux semaines

Posts les plus consultés de ce blog

Les éditorialistes menteurs : Colombani sur Sanders

Get A Kool, un festival raté

Karoutchi et les amalgames au fascisme et à Vichy