lundi 29 mars 2010

À quoi Rama Yade sert-elle ?

J'ai vu Rama Yade dans On n'est pas couché samedi soir.

Alors, oui, elle est marrante, elle tchatche bien, elle est jolie. Et elle est franchement consensuelle. Pas étonnant qu'elle figure dans les sommets des classements de popularité des politiques.

Mais quelque chose m'a frappé dans son discours "politique" : un ministre d'un gouvernement socialiste n'aurait qu'à y remplacer Sarkozy par Royal, et cela collerait parfaitement.
Pourquoi ? Tout d'abord parce qu'elle fait surtout de la communication, et développe très peu d'idées.
Et puis parce que les rares opinions qu'elle développe ne sont pas segmentantes : elle parait ne pas vraiment assumer le débat sur l'identité nationale ou la politique sécuritaire.

J'ai du mal avec le centrisme mou. J'aime les débats d'idées, entre de vraies positions de gauche, et de vraies positions de droite.
Qu'un ministre de droite (n'ayant rien à voir avec l'ouverture) n'expose pas d'opinions de droite, cela me trouble. Pourquoi l'a-t-on mise là, alors ?

Rama Yade plait à la gauche. Il y a quelques mois, Michèle Sabban, vice-présidente socialiste de la région Île-de-France, rêvait même de la débaucher, en affirmant être « convaincue que c'est une femme de gauche » par « ses discours et les valeurs qu'elle défend ».
Mais être populaire ne sert à rien. Jospin était bien plus populaire que Chirac, en 2002. Les aventures électorales de Bernard Kouchner, longtemps l'homme politique français le plus populaire, furent des échecs cuisants. Sans surprise, l'implication de Rama Yade dans la liste UMP aux élections régionales n'a permis aucune poussée.

On sait déjà que les ministres ne servent actuellement à rien : tout est décidé à l'Élysée entre Sarkozy et ses conseillers. Plus encore qu'un autre, Rama Yade semble n'être là que pour faire joli. Pour faire passer plus facilement la pilule néolibérale, le manque total de stratégie… le mur dans lequel ils nous emmènent.

jeudi 25 mars 2010

Wonen in eigen streek : l'ethnicisme flamand, toujours plus !

J'ai toujours été frappé du fort décalage flamand vers la droite, en particulier chez les plus jeunes.

Qu'ils souhaitent l'autonomie, voire l'indépendance, c'est leur droit (celui des peuples à disposer d'eux-même). Mais cela se traduit malheureusement par un repli ethnique, avec un fort sentiment anti-wallon.

Dans le sud de la Belgique, en Wallonie, on parle Français. Dans le nord, en Flandre, on parle flamand (néerlandais). Et au milieu, ça se mélange ? Pas vraiment… Bruxelles est officiellement bilingue mais très majoritairement francophone (bien que flamande à l'origine).

Il n'est pas des plus faciles pour un francophone de vivre en Flandre, même en périphérie de Bruxelles.
Certaines communes de Flandre, majoritairement francophones, ont bien des facilités linguistiques au niveau administratif. Mais les Flamands ont vraiment peur que la tâche d'huile francophone autour de Bruxelles continue à s'étendre. Ils voudraient que les francophones s'y installant s'intègrent (en particulier linguistiquement), ce que ces derniers refusent (après tout, ils ne sont qu'à quelques kilomètres d'une métropole francophone).

Pour arriver à leurs fins, les Flamands utilisent la force. Déjà en 2006, les Flamands avaient adopté un code du logement controversé, le Wooncode, qui soumettait entre autres l'attribution de logements sociaux en Flandre à l'obligation d'apprendre le néerlandais.
Régulièrement, les discriminations dont sont victimes les francophones en Flandre font polémique.


Aujourd'hui, un décret adopté il y a quelques mois qui provoque un nouveau tollé.
Wonen in eigen streek : habiter dans sa région.
Pour acheter un logement en Flandre, vous devez avoir des attaches suffisantes avec la commune concernée.
Officiellement, cela a pour but de favoriser la population locale.
En pratique…
Un couple bruxellois, propriétaire d'un appartement à Saint-Idesbald (dans la commune flamande de Coxyde, côte belge, près de la frontière française) veut acheter une maison à Oostduinkerke (également sans Coxyde) ? Pas d'attaches suffisantes !
Un autre couple bruxellois, veut déménager, pour raisons professionnelles, de 3 kilomètres (!!) à Dilbeek ? Son employeur, des amis, des membres de leur famille y résident. Pas d'attaches suffisantes !
Pire encore : une francophone vivait chez son compagnon à Rhode Saint-Genèse, commune flamande jouxtant à la fois la région wallone (au sud) et la région Bruxelles-capitale (au nord) ; à leur séparation, elle souhaite acheter une maison dans la ville qu'elle habite depuis plusieurs années, et où sa fille va à la crèche ? Pas d'attaches suffisantes !

Bref, le décret Wonen in eigen streek sert en réalité à empêcher les Francophones d'acheter à Flandre.
J'étudie le cas belge depuis plusieurs années, mais je n'aurais jamais imaginé qu'on en arriverait à de telles extrémités.

On en arrive à des situations ubuesques, où les employés communaux flamands ne peuvent pas parler français, même s'ils le connaissent !
L'humoriste François Pirette en a fait une brillante démonstration à travers un canular où il se fait passer pour le consul de la Côte d'Ivoire, auprès de la commune de Dilbeek (dont j'ai parlé plus haut), où de telles consignes existent…

mercredi 17 mars 2010

Frédéric Lefebvre et les sondages

C'est magnifique, Twitter. 140 caractères, ça oblige à simplifier la démonstration, et c'est dur. Sauf quand on a déjà un raisonnement simpliste.

Le twitter de Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP qu'on ne présente plus, est un modèle du genre. Distribution d'éléments de langage à l'état brut (ordre anti-chronologique) :
Ceci n'est pas une parodie.

Déjà que je doute de l'effet de tels arguments lorsqu'ils sont développés plus longuement sur des chaînes de télévision nationale, alors sur Twitter en quelques mots…

On crie à la trahison parce que Europe Écologie s'allie avec le PS ? Sérieusement, qui aurait pu croire qu'il en serait autrement ? Cela fait quinze ans que les alliances des Verts se font systématiquement avec la gauche ! Tout électeur écologiste du premier tour savait très bien que cette liste fusionnerait avec la socialiste !
Et puis, l'écologie de droite, je n'y crois pas, c'est incompatible : les désastres écologistes viennent du capitalisme.
La droite ne se sert de l'écologie que pour sa propagande, en jouant sur la peur, pour faire passer plus facilement des mesures ultra-libérales. On a bien vu le fiasco de la taxe carbone

Pour Frédéric Lefebvre, « Europe Ecologie a vendu son âme » :
Cela ressemble à une trahison en bonne et due forme de leurs électeurs! A une large majorité, ceux-ci sont en effet opposés à la fusion avec les socialistes (61% des électeurs d’Europe Ecologie le déclarent dans un sondage CSA publié par «Le Parisien»).
Déjà, il déforme la vérité : ces 61% ne sont pas les électeurs EÉ qui sont opposés à une fusion, mais ceux qui préfèrent le maintien de la liste plutôt que la fusion. Ce n'est pas du tout la même chose.

Dans la mesure où les écologistes préfèrent la gauche à la droite, cette fusion était inévitable, à cause du mode électoral qui donne une prime à la liste arrivant en tête (un quart des sièges, le reste étant réparti à la proportionnelle habituelle), ce qui encourage les alliances… sauf quand on est un parti isolé.
Ces affreuses tractations d'entre-deux-tours que dénonce désormais l'UMP, elle les a pourtant activement pratiquées, aux précédentes régionales (2004), avec l'UDF.
Cette prime au vainqueur qui lui assure une majorité absolue des sièges presque à coup sûr, on la doit d'ailleurs… à la droite, qui l'a introduite en 2003 pour éviter que se reproduise la situation de 1998, où l'absence de majorité absolue avait conduit, dans certaines régions, à une alliance avec le Front National.

Surtout, Frédéric Lefebvre aurait dû lire plus attentivement le sondage CSA qu'il cite. La dernière page de celui-ci, concernant les transferts de voix entre les deux tours, est très instructive, pour lui qui croit pouvoir récupérer les voix écologistes, et mobiliser les abstentionnistes.
Il y aurait lu que, dans le cas d'une liste de gauche unie, seuls 5% de ceux ayant voté EÉ au 1er tour choisiraient pour la liste de droite (contre 74% pour la liste de gauche). Et, comme me l'a fait remarquer Polluxe, 5%, c'est aussi la proportion des abstentionnistes qui ont l'intention de se déplacer en faveur de la liste de droite.

Je comprends qu'on veuille tenter, quand on est responsable d'un parti politique en difficulté, de mobiliser dans tous les coins pour récupérer des voix. Mais pourquoi sortir des formules stupides, qui vont contre le bon sens ?

dimanche 14 mars 2010

Elle répond toujours du nom de Robespierre, ma France

…Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers, qui donnait le vertige
Et dont vous usurpez aujourd'hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France…


Le prénom, ce marqueur racial

À l'occasion de la sortie du dernier livre d'Éric Zemmour, Mélancolie Française, revient sur le devant de la scène une de ses marottes : les prénoms non-français. Il regrette qu'il ne soit plus obligatoire de donner à ses enfants des prénoms du dictionnaire (chrétiens, donc).

Au début, j'avais du mal à saisir, considérant qu'il s'arrêtait sur des détails sans intérêt. Et puis, finalement, notamment en regardant l'émission L'objet du scandale où il était opposé à Gérard Miller, j'ai été sensible à son argumentation sur l'assimilation.

S'il y a bien quelque chose que je déteste, c'est l'ethnocentrisme, le regroupement lié à l'ethnie. À la race, je préfère la nation, à la française. Le choix de vivre ensemble plutôt que le carcan des origines. C'est pourquoi je m'oppose grandement aux communautaristes, en particulier bretons.

La nation française a toujours fonctionné par l'assimilation des étrangers, en leur demandant de s'arracher à leur culture d'origine. Cela ne me choque pas, bien au contraire : je préfère une nation multi-ethnique à la destinée commune, qu'un amas de communautés qui s'ignorent…
J'ai vécu à Tokyo, où les Japonais vivent entre Japonais (avec une forte xénophobie), les Coréens entre Coréens, et les Occidentaux entre Occidentaux. Ce déterminisme racial, cette absence de métissage, était en total décalage avec mes repères français. Peut-être est-ce par habitude, mais je préfère la forte exogamie française à la forte endogamie nippone.

Revenons à nos moutons… à nos prénoms.
Quand un bébé français d'origine étrangère va naître, deux choix s'ouvrent à ses parents pour son prénom : un prénom français, ou un prénom reflétant ses origines (bretonne, arabe, etc.). Le plus souvent, on choisit le prénom exotique, pour perpétrer la tradition familiale… Et c'est bien normal : c'est le cœur qui parle.
Mais, sans s'en rendre compte, on enferme ainsi l'enfant à naître dans quelque chose qu'il n'a pas choisi, ses origines, dans une culture qui ne sera pas la sienne.

L'assimilation était une spécificité française, face au modèle anglo-saxon, multi-culturel, qui prétend respecter les cultures des immigrés pour mieux les cloisonner dans celles-ci et éviter le mélange.
Le résultat ? Selon un sondage international de Pew Research en 2006, les musulmans à se sentir citoyens de leur pays avant de se sentir musulmans étaient 42% en France… et 13% en Allemagne, 7% en Grande-Bretagne et 3% en Espagne.

L'assimilation doit elle passer forcément par des prénoms français ? Je ne sais pas du tout. Mais, alors qu'on dérive lentement vers le communautarisme, elle doit redevenir contraignante, forçant à préférer la nation à l'ethnie.

lundi 1 mars 2010

Quand Rue89 stigmatise les ministres d'origine étrangère au nom de l'anti-racisme

L'une des bases de Rue89, c'est le combat anti-raciste. Dénoncer le racisme, c'est très bien. Voir du racisme partout, c'est n'importe quoi.

Dès qu'on critique l'islam, Rue89 crie à l'islamophobie. Dans l'affaire de la voilée du NPA, Rue89 s'est clairement rangé du côté des défenseurs du voile face à ceux de la laïcité, nous abreuvant d'articles nous répétant que s'en prendre à Ilham Moussaïd relevait forcément du racisme. On a même eu droit à un article du fameux Laurent Lévy, réglant ses comptes avec la direction de la LCR, en leur reprochant d'avoir soutenu l'exclusion des lycéennes voilées d'Aubervilliers en 2003 (sans même rappeler qu'il s'agissait de ses propres filles !).

Toujours au nom de l'anti-racisme, Rue89 fait une grosse promotion pour la journée sans immigrés, qui a lieu aujourd'hui. Le principe, c'est d'inciter les immigrés à ne pas travailler, ne pas consommer, pour montrer que ceux-ci sont essentiels pour que la France marche. Ils sont bien gentils, mais on ne les a pas attendu pour savoir que l'immigration est importante pour la France. Elle a toujours été le pays du brassage ethnique, depuis même les Gaulois colonisés par les Romains puis par les Francs. La France est si peu raciste qu'elle est une championne de l'exogamie et des naturalisations (100 000 chaque année) : difficile de faire plus accueillant.

Bref, tout ceci ne sert à rien, d'ailleurs le PS les soutient : ça permet de cacher qu'on ne fait rien pour lutter contre le capitalisme. Et, comme si le discours de victimisation lié à cette journée n'était pas assez ridicule, les organisateurs ont le bon goût de recommander le port d'un ruban… jaune : un choix sûrement pas anodin (pour se comparer aux juifs sous la période nazi) et carrément indécent.

Rue89 soutient activement la journée sans immigrés. Ça fleure bon le paternalisme. On a même droit à un article d'un "français blanc" qui déclare participer à la journée.
D'ailleurs, si les trois instigateurs du mouvement ont des origines maghrébines, ils sont tous nés en France. Ils ne sont donc pas immigrés. À moins de faire l'amalgame entre Français d'origine étrangère et immigrés, c'est à dire de ramener les premiers à leurs origines.

C'est ce que fait allégrement Rue89. Dans un article hallucinant, Chloé Leprince nous rappelle que le père de Devedjian est arménien, que Besson a des origines libanaises et qu'il est né au Maroc, etc. Au total, neuf ministres sont ainsi ramenés à leurs origines étrangères… qu'on leur reproche de ne pas les mettre plus en avant (en sous-entendant qu'il faut le faire pour être un bon "immigré").

Au nom de l'anti-racisme, Rue89 nous liste donc les origines non-françaises de nos politiques… et montre ceux-ci du doigt. Une telle liste est raciste, puante, d'où quelle vienne.