Cette jeune fille s'appelle Camille Dalmais. Elle a 26 ans. Elle a sorti un premier album en 2002, Le sac des filles, passé globalement inaperçu. En 2005 sort son deuxième album, Le fil, qui bénificie de critiques excellentes. Mais j'ai tendance à me méfier des chanteuses dont l'album est recommandé par France Inter et par Télérama, peur que ce soit un produit easy-listening formaté pour les bobos. Une très bonne critique dans Technikart m'avait fait retenir ce nom, mais sans plus.J'aurais donc pu passer à côté. Mais une amie du net, Valérie, a commencé à me parler de Camille dans des termes très élogieux, séduite par les extraits que lui avait fait écouter une autre amie du net. Je l'ai ainsi vu évoluer au fil des jours : "tiens c'est pas mal Camille, j'aime bien","il me faut cet album","il est génial cet album","faut absolument que tu écoutes","je bosse et je m'arrête toutes les trente minutes écouter Camille". Valérie n'a rien d'une bobo snob, et elle a toujours bon goût : je vous conseille d'ailleurs de lire l'article qu'elle a consacré à Camille sur son blog. Lui promettant d'écouter Camille (en échange de quoi elle arrêtait de me parler de Camille toutes les trente secondes ;P), je le fis rapidement et trouvis le travail de l'artiste relativement intéressant. Mais j'étais toujours assez partagé sur Camille, entre la peur de me faire avoir, d'être déçu, et la peur de passer à côté d'une artiste dont la critique souligne unanimement le renouveau qu'elle apporte.
La lecture d'une excellente critique dans Marianne ("ces textes possèdent une grâce incongrue. Il y a fort longtemps qu'on avait pas croisé pareille inspiration, pareil parti pris. Camille ne ressemble décidément à aucune autre") a renforcé mon intérêt, puis la vision du clip de Ta Douleur, assez marrant bien que n'étant pas exceptionnel, m'a finalement convaincu : au début du clip, on y voit Camille nue, de dos, assise sur une chaise, puis arrive un fil qui se tricote tout seul autour de son corps : j'aime le côté "j'ai pas un très beau visage, je suis pas un canon, mais je me mets quand même toute nue dans mon clip".
À la Fnac, Le fil était en écoute, j'en ai donc profité pour écouter plus longuement, avec plus d'attention, des extraits de cet album. Et fatalement, j'ai craqué, je l'ai acheté. Après plusieurs écoutes, je vais pouvoir vous dire ce que j'en pense.
Étant un amoureux de la langue française, je suis généralement plus sensible, lorsqu'il s'agit de chanson française aux paroles qu'à la musique. Mais ici, ce serait une erreur d'ignorer les musiques, puisqu'il s'agit de l'intérêt principal de l'album : la note "si", un bourdon, tenue tout au long de l'album et qui en constitue le fil conducteur (c'est de là que vient le titre), mais surtout le human beatbox, les sons faits à la bouche, les 'poum', 'yeah', 'oum-tcha' ou autres 'prrrfff'. Moins révolutionnaire, mais tout aussi intéressant : la façon de chanter de Camille, adaptant sa voix et son flot de paroles aux chansons ; elle utilise de temps à autres une voix de petite fille pour paraître encore plus espiègle.
Grâce à cela, les chansons de Camille ne ressemblent à aucune autre ; ne serait-ce que pour cela, il faut écouter cet album. Mais Camille sait également écrire : derrière les chansons marrantes qui retiennent d'abord l'attention (Vous, les interludes Janine et le single Ta douleur) se cachent d'autres chansons plus poétiques et assez bien écrites : seule Baby Carni Bird est plutôt décevante, alors la chanson qui la suit, Pour que l'amour me quitte, est pour moi, la meilleure de l'album avec Assise et Au port. Toutefois, on peut regretter cette séparation entre chansons drôles qui contiennent quelques fulgurances hilarantes, et les autres chansons qui paraissent parfois trop sages vis-à-vis de ce qu'on a entrevu. Peut-être est-ce le prix à payer pour un album concept.
Mais n'allons pas demander à cette jeune fille d'écrire avec le recul d'un Bashung ou d'un Souchon nés à la fin des années 40 et qui ont chacun une dizaine d'albums derrière eux ! S'ils manquent parfois de recul et paraissent quelquefois naïfs, ses textes n'en demeurent pas moins très bons.
Camille est certainement LA bonne surprise de l'année 2005. Peut-être est-il prématuré d'affirmer cela, alors qu'un quart seulement de l'année est passé, mais la parisienne a placé la barre très haut, avec un renouveau rare qu'il sera réellement dur d'égaler : comme le dit le Nouvel Obs, "On n'avait pas entendu un disque français aussi fort depuis... Depuis quand au fait ?" Camille ayant déjà vendu 80 000 albums en 2 mois, et bénificiant d'un bouche-à-oreille incroyable, on peut d'ores et déjà penser que le succès de l'album est assuré. Et on peut aussi s'interroger : comment Camille arrivera-t-elle à pondre un troisième album aussi novateur que le second ?
PS : j'avais oublié de le dire, mais il s'agit d'un album à écouter au casque, en stéréo bien sûr, pour entendre les 'poum-cha' venir de la gauche et les 'wiiiiiiiz' venir de la droite !
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Léo Ferré. On se souvient tous de Jolie Môme et de Avec le temps, peut-être aussi de Ni dieu ni maître.
Bashung. Difficile à présenter. Certainement le meilleur auteur rock français de l'histoire. Digne successeur de Gainsbourg (qui lui a d'ailleurs écrit quelques chansons dans les années 80) et digne prédecesseur de Miossec et de Noir Désir, ses textes sont d'une profondeur incroyable, et lorsqu'on prend le temps de lire entre les lignes, on y découvre toujours quelque chose, souvent des allusions très poétiques au sexe et à la passion amoureuse.