mardi 23 janvier 2007

Vive la nation !

La récente polémique concernant les propos de Ségolène Royal sur la souveraineté du Québec montre que le sujet de la nation reste toujours très sensible. Pourtant, si ses propos étaient maladroits au niveau diplomatique, ils n'en restent pas moins fondés : on ne peut empêcher une nation d'accéder à sa souveraineté si elle le désire.

Avant d'aller plus loin, il convient de définir clairement ce qu'est une nation.

Nation à la française, nation à l'allemande
Deux visions de la nation s'opposent :
  1. la conception allemande, selon laquelle une nation se définit par son histoire, sa culture, sa langue (Herder parle de Volksgeist, "génie national")

  2. la conception française, issue des Lumières, basée sur la volonté d'appartenance, d'association ; ainsi, Emmanuel-Joseph Sieyès, l'un des grands architectes de la Révolution Française, définissait en 1789 dans "Qu'est-ce que le Tiers-État ?" la nation comme "un corps d'associés vivant sous une loi commune et représentés par la même législature"
En pratique, les conceptions sont moins tranchées que cela : les Français comprendront vite que la meilleure volonté possible d'union ne peut marcher qu'avec au moins un mininum d'histoire commune ; les Allemands, longtemps attachés au droit du sang (la nationalité se transmettant de parent à enfant, un étranger né en Allemagne ne pouvait devenir Allemand), finirent par y introduire un droit du sol lorsqu'ils durent intégrer une forte immigration extra-européenne (qui était donc de culture et d'histoire totalement différente). Mais chacun continue, aujourd'hui encore, à défendre sa vision de la nation.

La définition d'Ernest Renan
Ernest Renan, écrivain et philosophe Français du XIXème siècle, fut d'abord, comme le rappelle Alain Finkielkraut dans "La défaite de la pensée" (1987, Gallimard), de ceux qui critiquaient les Lumières et la vision française de la Nation.
Mais se déroula alors un événement important : l'annexion de l'Alsace-Lorraine par l'Allemagne, après la guerre Franco-Allemande de 1870. De par leur langue et leur histoire, les Alsaciens sont plus proches culturellement des Allemands ; c'est d'ailleurs pour cela que ces derniers, les considérant comme étant des leurs, les annexent. Mais les Alsaciens, après avoir véçu deux siècles au sein de la France, veulent rester Français : ils proclament alors, par la voix de leurs représentants, "le droit des Alsaciens de rester unis à la terre française". Ce fait bouscule les convictions de Renan, qui découvre les limites d'une conception basée sur des caractères uniquement culturels, et saisit toute l'importance de la volonté.
Renan finira par prononcer un discours intitulé "Qu'est-ce qu'une nation ?" en 1882, un titre sonnant comme une réponse au "Qu'est-ce que le Tiers-État ?" de Sieyès (près d'un siècle plus tôt). Ce discours est resté célèbre parce qu'il est sans doute celui qui définit le mieux la nation "à la française".
Quels sont les critères définissant la nation ? Renan récuse successivement la race, la langue et la religion. Puis, tout en rappelant la nécessité d'une certaine histoire commune ("un riche legs de souvenirs"), il insiste sur "le désir de vivre ensemble", déclarant que "l'existence d'une nation est un plébiscite de tous les jours")

Langues, géographie et nation
La question des langues donne l'avantage à la notion française.
Une unité de langue est-elle synonyme de nation unie ? Non, voyez par exemple les États-Unis et l'Angleterre : les colons, qui avaient au départ la même culture que les Anglais, ont fini par créer leur propre nation, leur propre culture, de l'autre côté de l'océan.
Dans l'autre sens, peut-il y avoir une diversité de langues dans une même nation ? Oui, la Suisse en est le meilleur exemple. Toutefois, il faut une réelle volonté d'union nationale, sinon cela échoue, comme en Belgique.
Pour Renan, la géographie a "une part considérable dans la division des nations". Les 2 exemples le montrent : elle peut se faire séparer une nation à cause de la distance, ou créer une nation multilingue grâce à la proximité.

Comment peut-on dire qu'un état multilingue forme une seule nation (comme en Suisse) ou plusieurs nations (comme en Belgique) ?
L'un des principaux critères est la manière dont se croise la vie politique avec les communautés linguistiques : les citoyens sont-ils représentés ou non en fonction de leur langue ? Ce n'est pas le cas en Suisse, les partis politiques s'adressant à tous les helvètes. C'est le cas au Canada, au niveau du Québec. Ce n'était pas non plus le cas en Belgique, jusque dans les années 1970, où les partis se sont alors séparés en deux ailes francophone et néerlandophone, une scission qui est une conséquence de la fédéralisation de l'état sur des bases linguistiques. La Belgique a alors renoncé à être une nation au profit de la Wallonie et de la Flandre.

États-Nations
Un droit généralement admis au niveau international est le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ("peuple" doit être compris ici comme faisant référence à une nation, pas à une religion ou une origine ethnique). Chaque peuple peut décider de fondre sa nation dans une autre, ou au contraire de revendiquer être une nation à part entière. S'il se veut être une nation, il doit soit accepter de participer à un état multinational, soit revendiquer être un état-nation. Un peuple peut par exemple mettre de côté ses revendications nationales pour s'allier dans un état avec un autre état plus riche.

Un état peut être uninational et unilingue (France), uninational et multilingue (la Suisse), multinational et relativement unilingue (le Royaume-Uni). Mais un état peut-il être viable à long terme en étant multinational et multilingue ? Sans doute non : la Belgique croyait apaiser les tensions "communautaires" en évoluant vers un état binational, mais en faisant cela, elle a au contraire effacé les symboles de l'union belge : on ne peut donner tort au leader flamand Yves Leterme lorsqu'il prétend que seuls "le roi, l'équipe de foot, certaines bières" sont tout ce qui reste en commun aux Belges. Et comme il n'y a plus de fraternité entre Wallons et Flamands, il n'est pas étonnant qu'une part de plus en plus importantes des seconds considèrent les premiers comme des "boulets" parce que moins riches, et ne veulent plus faire d'efforts pour eux puisqu'ils sont désormais d'une autre nation.
Si la langue n'est pas un critère pour définir une nation, elle peut donc cependant contribuer à l'éloignement de deux nations.

Nationalismes, post-nationalisme et supra-nationalisme
Il faut d'abord être prudent avec le terme "nationalisme", puisqu'il peut être employé dans deux acceptions différentes : comme volonté de libération nationale, ou comme idée selon laquelle sa nation doit en dominer d'autres, la première étant tout à fait noble alors que la seconde est condamnable. Il convient aussi de distinguer sur quelle conception de la nation repose le nationalisme : la nation-association à la française, ou la nation-ethnie à l'allemande (la seconde ayant poussé l'Allemagne Nazie à annexer l'Alsace-Lorraine et l'Autriche. Il faut souligner que les nationalistes (dans l'acception xénophobe) sont loin d'être des modèles de patriotisme (lors de la seconde Guerre Mondiale, la majorité l'extrême-droite française haïssait tellement ce qu'était la France qu'elle a préféré la collaboration avec le régime nazi).

En réaction à cela, notamment dans le courant pacifiste, s'est développé une pensée anti-nations : dans cette vue, la nation est forcément source de nationalisme (et donc de guerre), il faut donc abolir les frontières et n'être que des "citoyens du monde", on désigne cela par le terme de "post-nationalisme". Cette vision peut-être vue comme libertaire, et donc libérale : pas plus de frontières pour les personnes que pour les capitaux. De plus, elle se heurte à la réalité : les Français d'origine extra-européennes réclament d'être considérés comme Français et semblent se moquer d'être "citoyens du monde".

Enfin, il y a des projets supra-nationaux, telle que l'Union Européenne. Les supporters de cette union peuvent l'être pour des raisons très variées : par post-nationalisme, par la volonté d'unir des nations afin qu'elle n'aient plus aucun risque de se déchirer, ou pour des raisons strictement économiques. Il y a d'ailleurs actuellement un problème de définition, entre les plus anciens membres voulant construire une Europe politique, et les derniers entrants surtout intéressés par l'aspect économique. Cela pose d'ailleurs un problème aux peuples comme la France, qui acceptent de perdre de leur souveraineté pour construire une union européenne politique, mais beaucoup plus mal lorsqu'ils ont l'impression qu'il ne s'agit que d'une union économique (et qu'ils ont renoncé à une partie de leur souveraineté en pure perte), ce qui a contribué à tourner une bonne partie de la gauche française vers le non au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen de 2005.

Nation, nationalité et citoyenneté
Le terme "nationalité" est un terme ambigü, puisqu'il définit non pas l'appartenance à une nation, mais celle à un état (on dira par exemple d'un Québecois qu'il est de nationalité canadienne). La citoyenneté, quand à elle, est un statut qui confère des droits et des devoirs particuliers, en particulier le droit de voter pour participer au déroulement de la vie politique.

Un pays peut accorder la nationalité sans toujours accorder la citoyenneté (c'était notamment le cas dans certaines colonies), ce qui est discriminatoire, mais aussi accorder la citoyenneté sans requérir la nationalité (c'est le cas des pays accordant le droit de vote aux étrangers). La France, à la fois nation et état (et donc nationalité : on est de nationalité française si on appartient au peuple français), confond également nationalité et citoyenneté.
Mais ce n'est pas toujours le cas : par exemple, l'Union Européenne considère comme citoyen européen toute personne ayant la nationalité d'un des états-membres. Ainsi, pour un Français, la citoyenneté européenne s'ajoute à la citoyenneté française.

La nation française, jacobinisme et intégration
Dans la vision française, la nation précède l'unité, elle se doit de créer le mieux possible les conditions de cette unité (puisque celle-ci ne va pas de soi), ce n'est pas un hasard si le mot fraternité fait partir de la devise de la République Française. Cela a été fait au niveau linguistique (en fédérant les différents dialectes du français, et l'imposant comme la seule "langue de la République"), mais surtout au niveau politique, à travers le centralisme datant de la Révolution Française. En France, l'unité passe par l'égalité entre ses membres, au niveau du droit par exemple.

L'égalité, autre mot de la devise de la République, c'est d'ailleurs ce que réclament les Français d'origine extra-Européenne : être considérés de la même manière que les autres Français.
Néanmoins, l'intégration marche mieux en France qu'ailleurs : en effet, il est bien plus facile d'intégrer à la nation des gens venant de cultures totalement différentes, lorsqu'on considère que la nation relève de l'association que lorsqu'on dit qu'elle vient de la culture et de l'ethnie.
Si on considère cela, ce n'est alors pas un hasard si, d'après une étude du Pew Research Center, 42% des musulmans Français (en grande majorité issus de l'immigration extra-européenne) se sentent Français avant de se sentir musulmans, alors que seulement 13% des musulmans allemands, 7% des musulmans britanniques et 3% des musulmans espagnols se sentent citoyens de leur pays respectif avant de se sentir musulmans.

Les régionalismes pseudo-nationaux en France
On entend souvent comparer le cas du Québec ou de la Wallonie à ceux de la Bretagne, de l'Alsace, du Pays basque (français) ou de la Corse.
Cela est néanmoins incorrect : si les premiers ont les caractéristiques permettant de distinguer une nation (notamment, les partis politiques spécifiques), ce n'est pas le cas des seconds (les seuls partis régionaux sont ceux que l'on nomme "nationalistes").

Les partis nationalistes sont basés sur une vision "à l'allemande" de la nation, ethnique : ils défendent ceux qui sont de sang breton, ou corse ; si une personne d'origine maghébine peut s'intégrer dans la nation française, il sera au contraire rejeté d'une nation bretonne ou corse par les nationalistes. Suivant cette vision de la nation, le principal argument est culturel, même s'il faut des fois inventer. Ainsi, les nationalistes bretons citent volontiers l'histoire en remontant au Moyen-Âge pour justifier leur francophobie, mais n'ont en réalité que des symboles bien plus récents : leur chant, le Bro Goz, date de 1897, et leur drapeau, le Gwenn ha du, de 1923. La francophobie des nationalistes bretons poussera d'ailleurs certains d'entre eux à collaborer, sous forme de milices (notamment le Bezen Perrot) avec l'armée nazie contre la France, ennemi commun.

Cependant, puisqu'il s'agit de discuter de l'appartenance de ces candidats-nations à la nation française, c'est ici la conception française de la nation qui doit s'appliquer. La question doit donc être : voulez-vous être indépendants ou être faire partie de la nation française ? Considérons ici le cas breton : cette question doit être posée non pas à ceux uniquement qui auraient du "sang breton", mais à tous les Français (de toutes origines) qui résident en Bretagne.
Dans le cas où un groupe de personne souhaite participer à la nation française, il l'est de plein droit, avec les droits et les devoirs que cela comporte (notamment que "la langue de la République est le français" d'après la Constitution).
De quelque région que ce soit, les indépendantistes n'ont jamais réussi à obtenir ce qu'ils voulaient, ce qui montre que la majorité des habitants de ces régions sont fidèles à la nation française.
Les différentes régions françaises ne remplissent pas les critères définissant l'existence d'une nation (notamment une organisation spécifique de la vie politique), et l'existence d'une culture spécifique ne permet pas pour autant, pour ce qui se situe en France en tout cas, l'émergence d'une nation car leurs habitants sont majoritairement attachés au peuple français. On devrait donc plutôt parler de régionalismes que de nationalismes.

mercredi 17 janvier 2007

Tout est possible, cela dépend de nous !

Quelle originalité, messieurs les communiquants de l'UMP !
Il paraît que Sarkozy était celui qui avait redonné à certains la fierté de se dire de droite. On va finir par avoir du mal à le croire, tant il peut faire des choses qu'on attendrait plutôt d'un candidat de gauche.

Déjà, dans son discours de dimanche, il a cité Jaurès. Mais surtout, la communication sarkozienne semble de plus en plus s'inspirer de celle du PS dans la période précédent l'avènement de Mitterrand.
Ainsi, la "rupture" du candidat, ce mot qui inquétait, a été passée au filtre mitterrandien pour devenir aussi "tranquille" que la force de Mitterrand en 1981.

Mais surtout, observons son nouveau slogan "Tout devient possible avec Nicolas Sarkozy". Cela n'est pas sans évoquer clairement le "tout est possible" du Parti Socialiste en 1972, il y a près de 35 ans !

lundi 8 janvier 2007

Que recherche l'enchanteur des nouveaux medias ?

L'enchanteur des nouveaux medias, c'est la boîte d'Arnaud Dassier, qui s'occupe de la communication internet de l'UMP. Une communication qui a fait parler d'elle, certains la trouvant limite (l'épisode dit du "sarkospam", certains noms de famille achetés comme mots-clés sous Google).

Comme tout blogueur curieux, cela m'amuse de regarder d'où viennent les visiteurs sur mon blog, et comment ils y arrivent. J'ai ainsi découvert qu'à la mi-décembre, mon blog avait été visité par quelqu'un connecté à l'emplacement réseau "FR-ENCHANTEUR-DES-NOUVEAUX-MEDIA", un nom de réseau assez limpide.

Ma curiosité me pousse à aller voir comment cette personne était arrivée sur mon blog. Elle est arrivée par Google, en recherchant "site et blogs contre Ségolène Royal"

Ça promet pour la campagne…