lundi 30 novembre 2009

Maljournalisme : les JT français et la Suisse anti-minarets

Dans les JT français, on ne parle jamais de la Suisse. Sauf pour parler de tous les évadés fiscaux qui y cachent leur argent.

Aujourd'hui, la Suisse a voté majoritairement OUI au l'initiative anti-minarets, impulsée majoritairement par l'UDC (droite nationaliste), le premier parti de Suisse.

Reportage du 20h de France 2, à Genève : on nous explique que la population a "laissé s'exprimer ses peurs". Seuls responsables politiques interviewés :
  • pour le OUI : Pardo Soli, président de l'UDC Genève (alors même que le OUI à l'initiative atteind à peine les 40% dans le canton de Genève).
  • pour le non : Lucia Dahlab (voilée), et Hafid Ouardiri : deux des principaux acteurs de l'islam politique suisse.
Reportage du 19>20 de France 3 : "un virage à droite sans précédent". Seuls acteurs politiques interviewés :
  • pour le OUI : Walter Wobmann (UDC)
  • pour le NON : Taner Hatipoglu, président de la fédération des organisations islamiques de Zurich, parlant de "haine anti-islamique"
Reportage du 19:45 de M6 à Berne : "le vote de l'extrême", les "sirènes xénophobes", "extrême-droite", "affiche xénophobe". Seuls acteurs politiques interviewés (on est en Suisse allémanique, cette fois) :
  • pour le OUI : Ulrich Schlüer (UDC), un des initiateurs du référendum anti-minarets.
  • pour le NON : la même réaction de Taner Hatipoglu.

Je sais qu'il est compliqué de faire une présentation simple des faits en 2 minutes… mais je suis exaspéré par les simplifications plus qu'abusives. D'un côté, l'UDC présentée, non sans raisons (même si l'assimilation à l'extrême-droite est vraiment excessive), comme incitant à l'intolérance. De l'autre, ceux qui, en comparaison, paraissent forcément comme les gentils : les islamistes.

Pourtant, anti-musulmans et islamistes ne sont que les deux facettes d'une même intolérance.
Dans le camp du NON à l'initiative, il y avait les autres partis, de l'extrême-gauche à la droite libérale. Ce sont eux qui sont les vraies forces politiques s'opposant à l'UDC. Ils ont été ignorés superbement par les medias français…
En quoi la réaction d'un responsable socialiste ou radical suisse avait-elle moins sa place que les autres dans tous ces reportages ?

dimanche 29 novembre 2009

La Belgique et la présidence de l'Union Européenne

Herman Van Rompuy a quitté la tête du gouvernement belge pour devenir le premier président permanent du Conseil Européen.
Son remplacement par Yves Leterme, le leader flamand contreversé, s'est finalement fait sans douleur : depuis la grande crise politique de 2007, on sait qu'il est tellement compliqué de mettre d'accord francophones et néerlandophones qu'on garde (quasiment) les mêmes ministres à chaque changement du Premier (gouvernements Verhofstadt III, Leterme I, Van Rompuy, Leterme II).

Comme d'habitude, on remet soigneusement à plus tard les questions "communautaires" (en particulier Bruxelles-Hal-Vilvorde) tout en répétant qu'il est urgent de les résoudre.
Les hommes politiques belges le promettent : le "chantier" communautaire, c'est pour le premier semestre 2010. Promis, juré… comme depuis des années. Il est vrai que les francophones ont pratiquement épuisé tous leurs recours pour repousser le débat.


Mais surtout, une date-butoir se profile : le 1er juillet 2010, la Belgique prendra pour six mois la présidence tournante de l'Union Européenne. Et pas question d'exposer à toute l'Europe ses déchirements internes.

Soyons en sûrs : le débat ne sera pas serein. En 2007, la Belgique est restée 6 mois avec un gouvernement « en affaires courantes », la faute à un accord sur BHV qui n'est jamais venu.
On peut déjà imaginer que partis néerlandophones et francophones menaceront tour à tour de quitter le gouvernement pour arriver à leurs fins (respectivement la scission de BHV et l'élargissement de Bruxelles).

Que l'idée d'une Belgique ingouvernable devienne majoritaire en Flandre, et cela en sera fini du Royaume.
En effet, si les indépendantistes flamands purs et durs sont minoritaires, il y a en revanche beaucoup d'autonomistes qui envisagent aussi sereinement un avenir belge (où leurs revendications auraient été satisfaites) que l'indépendance (dans le cas contraire).

Une des issues possibles du débat communautaire est donc que le parlement flamand prenne acte du blocage belge et décrète son indépendance. Ce n'est qu'une possibilité, mais c'est celle que les flamands brandiront de plus en plus comme une menace au fur et à mesure de l'embourbement des négociations.

On peut donc déjà dire que la présidence belge de l'Union Européenne risque d'être un beau boxon non préparé. Même si la Belgique reste unie d'ici juillet 2010, cela serait un drôle de symbole de voir Van Rompuy et Leterme à la tête de l'Europe.
Ce qu'ils symbolisent, à travers leur parti, le CD&V, c'est le déplacement des démocrates-chrétiens, traditionellement moteurs de la construction européenne, vers le nationalisme ethniciste (flamand) au nom même de l'Europe et de l'effacement des états (Belgique).
Une raison de plus de détester ce qu'est devenue l'Union Européenne.

jeudi 19 novembre 2009

Belgique : Van Rompuy va partir et BHV va revenir

La Belgique est ingouvernable.

La tension est très forte entre flamands (néerlandophones) au Nord et francophones, les premiers exigeant plus d'autonomie, alors que les derniers veulent à tout prix conserver une Belgique unitaire.

Ce problème se cristallise particulièrement sur l'arrondissement électoral Bruxelles-Hal-Vilvorde, dernier héritage de la Belgique d'avant le fédéralisme, et sa scission impossible : les francophones réclament en échange l'élargissement de Bruxelles (majoritairement francophone) à quelques villes de sa banlieue, en Flandre mais majoritairement francophones, ce que refusent catégoriquement les Flamands.

Il y a plus de flamands que de francophones en Belgique, ce qui se reflète évidemment à l'assemblée. En novembre 2007, ils ont profité de cet avantage numérique pour voter la scission de BHV.
Pourtant, deux ans plus tard, la situation est toujours au point mort.

Il existe en effet, dans le réglement de la Chambre des représentants (article 102), une procédure de conflits d'intérêt : une région ou une communauté linguistique peut demander de suspendre l'examen d'une loi (ou d'un projet de loi) lorsqu'elle estime être gravement lésée par celle-ci ; cela repousse de 4 mois l'examen, le temps de débattre pour résoudre le problème.
Le parlement de la Communauté française de Belgique (wallons et bruxellois francophones) a donc enclenché cette procédure suite au vote flamand de novembre 2007. Mais comme cette question empoisonne la vie politique belge depuis une dizaine d'années, quelques mois supplémentaires n'ont rien changé.
Lorsqu'il aurait fallu aborder à nouveau la question au Parlement fédéral, c'est la COCOF (francophones du parlement de Bruxelles) qui a déclenché cette même procédure, suivie quelques mois plus tard par le Parlement wallon.

Il y a quelques semaines, ce 3ème conflit d'intérêt se terminait, et les francophones avaient épuisé toutes leurs possibilités. On allait enfin parler à nouveau de BHV.
Mais là, c'est le parlement de la communauté germanophone (quelques communes à l'est de la Wallonie, au bord de la frontière allemande) qui s'y est mis !

Le débat sur BHV aura donc lieu début 2010, enfin !
Mais les 2 ans supplémentaires offerts par la cascade de conflits d'intérêt n'ont servi à rien. La situation n'a pas bougé d'un iota : le point mort.
Pourquoi ? Après les élections législatives de juin 2007, il a fallu 6 mois pour former un gouvernement (en Belgique, les parlementaires sont élus à la proportionnelle, ce qui rend obligatoire les coalitions). À chaque fois, l'accord échouait, à cause des questions communautaires entre Flamands et francophones (BHV, essentiellement).
Jusqu'à ce qu'ils finissent par se dire qu'il était temps de former un gouvernement malgré tout, et qu'on réglerait BHV plus tard. Le leader flamand Yves Leterme, très populaire chez les siens et très impopulaire chez les Wallons, est enfin devenu premier ministre. Mais, dès qu'on a essayé de reparler de BHV, le gouvernement a failli ne pas y survivre, alors on a ensuite soigneusement évité la moindre évocation du sujet.

D'autant plus qu'une préoccupation encore plus importante s'est imposée : sauver les banques belges, très touchées par la crise mondiale. Dexia fut renflouée grâce aux Français, en échange de quoi Fortis Belgique fut offerte à BNP Paribas. Tellement n'importe comment (sans le moindre conseil d'administration de Fortis) que les juges ont annulé la décision, non sans révéler que Leterme avait exercé des pressions sur eux. Il dut démissionner, et fut remplacé au 16 par Herman Von Rompuy, un autre membre de son parti, bien mieux accepté par les francophones.

Les banques sauvées (Fortis étant finalement vendue à BNP Paribas, mais de manière légale cette fois-ci), le problème BHV mis de côté, un premier ministre consensuel… La Belgique commençait à tourner à nouveau à peu près rond.
Un an sans crise politique, voilà l'exploit (devenu majeur dans une telle poudrière) qu'avait réussi Herman Van Rompuy.

Mais voilà, sa capacité à gérer les situations compliquées a été remarquée par les autres pays de l'Union Européenne, qui ont décidé d'en faire le président du Conseil Européen. Ce qui prive la Belgique du seul homme arrivant à la gérer correctement, et ceci à quelques semaines du grand débat final sur BHV.

Et on parle déjà du retour d'Yves Leterme comme premier ministre…
L'année 2010 s'annonce explosive pour la Belgique.

vendredi 13 novembre 2009

Surprenant dépêche de Reuters

Les dépêches d'agence sont généralement assez neutres politiquement, puisque destinées à être reprises par des médias de tout bord.

Mais, parfois, certains se lâchent.
Ainsi, une journaliste de Reuters a pondu aujourd'hui un article dont le but manifeste est d'assimiler à l'extrême-droite toute évocation de l'identité nationale, et par là même Nicolas Sarkozy :
Le vocable d''"identité nationale", que récusent notamment ethnologues et démographes, a été introduit dans les années 1980 par Jean-Marie Le Pen, lorsque le FN a pris corps en France.
Je suis toujours partant pour critiquer Nicolas Sarkozy, mais moi, je tiens à éviter les arguments débiles.

Elle, elle préfère nous convaincre à la machette que Sarkozy s'inspire de Barrès (voire de Maurras !), et qu'il est donc nationaliste, et forcément héritier de Vichy.
En exaltant de nouveau contre toute attente, lors d'un discours jeudi à La-Chapelle-en-Vercors (Drôme), les symboles d'un des maîtres à penser du régime de Vichy (1940-1945), Nicolas Sarkozy a fini de creuser un sillon idéologique dont les ramifications tactiques ne laissent pas de doute.
Peu importe si Barrès citait les "caractères ethniques" différenciant "le Français de France de l'étranger", alors que Sarkozy dit, par la plume de Guaino, qu'on est Français "parce que l’on ne se reconnaît pas dans une race,(…) parce que l’on ne se laisse pas enfermer dans une origine".
"On comprend l'Histoire de France quand on accepte de vibrer avec le souvenir du Sacre de Reims et d'être ému par le récit de la fête de la Fédération", a déclaré Nicolas Sarkozy.
Là, Sarkozy reprend quasiment mot pour mot Marc Bloch, historien et grand résistant, mais la journaliste ne le signale pas. Pas plus qu'elle ne signale les références à Césaire et Senghor. Ca risquerait de compromettre sa démonstration Sarkozy=Barrès=Vichy.

Qu'on s'inquiète (légitimement) de l'exploitation par la droite de la peur des étrangers à quelques mois d'élections très mal engagées pour elle, c'est tout à fait normal.
Qu'on tape sur un gouvernement incapable d'assurer une intégration correcte des immigrés, c'est aussi tout à fait normal.

Mais qu'on ramène la moindre évocation de la nation au nationalisme, c'est stupide. Jean-Luc Mélenchon qui écrit sur son blog « Je suis patriote, républicain « jusqu’au bout », et jacobin par-dessus le marché. Je vais donc en parler de la France comme d’une passion brulante », qu'en pense-t-elle, notre journaliste ??

C'est tout aussi stupide de ramener toute célébration du terroir, des villages à Pétain ou à Vichy...  cela traduit surtout un mépris très parisien, très bobo, pour la campagne.

Ce qui est réellement choquant dans le discours de Sarkozy, c'est cette volonté répétée de remettre au devant de la scène le christianisme. Comme si les Lumières devaient tout à la religion…
C'est aussi cette attaque stupide contre une laïcité décrite comme anti-religions : il ne le dit pas ici, mais Sarkozy a déjà exprimé sa préférence pour une laïcité ouverte, en fait un paillasson des religieux.

Voilà le vrai scandale de ce discours !

mardi 3 novembre 2009

Hommage à Claude Lévi-Strauss

Claude Levi Strauss est mort. Et merde.

J'admirais la profondeur de ses réflexions, jamais simplistes ou manichéennes.
Critique de l'Occident, mais contempteur de "l'intolérance musulmane".

Tristes Tropiques a eu une place importante dans la construction de mes convictions personnelles. Pas tant pour les faits décrits que pour le recul qu'il apporte.